‹ Le diable aux champsChapitre 12 sur 88 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

Au château de llireville.

Sur une terrasse.

Le marquis GÉRARD DE MIREVILLE, le père GERMAIN, son fils PIERRE.

germain. — Pardon-excuse si on vous dérange, monsieur le marquis, mais on voudrait, si ça ne vous dérange pas, vous faire signer le bail avec mon fils.

Gérard.— Signer? Un moment, maître Pierre, j'ai à vous parler là-dessus.

germain. — Est-ce que toutes les conditions ne sont pas réglées? Dieu du ciel ! nous faire donner deux cents écus de menus-suffrages pour une métairie qui ne rapporte pas mille écus de blé! Ah ! n'en demandez pas davantage, monsieur le marquis, car je serais forcé de dire à mon fils de se retirer de cette affaire-là !

Gérard. — Il ne s'agit pas d'augmentation à vos redevances. . .

germain. — Des redevances? Vous voulez des redevances? Non, foi d'hom«ie, vons n'en aurez point! Mon père en a assez payé à votre grand-père, et la loi n'en souffre plus.

Gérard —Brave homme, nous ne nous entendons pas. J'appelle redevances ce que, dans ce pays-ci, vous appelez encore mthus-suffrages. C'est la même chose au fond.

pierre. — C'est vrai, ça, monsieur le marquis, que c'est la même chose au fond, et m'est avis que la chose serait bien à supprimer.

gêrard. — Ah ! voilà vos idées , à vous, maître Pierre ! et c'est de cela justement que je veux vous parler. Vous faites le politique, vous tranchez du jacobin.

pierre. — Du jacobin, moi? Ma fine, je ne sais point ce que c'est.

germain. — C'est des mots de l'ancien temps. Je connais ça. Mais faites excuse, monsieur le marquis, il n'y a jamais eu de ça dans ma famille.

gérard. — Bien, bien, cela s'appelle autrement aujourd'hui. Tant il y a que vous vous mêlez d'avoir des idées.

pierre. — Des idées, bonnes gens ! On n'en a pourtant pas plus qu'il ne faut!... et je m'imaginais qu'un chacun était libre de penser à sa mode.

gérard.— Vous êtes libre de penser et de raisonner comme vous pourrez, mais pas libres d'agir contre mes principes, je vous en avertis très-franchement. Je ne suis pas de ceux qui vous craignent et qui vous flattent. Vous voterez comme je l'entends dans toutes les élections municipales ou autres.

germain. — Oh ! pardi , monsieur, il votera bien comme vous voudrez ! Si ça n'est que ça, un vote de plus ou de moins, ça ne fait pas grand'chose.

gérard. — Vous y engagez-vous, maître Pierre?

piei.re. — Nenni, monsieur, je ne sais pas encore comment je voterai ; ça dépendra des amis qui me diront : Voilà le droit et voilà le tors.

gérard. — Vous croyez que vos amis en savent plus long que moi sur vos véritables intérêts? Vos amis sont des imbéciles ! >

pierre. — Possible, monsieur, mais chacun a le droit d'être bête et de se tromper. *

gérard. — Il n'y a donc rien de fait : je déchire le bail!

germain. — Non, non, monsieur le marquis! Il faut s'entendre; mon garçon viendra à la raison, je m'en charge. (a Pierre.) Tais-toi donc ! (Au marquis.) Ne déchirez pas !

Gérard. — Je vous donne une heure pour y penser. Quant à moi, je ne me ravise jamais en pareille matière.

Daus la cour du château de Mireville.

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