‹ Le diable aux champsChapitre 42 sur 88 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

Sur la rivière.

En bateau.

MAURICE, DAMIEN, EUGÈNE, approchant du pavillon.

eugene. — Tournons le long du parc, et nous reprendrons le sentier du pré pour rentrer chez nous. A moins que nous n'allions faire une visite par eau à monsieur Jacques.

damien. — Le May eux ne passera pas jusque-là.

maurice. — 11 passera, ou il dira pourquoi.

DABirtr. — Mais qu'est-ce qui grimpe donc là au pavillon de Florence? Est-ce qu'il est revenu tailler sa vigne, au lieu d'achever la conquête de Myrto?

maurice. — Oh! ce n'est pas lui... Attendez donc, c'est quelqu'un qui paraît fort en peine.

eugene. — Un voleur?

Maurice. — Ça en a tout l'air. Il voulait entrer par la fenêtre, et à présent il nous voit. Il paraît bien penaud.

eugene. — Donnons-lui la chasse, ça nous diverlira.

maurice. — Eli non ! attends. Je connais cet imbécile-là I C'est un petit bourgeois de Sainte-Aigue.

eugene. — Tiens, pardi! monsieur Hippolyte Chopart! Qu'est-ce que vous faites donc là, monsieur Hippolyte Chopart?

polyte. — Ah! c'est vous! Bien le bonsoir, messieurs! Vous arrivez à propos, je suis bien en peine... Je me promenais dans le parc.

maurice. — Quelle nouvelle manière de vous promener avez-vous inventée là! Vous mangez les raisins de notre ami le jardinier du château?

roLYTE. — Oh non ! par exemple... Je n'en ai guère envie ! Je vous dirai ea tout à l'heure. Amenez donc votre bateau par là , que je descende.

maurice. — Pourquoi ? Puisque vous êtes monté par la treille, descendez par la treille et tournez l'angle du pavillon.

polyte. — Eh ! sacredié, pas possible ! J'ai cassé le treillage, voyez! Je ne peux plus mettre les pieds dessus, et je ne me tiens plus que par les mains à la barre de la croisée. Déêchez-vous, que diable! je vais tomber.

maurice. — Ban ! vous savez bien nager?

polyte. — Sapristi, non. Est-ce qu'elle est profonde par là, la rivière? ,

EUGENE. — Non, une trentaine de pieds, pas davantage.

polyte. — Excusez! Venez donc vite.

maurice. — On y va, on y va. Mais d'abord vous direz ce que vous faisiez là, ou bien, serviteur, vous boirez un coup.

polyte. — Eli bien , dites donc , farceurs , dépêchezvous !

maurice. — Dépêchez-vous vous-même. Confessez-vous!

polyte. — Eh pardié! c'est ma tante qui m'a fait monter là, pour voir s'il y avait quelqu'un de caché là dedans. Un peu de curiosité, voilà tout.

maurice. — Ah oui-cia! (Bas ù Eugène.) Trois pieds de vase et un pied d'eau; c'est assez pour le rafraîchir," et il faut donner cette petite leçon aux curieux de la ville.

EUGENE. — Ça y est! (A rolylc.) Y èteS-VOUS? (Bas à Damien.) Un bon coup de pied contre le mur!

damien. — J'y suis.

maurice. — Donne-moi la perche. Allons, monsieur Chose, sautez!

polyte. — Par -où? Comment? Je ne vous vois pas, sous les feuilles.

eugéne. — A droite, (a Damien.) Demi-tour à gauche. Le Mayeux ne tourne qu'à gauche. C'est fait! Le Mayeux ne demandait que ça.

polyte, dans l'eau, barbotant. — Au secours! au secours! je vas me noyer. Ah! j'ai pied. Sacristi! j'ai manqué mon coup; me voilà propre!

damien. — Dame! on vous dit do sauter à gauche, C'est

comme ça que vous perdez la tête, vous? Heureusement que nous sommes là. Sans nous, vous périssiez, jeune homme !

polyte. —Allons, donnez-moi la main et passez-moi l'eau, que j'aille retrouver ma tante!

Maurice. — Eh bien, voilà une tante qui va retrouver un joli neveu! Allons, entrez dans le Mayeux, mon gentilhomme! Vous pouvez bien dire que vous devez la vie à ce beau navire.

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