‹ Le diable amoureuxChapitre 11 sur 45 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Hortensius entrouvre timidement la porte du fond . et reste stupéfait en voyant le page près de son élève. Frédéric s'amuse un instant de la surprise du vieux docteur. ( Je suis riche, je suis puissant maintenant, i lui dit-il, » j'ai le diable à mon service. — Le diable ! i s'écrie Hortensius.— < Le voilà ■ répond Frédéric en lui montrant le page, dont Hortensius s'éloigne avec une vive terreur. « Il n'est pourtant pas si effrayant . » dit le comte , en appelant le page qui accourt avec empressement. Hortensius se recule avec horreur; et le diable, humblement soumis avec Frédéric, s'en dédommage en lutinant le vieux savant qui tremble de peur. Frédéric se place à table , et fait asseoir Hortensius près de lui. Hortensius s'enhardit. Le page leur verse à boire , et se multiplie pour les servir. La fatigue et l'effet des fréquentes libations de Frédéric finissent par troubler ses idées et appesantir ses yeux. Le page , qui l'examine avec attention , semble s'en applaudir ; il lui verse de nouveau, et Frédéric, se laissant tout-à-fait aller au sommeil, finit par s'endormir profondément. Mais Hortensius tient bon; il boit toujours et ne s'endort pas. Urielle, impatientée de ne pouvoir réussir à l'enivrer, étend la main vers lui, et le docteur retombe lourdement dans son fauteuil complètement assoupi. Urielle s'avance alors doucement vers Frédéric . le regarde avec passion ; puis, effrayée d'un mouvement de Frédéric, qui semble annoncer son réveil, elle se cache derrière le sofa où

s'est endormi le comte. Elle relève bientôt la tête pour s'assurer de son sommeil; mais ses habits de page ont disparu, une tunique de gaze l'enveloppe sans cacher ses charmes. Elle court à Frédéric, met sa main sur le cœur du jeune comte, que ce doux contact semble agiter. Ravie de ce premier succès , elle continue ses attrayantes coquetteries : tantôt elle lui laisse entrevoir une taille élégante, un bras charmant, puis elle s'enveloppe dans son voile de gaze ; elle danse devant le jeune homme le pas le plus séduisant, variant ses poses gracieuses; tantôt courant à lui comme pour le serrer dans ses bras, puis le fuyant aussitôt voltigeant et semblant planer sur son sommeil ! L'émotion de Frédéric semble augmenter à chaque instant. Cette enivrante vision le charme et le transporte. Urielle enfin, se penchant sur lecomte, termine sa danse en effleurant son front de ses lèvres. A cet instant, Frédéric fait un brusque mouvement pour

s'éveiller Urielle surprise fuit rapidement. Le comte

arraché au sommeil par l'agitation de son rêve , ouvre les yeux, s'élance au milieu de la chambre, cherchant avec anxiété la gracieuse fiction du songe. Il s'efforce de rappeler ses idées confuses; il réveille Hortensius, et l'oblige à chercher partout, avec lui, l'être surnaturel qu'il vient de voir en songe. Après avoir visité tous les coins de la tour , Hortensius désigne à son élève un dressoir gothique, où, dit-il, le diable seul peut se cacher. Frédéric l'ouvre aussitôt en se moquant de son gouverneur; mais quelle est sa surprise en y retrouvant, non pas Urielle, mais le petit page blotti au fond, et paraissant honteux et tremblant.

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