‹ Le Diable à ParisChapitre 60 sur 188 · SIGNES POUR RECONNAITRE LE PARISIEN · texte numérisé non relu

SIGNES POUR RECONNAITRE LE PARISIEN

On n'est pas Parisien par cela seul qu'on est à Paris. Ne prenez jamais pour des Parisiens les gens que vous rencontrez aux bains de mer et qui vous disent : « Paris... oh! Paris! — il n'est que Paris! — mon Paris ! » etc.

On n'a tanl d'enthousiasme que pour les choses qu'on espère ou qu'on regrette, — mais jamais pour celles qu'on possède.

On est Parisien comme on est spirituel, comme on est bien portant.

— sans s'en apercevoir.

Le vrai Parisien n'aime pas Paris, — mais il ne peut vivre ailleurs.

Le poisson ne se réjouit pas d'être dans l'eau, — mais il meurt dès qu'il en est dehors.

Le Parisien médit souvent de Paris, — mais il ne s'en éloigne jamais pour bien longtemps.

Deux Parisiens se reconnaissent — et s'accueillent à Dieppe — comme feraient deux Français en Sibérie.

Cependant ils ne fatigueront pas les échos de leurs regrets de Paris;

— ils savent bien qu'ils y seront bientôt de retour. — Au contraire, ils admireront tout ce que vous voudrez, ils vous féliciteront de ce que vous vivez eu province, ils envieront votre sort — et s'en iront.

Le Parisien voyage comme on plonge, chacun plus ou moins, selon son haleine ; mais cette haleine varie d'une demi-minute à deux minutes

et demie, et ne va guère au delà.

ALPHONSK KARR.

Champ de Mars.

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