‹ Le diable aux champsChapitre 13 sur 88 · GERMAIN, PIERRE · texte numérisé non relu

GERMAIN, PIERRE

germain. — Y songes-tu, Pierre? Tu deviens donc fou?

pierre. — Non, mon père, mais ça m'ennuie de me faire commander comme ça. Je trouve monsieur le marquis injuste de vouloir m'ôter mon droit de citoyen, et s'il est injuste pour cette chose-là, il sera injuste dans toutes les autres. Je n'y tiens pas déjà tant, à son bail ! M'est avis qu'il est bien dur pour moi.

germain. — Non , il n'est pas dur. Je connais ce bien-là mieux que toi, et je te dis que tu t'en retireras; mais peutêtre bien que tu es plus fin que moi, et que tu disputes sur le vote afin qu'on te rabatte quelque chose sur les menussu Ifrages?

pierre. — Non, mon père, ça n'est pas par finesse, c'est par fierté. Je ne m'entends pas à la politique, et je n'y pense guère, vous le savez; mais je suis un homme, et je neveux point qu'on me mène comme un cheval, avec la bride et le licou.

germain. — Cette fierté-là, c'est des bêtises! On dit ce qu'on peut et on fait ce qu'on veut. Tu pouvais bien promettre, puisqu'il t'y forçait, et après ça voler comme tu l'entends. On a un billet dans la poche droite et un dans la poche gauche. Le maître n'y voit que du feu, et il est content.

pierre. — Et c'est ce contentement-là qui me fâche I Ils disent après çà, entre eux, que nous marchons comme des animaux.

germain. — Allons, tu ne veux pas céder?

pierre. — Non 1

germain. — Tu ne veux donc pas épouser ta bonne amie?

pierre. — La Maniche? si fait bien !

germain. — Si tu n'es pas métayer, tu ne l'auras pas.

pierre. — Oh ! que si! Elle m'aime, elle m'a dit que ça n'y ferait rien.

germain. — Son père m'a juré sa foi et sa loi, hier, que si tu n'étais pas métayer, il ne donnerait pas son consentement.

pierre. — Je chercherai une autre métairie!

germain. — Tu n'en trouveras point; il est trop tard dans la saison.

pierre. — J'attendrai un an, et la Maniche aussi !

germain. — Non! Son père n'a pas déjà une grosse envie de toi. Il la forcera à épouser le grand Jacquet!

pierre. — Ah ! faut-il ! Le marquis est. un mauvais maître !

germain. — Eh non ! il est bête! Faut être plus fin que lui ; faut faire ta soumission, épouser la Maniche et voter pour...

pierre. — Je voterais pour le diable plutôt que de contenter un homme si sot; mais je l'affinerai puisqu'il m'y oblige. Que son âme en porte la folle enchère ! Allons, arrangez ça, mon père ; dites ce que vous voudrez pour moi; je ne soufflerai mie, et nous signerons le bail. Ah! ma pauvre grosse Maniche ! il faut bien que ça soit pour toi !

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