‹ Le Diable à ParisChapitre 32 sur 188 · ARRIVANT A PARIS · texte numérisé non relu

ARRIVANT A PARIS

Je profitai de ces quatre jours de vacances pour aller voir Paris avec mes deux, confrères et Marguerite. Nous n'avions pas eu le temps de nous arrêter en passant, le 30 .avril, deux jours après le pillage de la maison Réveillon, au faubourg Saint-Antoine. L'agitation alors était grande, les gardes de la prévôté faisaient des visites; on parlait de l'arrivée d'une foule de bandits. J'étais curieux de savoir ce qui se passait là-bas, si le calme revenait et ce qu'on pensait de nos premières séances. Les Parisiens, qui ne font qu'aller et venir, m'en avaient bien donné quelque idée, mais il vaut mieux voir les choses par soi-même.

Nous partîmes donc de bon matin, et notre patache, au bout de trois heures, entrait dans cette ville immense qu'on ne peut se représenter non-seulement à cause de la hauteur des maisons, de la quantité des rues et des ruelles qui s'enlacent, de la vieillerie des bâtisses, du nombre des carrefours, des impasses, des cafés, des boutiques et des étalages de toute sorte, qui se touchent et se suivent à perte de vue, et des enseignes qui grimpent d'étage en étage jusque sur les toits, mais encore à cause des cris innombrables de marchands de friture, de fruitiers, de fripiers et de mille autres espèces de gens traînant des charrettes, portant de l'eau, des légumes et d'autres denrées. On croirait entrer dans une ménagerie où des oiseaux d'Amérique poussent chacun leur cri, qu'on n'a jamais entendu. Et puis, le roulement des voitures, la mauvaise odeur des tas d'ordures, l'air minable des gens, qui veulent tous être habillés a la dernière mode, avec de la friperie, qui dansent, qui chantent, qui rient et se montrent pleins de complaisance pour les étrangers, pleins de bon sens et de gaieté dans leur misère, et qui voient tout en beau, pourvu qu'ils puissent se promener, dire leur façon de voir dans les cafés et lire le journal !... Tout cela, maître Jean, fait de cette ville quelque chose d'unique dans le monde; cela ne ressemble à

rien de chez nous : Nancy est un palais à côté de Paris, mais un palais vide et mort; ici tout est vivant.

Les malheureux Parisiens se sentent encore de la disette du dernier hiver: un grand nombre n'ont réellement que la peau et les os; eh bien, malgré tout, ils plaisantent : à toutes les vitres on voit des farces affichées.

Moi voyant cela, jetais dans le ravissement; je me trouvais dansmou véritable pays. Au lieu de porter ma balle de village en village durant des heures, j'aurais trouvé des acheteurs ici, pour ainsi dire à chaque pas; et puis, c'est aussi le pays des vrais patriotes. Ces gens-là, tout pauvres, tout minables qu'ils sont, tiennent à leurs droits avant tout; le reste vient après.

Notre confrère Jacques a une de ses sœurs fruitière, rue du Bouloir près du Palais-Royal ; c'est là que nous descendîmes. Tout le long de la route, depuis notre entrée dans le faubourg, nous n'entendions chanter qu'une chanson :

Vive le tiers état de France!

11 aura la prépondérance Sur le prince, sur le prélat.

Ahi! povera nobilita!

Le plébéien, puits de science, En lumière, en expérience, Surpasse et prêtre et magistrat.

Ahi! povera nobilita!

Si l'on avait su que nous étions du tiers, on aurait été capable de nous porter en triomphe. Aussi pour abandonner un peuple pareil, il faudrait être bien lâche! Et je vous réponds que si nous n'avions pas été décidés, rien que de voir ce courage, cette gaieté, toutes ces vertus, dans la plus grande misère, nous aurions pris du cœur nous-mêmes, et juré de remplir notre mandat, et de réclamer nos droits jusqu'à la mort.

Nous avons passé quatre jours chez la veuve Le franc. Marguerite, avec mon confrère le curé Jacques, a vu tout Paris : le Jardin des Plantes, Notre-Dame, le Palais-Royal, et même les théâtres. Moi, je n'avais de plaisir qu'il me promener dans les rues, à courir ici, là, sur les places, le long de la Seine, ou l'on vend des bouquins, sur les ponts garnis de friperies, de marchands de friture; à causer devant les boutiques avec le premier venu; à m'arrèter pour entendre chanter un aveugle, ou voir jouer la comédie en plein air. Les chiens savants ne

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manquent pus, ni les arracheurs de dénis, avec la grosse caisse et le iîfre; mais la comédie au bout du Pont-Neuf est le plus beau; c'esl toujours des princes et des nobles qu'on ril ; ce sont toujours eux qui disent des bêtises. Deux ou trois fois j'en avais les larmes aux yeux, à force de me faire du bon sang.

J'ai visité la commune de Paris, où l'on discutait encore les cahiers. Cette commune vient de prendre une résolution très-sage : elle a laissé une commission en permanence pour observer ses députés, pour leur donner des avis et même des avertissements, s'ils ne remplissaient pas bien leur mandat. Voilà une fameuse idée, maître Jean! et qu'on a malheureusement négligée dans d'autres endroits. Qu'est-ce qu'un député qui n'est surveillé par personne, et qui peut vendre sa voix impunément, en se moquant encore de ceux qui l'ont envoyé? car il est devenu riche et les autres sont restés pauvres; il est défendu par le pouvoir qui l'achète, et ses commettants restent avec leur bon droit, sans appui ni recours! Le parti que vient de prendre la commune de Paris devra nous profiter; c'est un des articles à mettre en tète de la constitution : il faut que les électeurs puissent casser, poursuivre et faire condamner tout député qui trahit son mandat, comme on condamne celui qui abuse dune procuration! Jusque-là, tout est au petit bonheur.

Enfin cette décision m'a fait plaisir; et maintenant je continue.

Outre ma joie de voir ce grand mouvement, j'avais encore la satisfaction de reconnaître que les gens ici savent très-bien ce qu'ils veulent et ce qu'ils font. J'allais, le soir, après le souper, au Palais -Royal, que le duc d'Orléans laisse ouvert à tout le monde. Ce duc est un débauché; mais au moins ce n'est pas un hypocrite; après avoir passé la nuit au cabaret ou bien ailleurs, il ne va pas entendre la messe et se faire donner l'absolution, pour recommencer le lendemain. On le dit ami de Sieyès et de Mirabeau. Quelques-uns lui reprochent d'avoir attiré dans Paris des quantités de gueux, chargés de piller et de saccager la ville; c'est difficile à croire, parce que les gueux arrivent tout seuls, après un hiver aussi terrible; qu'ils cherchent leur nourriture, et qu'on n'a pas besoin de faire signe aux sauterelles de tomber sur les moissons.

Enfin la reine et la cour détestent ce duc, et cela lui fait beaucoup d'amis. Son Palais-Royal est toujours ouvert, et dans l'intérieur se trouvent des lignes d'arbres où chacun peut se promener. Quatre rangées d'arcades entourent le jardin, et là-dessous sont les plus belles boutiques et les plus élégants cabarets de Paris. C'est la réunion de la

jeunesse et des gazetiers, qui parlent haut pour ou contre, sans se gêner de personne. Quant à ce qu'ils disent, ce n'est pas toujours fameux, et, la plupart du temps, cela vous passe par la tète comme dans un crible, le bon grain qui reste n'est pas lourd; ils vendent plus de paille que de froment. Deux ou trois fois j'ai bien écoulé, et puis, en sortant, je me demandais, tout embarrassé : « Qu'est-ce qu'ils ont dit? » Mais, c'est égal, le fond est toujours bon, et quelques-uns ont tout de même beaucoup d'esprit.

Nous avons pris là, sous les arbres, une bouteille de mauvaise piquette très-chère. Les loyers sont chers aussi; je me suis laissé dire (pie la moindre de ces boutiques se loue deux, et trois mille livres par an : il faut bien se rattraper sur la pratique. Ce Palais-Royal est réellement une giande foire, et la nuit, quand les lanternes s'allument, on ne peut rien voir de plus beau.

Le 11, vers deux heures de l'après-midi, nous sommes repartis bien contents de notre voyage, et bien sûrs que la masse des Parisiens était pour le tiers état. Voilà le principal.

Salle Ue la Chambre des députés en 1810.

PAR ERCKMANN-CHATRI A N

A mesure que nous approchions de Paris, tout changeait, tout prenait un autre air : les villages devenaient plus grands, les maisons plus hautes, les fenêtres plus serrées; les enseignes, — qu'on ne met jamais chez nous que sur la porte, — montaient au premier, au second, au troisième étage, rouges, bleues, jaunes, de toutes les couleurs, jusque sous les toits. Au-dessous, les cafés, les auberges, les boutiques, se rapprochaient; devant les maisons s'avançaient des espèces de toits en toile, pour abriter le monde de la pluie et du soleil. Une foule de gens en blouse, en habit, en veste, en casquette, en chapeau, allaient et venaient, couraient, se' dépêchaient comme de véritables fourmilières.

A droite et à gauche, de hautes cheminées en briques, carrées ou rondes, lançaient leur fumée jusque dans le ciel. On sentait venir quelque chose de grand, d'extraordinaire, de magnifique et de terrible. Et derrière nous, à gauche, s'éloignait déjà une haute fortification carrée; le conducteur m'avait dit en passant :

« C'est Yincennes. »

Moi, j'ouvrais les yeux, je ne respirais plus, je pensais :

« Me voilà donc près de Paris; je vais entrer dans cette grande ville dont j'entends parler depuis que je suis au monde, d'où reviennent tous les bons ouvriers, tous les gros bourgeois, tous les gens riches, disant : <( Ah! ce n'est pas comme à Paris! »

Et ce mouvement du monde, ces voitures toujours plus nombreuses, me faisaient dire en moi-même :

« Oui, ils avaient raison, Paris est quelque chose de nouveau pour les hommes. Bienheureux ceux qui peuvent vivre de leur travail à Paris, où les ouvriers ne sont que des apprentis, et les maîtres des ouvriers! »

La grande route était devenue beaucoup plus large, elle était bien arrondie, pavée au milieu. On voyait de loin, bien loin, tout au bout, deux hauts échafaudages qui s'élevaient jusqu'aux nues.

En ce moment le conducteur donnait un pourboire au postillon, la voiture roulait comme le tonnerre. Bien d'autres voitures passaient près de nous toutes pleines de inonde, des espères de diligences ouvertes derrière,

avec deux marches pour monter et descendre. Le conducteur me dit : « Voilà les omnibus... Nous approchons, jeune homme, nous approchons. Voyez ces deux liants échafaudages et les grilles en travers, c'est la barrière du Trône, rappelez-vous ça. Plus loin arrive le faubourg Saint- Antoine. Cette grande voûte bleue à gauche, c'est le Panthéon, et ces deux liantes tours, c'est Notre-Dame. Ça, c'est Saint-Sulpice... ça, la tour Saint-Jacques, et tout là-bas ce carré gris clair, c'est l'Arc de triomphe. » Plus il parlait, plus on en voyait ; et de tous les côtés, dans les champs, des centaines de maisons s'avançaient et se répandaient à plus de deux lieues. Nous n'étions pourtant pas encore à Paris : les deux grands échafaudages, à force d'être loin, n'avaient pas l'air de se rapprocher, et seulement vers neuf heures, je vis les grilles que le conducteur appelait la barrière du Trône.

Alors les voitures de toute sorte, grandes, petites, carrées, rondes, étaient si nombreuses qu'elles arrivaient par files de sept, huit, dix, en suivant le revers de la route pour nous laisser passer, car nous arrivions ventre à terre, brûlant le pavé; les chevaux sautaient, le cou et les jambes arrondis; c'était un bruit terrible et grandiose. Le conducteur commençait à plier ses habits, à boucler son manteau; il disait : « Nous y voilà ! »

Et nous entrions entre les grilles. On s'arrêtait une seconde pour laisser monter le douanier avec son habit vert ; et, pendant qu'il se glissait derrière, grimpant sous la bâche et regardant les paquets, nous entrions enfin dans la grande Tille, dans ce faubourg Saint-Antoine, que le Picard m'avait représenté comme un véritable paradis : — nous étions à Paris!

Ah! ceux qui n'arrivent pas de la province ne se figureront jamais ce que c'est de voir Paris pour la première fois; non, ils ne peuvent se le figurer : ces grandes lignes de maisons hautes de six et sept étages, avec leurs fenêtres innombrables, leurs cheminées qui se dressent par milliers au-dessus des vieux quartiers, leurs trottoirs, et la foule qui passe, qui passe toujours, comme la navette du père Antoine; ces voitures aussi, ces pavés gras, cet air sombre, ces odeurs de toute sorte qu'on n'a jamais senties : les fritures, les épiées, la marée, la boucherie; les gros camions pleins de balayures, le hou-hou , les cris des marchands, les coups de fouet, le grincement des roues... enfin, qu'est-ce que je peux dire?

J'étais comme abasourdi, comme confondu d'entendre tout cela, et de voir notre grosse voiture s'enfoncer, s'enfoncer toujours en ville; et

le même spectacle continuer, s'étendre a droite et à gauche dans les rues innombrables, — longues, droites, obliques, — avec le même fourmillement.

A travers cette confusion, nous arrivâmes sur une grande place; au milieu de la place s'élançait à la cime des airs une colonne en bronze; et dans le roulement j'entendis le conducteur me crier :

« Place de la Bastille! »

Cela ne dura qu'une seconde : la grande colonne, toute couverte de lettres d'or, un ange au haut qui se jette dans le ciel, la colonne était passée! et des milliers d'hommes allaient et venaient; j'en voyais de toutes sortes : des marchandes de fleurs en chapeau de paille, avec des vannes pleines de roses; des hommes avec de petites fontaines à clochettes sur le dos, — les robinets sous le coude, — qui versaient à boire aux passants. Je voyais tant de choses, que les trois quarts me sont sorties de l'esprit.

Au moment où nous traversions la place, le conducteur, après avoir arrangé tous ses paquets, venait de se rasseoir; il me cria :

« Les boulevards ! »

Ah! je suis revenu depuis à Paris, mais jamais je n'ai senti mon admiration et mon étonnement comme alors. Qu'on se figure une rue quatre ou cinq fois plus large que les autres, bordée de maisons magnifiques, avec des rangées de balcons qui n'en finissent plus , une rue tellement grande qu'on n'en voyait pas le bout; et, à mesure qu'on avançait. — comme les boulevards tournent, — de nouvelles maisons, de nouveaux balcons, de nouvelles enseignes à perte de vue! Le conducteur criait :

« Boulevard Beaumarchais!... Boulevard du Calvaire!... Boulevard du Temple!... Place du Château- d'Eau!... Boulevard Saint-Martin! »

Il me montrait aussi, à droite, des théâtres,, des baraques, des affiches, et me disait :

« La Gaîté!... l'Ambigu!... la Porte-Saint-Martin! »

Enfin je n'avais pas le temps de regarder : tout passait comme un éclair. C'est ce que j'ai vu de plus étonnant. Et toujours ce monde innombrable qui courait, toujours ces voitures, ces dames, ces messieurs, cette presse de gens, ces cris des marchands et le reste.

Tout à coup la diligence tourna et descendit ventre à terre une rue plus étroite.

« La rue Saint-Martin! me cria le conducteur; apprêtez-vous, nous approchons des messageries. »

Nous filions dans la rue. Les maisons, liantes et sombres, sales et grises, avec leurs milliers d'enseignes de toutes les couleurs, avaient l'air de se pencher. La diligence faisait un bruit terrible, les gens se serraient sur le trottoir, en continuant de courir. Ensuite la voiture prit à droite une autre rue un peu plus large.

En ce moment toutes les lucarnes de notre diligence étaient pleines de calottes rouges, qui se penchaient dehors pour voir.

« Voici la halle au blé! » me dit encore le conducteur.

Quelques instants après nous entrions au pas, sous une voûte, dans la grande cour des messageries de la rue Saint-Honoré, et des centaines de gens entouraient notre diligence.

Dans cette cour, un grand nombre d'autres diligences se trouvaient en ligne. A chaque instant il en arrivait.

A mesure que nous sortions de la voiture, ou que nous descendions de l'impériale, des gens de toute espèce nous criaient :

« A l'hôtel d'Allemagne!

« A l'hôtel de Normandie! »

Ils nous présentaient des cartes. D'autres, en blouse, avec de petites hottes, nous demandaient :

<( Où allez-vous? »

Je ne savais plus de quel côté me tourner. Je regardais mon conducteur, il entrait dans le bureau et s'arrêtait devant le trou d'un grillage. son portefeuille de cuir sous le bras. 11 se mit à compter avec l'homme du bureau.

Derrière nous les parents : femmes, hommes, enfants, tous en chapeau , venaient recevoir leurs frères, leurs sœurs, leurs cousins. On s'embrassait, on envoyait quelqu'un chercher une voiture, on riait.

Moi, j 'étais seul, on voyait bien que je ne devais pas être riche, on allait d'abord aider les autres. Je regardais descendre les paquets et les malles de la voiture; au milieu de tous ces gens, dont plusieurs avaient de mauvaises figures, j'étais bouleversé : si l'on m'avait pris ma malle, qu'est-ce que je serais devenu?

Et comme je restais là, dans un grand trouble, — parmi ce monde qui s'en allait et venait, entrait et sortait, réglait ses comptes, — ne sachant où descendre, enfin comme tombé du ciel, voilà qu'une figure s'approche et me dit :

« Hé! c'est toi, Jean-Pierre? »

Alors je regarde et je reconnais le fils IMontborne, un de mes

anciens camarades chez le père Vassereau; il était en petite blouse serrée aux reins, et tenait sous le bras une de ces hottes à deux: branches que j'avais déjà vues. En reconnaissant Montborne, un vieux: camarade d'école, je ne pus m'empêcher de lui sauter au cou et de crier : « C'est toi, Michel?

— Oui, dit-il de bonne humeur.

— Et qu'est-ce que tu fais donc ici?

— Hé! je porte des paquets: je suis porteur depuis deux: ans. »

I! était petit et maigre, il louchait; mais cela ne l'empêchait pas d'être fort. Je crus que le bon Dieu me l'envoyait. Après nous être embrassés bien contents, il me demanda :

« Et toi, Jean-Pierre, tu viens du pays... qu'est-ce que tu veux faire?

— Je viens travailler en menuiserie; j'ai une lettre de M. Nivoi.

— Et où est-ce que tu descends?

— Rue de la Harpe.

— Ah! fit-il, c'est loin, mais attends, j'ai quelque chose à porter près d'ici, je vais revenir et je te porterai ta malle. Seulement, ça coûtera trente-deux sous... Je suis marié, vois-tu... un autre te ferait payer plus cher.

C'est bien, lui dis-je, va, dépêche-toi, je t'attends. »

Il partit. J'avais un grand poids de moins sur le cœur. Je restai près de ma malle, qu'on avait mise avec beaucoup d'autres dans le bureau. Je la voyais et je ne m'en écartais pas.

Tout continuait à s'agiter dans la cour, sous la voûte et dans la rue. En écoutant ce grand bruit, je ne pouvais pas me figurer que cela durait toujours, et j'ai pourtant vu depuis que le mouvement ne cessait ni jour ni nuit dans celte ville.

Ce n'est qu'au bout d'une heure et quand l'inquiétude commençait à me gagner, que Montborne revint.

« Eh bien, dit-il, c'est fini, montre-moi ta malle.

— La voici.

— Et le billet?

— Le voilà.

— C'est bien. »

En même temps il tira ma malle de dessous les autres, il la posa d'abord debout sur sa petite hotte, passa la corde autour et l'enleva d'un coup d'épaule.

« En route, fit-il, suis-moi. »

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