CHAPITRE XII
Une séance académique.
M. Arthur de Plumichet, — nous Favons dit, — aimait et rechercfiait les honneurs. Gomme officier public, il avait conquis la palme municipale, et, une attaque d'apoplexie venant à rayer M. le maire du eoDtrôle administratif, il était clair que l'habit brodé d'argent etTépéeà poignée de nacre reviendraient de droit à l'héritier présomptif de l'écharpe, dans la personne du premier adjoint. Mais cette illustration entre quatre murs ne suffisait pas à l'ambition de M. Arthur ; il avait rêvé de plus nobles victoires. Dès son bas âge, il avait balbutié le langage des dieux, et on se souvenait dans la petite ville qu'à onze ans, c'est lui qui avait été chargé de réciter un compliment en vers de sa façon, à Mgr l'évéque, qui était venu visiter le collège. M. Arthur était donc
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né poëte^ selon le précepte d'Horace et de Boileau. Pendant les quelques années qu'il avait passées ï Paris, il s'était lié avec deux ou trois courtisans des Muses; iljivait écrit des charades et des logogriphes dans un journal glorieusement tombé au troisième numéro, et Ton affirmait même qu'il avait composé trois actes que TOdéon avait refusés, mais que le théâtre Bobino n'avait jamais voulu accepter... En rentrant dans sa ville natale, il s'était bien vengé : il s'était mis à faire des articles d'agriculture, en vers, dans le Compost littéraire^ journal d'annonces de la localité, et il avait fondé une académie des sciences, arts, belles-lettres, commerce, agriculture et industrie. Les femmes y étaient admises comme les hommes: pour l'un et l'autre sexe,, les élections avaient lieu au scrutin secret; l'esprit n'était pas indispensable, le talent n'était pas positivement nécessaire : la grande question consistait à donner vingt francs par an pour les frais d'éclairage.
M. Arthur Plumichet était président-né de cette académie qui, pareille à celle que citent Voltaire et Fontenelle, était une honnête fille qui tf avait jamais fait parler d'elle. Or, ce soir-là, il y avait précisément séance fort intéressante : on devait procéder à une réception et entendre la lecture d'une pièce de vers de M. Arthur, précédée d'une étude du guano comparé au fumier de vache, et d'une dissertation sur
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la question de savoir si Marseille, Fanccienne capitale des Phocéens , devait sa prospérité à ses grands hommes, ou à ses savons,.. M. Cn»iom7/e/ , marchand de denrées coloniales retiré, et membre de Tacadémie, devait prendre la parole pour le savon, et M. le président devait faire la controverse. On s'attendait à une chaude discussion; l'académie était partagée en deux camps : le génie avait ses partisans, le savon comptait ses fanatiques; deux ou trois indifférents, qui n'étaient ni de l'un ni de l'autre, — les adeptes du guanô et du fumier de vache, ~ demeuraient neutres et s'en lavaient les mains.
Le baron et Gaston venaient d'achever leur café, se demandant à quoi il était possible d'employer sa soirée dans une ville où toutes les portes se ferment à huit heures et demie, lorsque l'hôtelier leur remit une large enveloppe ornée d'un gigantesque cachet de cire verte où était gravé, entre deux branches de laurier : — Sicitur ad astral...
— Parbleu! s'écria le baron qui venait de lire la missive: voilà bien notre affaire; nous pensions à aller dormir • on nous offre une séance académique.
— C'est tout un 1 riposta Gaston, à qui le vieillard passa la lettre. Et le programme qui y est joint nae paraît des plus piquants. Peste l... n Marseille doU-^lle... ou doit-U sa prospérité à ses grands hommes ou à ses savons ?... » Voilà une grave ques-
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tion qui pourra réjouir les épiciers de la Cannebière. Mais que diront les ombres de Roscius, de Pylhéas et d'Ëuthymèae parmi les anciens, et les mânes de Mascaron, de Dumarsais, de Plumier, de Puget, de Barthe et de d'Urfé parmi les modernes?... Je voudrais qu'on cotjvoquât Méry, pour savoir de quel côté il jetterait sa boule blanche.
— Mon cher,^dit le baron, je connais assez Tespril paradoxal de ce gracieux Phocéen, pour êlre certain d'avance qu'Use mettrait du côté du savon, qu'il plaiderait la cause de la potasse, et qu'il gagnerait son procès... Dites, ajouta-t-ilen s'adressant à l'hôtelier, que nous allons nous rendre à l'aimable invitation de M. le président d^ l'académie... Dans cinq minutes nous y serons... La salle des séances est-elle bien loin d'ici ?
— Vous y êtes, messieurs, répondit le directeur du Grand-Cerf^ ou du moins vous n'avez que la cour à traverser. Ces messieurs m'ont loué un local, et je leur ai fait décorer un ancien grenier à fourrage audessus de l'écurie.
— Oh! oh ! laissa échapper Gaston, ils doivent être là tomme le rat dans le fromage !
— Mais oui, riposta très-naïvement le brave homme; ils s'y trouvent fort bien : ils sont là chez eux.
Cinq minutes après, en effet, nos deux voyageurs grimpaient une sorte d'escalier en planches évidem-
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ment construit primitivement pour l'ascension des bottes de foin, mais qui, recouvert d'un tapis et garni d'une rampe, était devenu le plus court chemin pour arriver à ce Parnasse départemental... A la porte du sanctuaire d'Apollon, ils retrouvèrent l'hôtelier qui s'était dépouillé de ses insignes culinaires, et qui avait substitué à son tablier et à son bonnet de coton une grosse chaîne d'acier qui lui couvrait la poitrine et une petite barrette noire à laquelle il ne manquait qu'un peu d'hermine pour être un bonnet de docteur.
— C'est moi qui suis l'huissier de l'académie, leur dit-il à demi-voix, avec un air de fierté mal déguisée ; ça me donne la fourniture des bougies et du verre d'eau sucrée pour Torateur... Et puis, j'aime les arts et la société dès savants.
Introduits par l'huissier de l'académie, nos deux héros furent reçus par M. le président, qui leur avait réservé des fauteuils au bureau.
Le local académique était bien, en effet, un vaste parallélogramme ayant servijadis à collectionner les foins de l'auberge du Grand- Cerfy mais on l'avait assez convenablement approprié à sa nouvelle destination. Une tenture de papier vert déguisait la nudité des charpentes, et quelques tableaux en décoraient les parois. Le panneau du fond, qui servait de repoussoir au bureau, représentait l'apothéose de Phœbus entouré des neuf muses et des grands hom-
mes de la Gr%ce huches sur le Frôde. ¥« te pésidfl fit remarquer à ses deux visiteurs ^e l'artiste auqi^ on devait cette tofle, et qui s'était «utrei|uek^ de rendrort, avait eu Theureuse idée de Ciriw i| portraits. Le dieudei*Hélicon était M, ArtbtrPlŒBchet lui-même ; Homère ressemblait faeauoof i monsieur le secrétaire perpétuel de racadéBie,ei Anacréon, couronné de roses, avait ub air detaS avec M. GrimouiUet, Tavocat du giMflio.Qa»ts^ neuf muses, deux seulement avaient trouvé leuist ginales dans la société, car jusqu'ici Tarrondiss* n'avait pu fournir qu'un faible contingent relatif,» femmes savantes. La première, par ordre de daie* réception, était ¥»« Eulalie-Balbine de SainWMlpoète couronné au concours de plusieurs sodé^ savantes, et à qui Ton devait deux volumes de v05 très-remarquables, intitulés, l'un ; l>i mr '* haut...ei l'autre : le* voix {Ténias. !!*•• Erfafe-ftJ* bine de Saint-Landry, qui dans le taWeaufigBi*^* Polymnie, muse de la poésie lyrique, confessafttrei*huit printemps. Quelques mauvaises tangues répétaient tout bas qu'on pourrait bie» retrouver, ist les archivesdela mairie, une ode qu'elle avait p«kw«) le 20 mars 1811, à l'occasion de la naissance dii^ de Rome; puis une autre, imprimée le îPsepifi'* bre 1820, en l'honneur de la naissance du dec* Bordeaux. Quant.à elle, sa mémoire ne remontai* i«^
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haut : elle ne se souvenait que d'avoir^ étant fort me encore, chanté te naissaiice du^otfElè de Paris, enfin celle du prmce impérial, en atteondant d'aus occasions de signaler son an^mr pour les djMss régnantes. Cetle persàstwice à sahier «haque naité successive l'avait fait surnommer poète de la -naissmice. Ëile portait généralem^it une toque à . arabout, un châle jaune etxme robèTerte, coule«r Tectée aux Instituts de tous pays. EHe avait toujours poussé le mariage c(»nme antilyrique et comme ose trop prosaïqueB»ent tereeslne.
La seconde muse, représentée sous les traits de îlpomènie, déesse de la tragédie, était la jeune je Junie-EaastineRigollot... Mariée en sortant de nsi^m et à Tâge où la cruauté des parents peut enre abuser des inexpériences du cœur, elle pleurait aque jour Thorrible fatalité qui Tenchaînait à un 3LV© et honnête rentier, auquel elle devait une horable aisance et' le loisir de faire des alexandrins, ais qui avait Tinfamie de s'appeler RigoUot!.;. «^ Faustine comptait bien réellement vingt-quatre is ; die accusait autant de tragédies, qui toutes aient des chefe-d' couvre , en dépit de Topiniâtre itétement des comités de lecture parisiens, qui tous étaient donné le mot pour les consigner à leur porte. Q citait d'elle la mo&t be mémw ou le Fratricide par nhiiiotL Mais son plus beau â;(»iron était sans cmr
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tredii sa LUCRÈCE, tragédie en cinq actes, avec prologue et épilogue. Plus modeste (^ue M. Ponsard, de Vienne en Dauphiné. qui n'a pas craint d'emprunter son titre et son action à dix ou quinze poètes qui l'ont précédé, elle avait représenté son héroïne comme elle la voyait, c'est-à-dire comme une femme probablement ennuyée dans son ménage et voulant en finir avec la vie. Sans quoi , disait-elle dans sa préface, elle eût été bien sotte de se poignarder pour si peu... c'était son opinion; et elle avait intitulé la chose : une PAÏEimB siorte en sainte, ou : la Yictinte du préjugé conjugal. C'est à la dernière scène du dernier acte, qu'on avait surtout applaudi naguère, à la lecture, ces deux alexandrins, où Lucrèce expirante s'écriait, en s'adressant à son épouiqu" pleure :
Non I Brutus n'est pas brute, ô mon cher CoUatin ? n saura de Sextns trancher le col latin I
On ne pouvait prédire plus laconiquement, ni en rimes plus riches, l'événement historique qui, cinq cent neuf ans avant Jésus-Christ, fonda et établit l3 république romaine-. On parlait de faire impriffl^'" cette tragédie, pour la venger des refus des conaités. Il y avait inême longtemps qu'on l'eût livrée à la publicité, mais on ûe trouvait pas d'éditeur qui voulût risquer de devenir millionnaire en entreprenant
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cett^ Opération. Du reste, M™» Faustine était assez gentillette; elle s*habillait clandestinement en garçon et fumait en cachette des cigares de quinze centimes... On soupçonnait M. le président de l'académie de collaborer parfois avec elle*
Un coup de sonnette se fit entendre, et une voix de stentor s'écria . — Ces messieurs sont servis !... mais au coup d'œil sévère du président, la voix reprit : — La séance est ouverte... On comprend que c'était l'hôtelier qui, se croyant au rez-de-chaussée, avait un instant oublié ses honorables fonctions d'huissier appariteur de l'académie.
- — La parole est â monsieur le secrétaire perpétuel, pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance, dit le président.
— Je demande la parole pour un fait personnel, s'écria un membre qui tenait à la main un de ces coussins portatifs en caoutchouc que Ton gonfle avec de Tair, et qui avait la tête couverte d'un bonnet de soie noire.
— La parole est à M. Pacifique Ledoux.
— Messieurs! dit M. Pacifique Ledoux, qui avait une apparence tout à fait en contradiction avec ses nom et prénom, je suis forcé de faire remarquer à qui de droit que, depuis trois mois que j'ai l'honneur de faire partie de cette honorable société, dont je me fais gloire d'être [murmures approbateurs), je
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ibù LE PlJkWR BOITEUX
me troBYe coMfJétemeBft ea dehors des promesses du règlement {meirque$ de pvni étonnement). Le prospectus porte que tout membre &n sera reçQ dans le sein de Tacadémie et prendra le fauteuil de sod prédécesseur. Or, loin de me trouver dans Yotee sein, je suis coo^ammeat près delà porte, o& le vent coulis me procure un rhume de cerveau qui épuise mes foulards^ et, loin d'avoir le fautai susmentionné, je n'ai qu'une chaise de paille, dont inra coussitt-Rattier n'atténue que médiocremenl la férocité. Je demande un siège plus académique! {U ordre du jour ! r ordre du jour !)
L'ordre du jour, mis aux voix, est prononcé à l'unanimité. M. Pacifique Ledoux roule des yeux d'orfraie et déclare qu'il restera debout.
Le secrétaire général lit le procès -verbal, où il constate la lecture très-appréciée d'une étude sur le hanneton considéré au point de vue de la civilisation européenne; d'une recherche historique sur l'invention des semelles de bottes à l'époque préadamite; d'une discussion fort intér^sante^ de laquelle il est résulté la preuve certaine qu'un vase déposé au musée de k riHe, et étiqueté : débris de la coupe de Cléopâtrcy est tout simplement une moitié de saladier trouvée dans les déccmibresd'un vieux cabaret en démolition.
— Je demande la parole pour une rectification !
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BN PROVINCE. 1£1
s'éerieM. Pacifique Ledoux... Mesâeuts, c'est moi qui ai fourni les preuves dont parle le procèsveri)al, et je nfai pas dit que le vase fiU une moitié de Sc'dadier : je demande qu'on rétablisse le mot propre,
—C'est que le mot ne Test pas du tout, et c'est pour cela que M. le secrétaire perpétuel, avec le tact qui le disliDgcfô^,y a substitué un équivalent..
— Équivalent ! exclama M. Pacifique Ledoux ; je voudrais bien voir que votre domestique fût de votre avis, lorsqu'elle vous sert votre laitue I [A l'ordre ! à Pordre.)
Le rappel à l'ordre est prononcé à l'unanimité : M. Padtique Ledoux s'asseoit sur le chapeau de son voisin de droite, et écrase le cor de sou voisin de gauclie.
Le secrétaire perpétuel continue, et relate la lecture de onze pièces de vers, dues au talent de M. le président, de M»® Eulalie-Balbine de Saint-Landry et deMn»« Junie-Faustine RigoUpt. Ces poëmes, ajoutet-il, où la plus riche imagination est rehaussée par réclat d'un esprit aussi vif que juste, ont excité l'enthousiasme général et les applaudissements unanimes,
— Je demande la parole pour faire remarquer que cette unanimité est une fictioûy puisque trois membres dormaient ! s'écria Topiniâtre Pacifique.
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i52 LE DIABLE BOITEUX
— Monsieur Ledoux 1 vous n'avez pas la parole ! clame le président.
— Alors, je me tais... mais je prends le ciel à témoin !
El M. Pacifique, qui se rasseoit en levant les mains au plafond, accroche la f)erruque de M. Gorniquet, membre de la section des sciences, qui est plongé dans un volume de calcul des probabilités.
Le rapport épuisé, on passe h Tordre du jour.
— Messieurs, dit le président , nous devions aujourd'hui, ainsi que le portent vos lettres de convocation, procéder à la réception d'un nouveau membre...
— D'une nouvelle membre I... interrompit M. Ledoux... puisqu'il s'agit d'une femme. {Tumulte dans i^ auditoire composé de douze curieux , dont onze gor mins.)
— Je préviens les assistants, reprit le président, en agitant sa sonnette, que les marques d'approbation ou d'improbation sont interdites, et je rappelle Tinterrupteur à l'ordre pour la seconde fois.
— Je proteste! fit M. Pacifique en frappant du poing sur son encrier, qui roula sur le pantalon de nankin de celui qui était derrière lui.
— Cette réception ne peut avoir lieu, continua le président. M"*® Candide Blanchatrt, qui devait nous
V lire, pour son premier bouquet académique, quelques
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pages de son ouvrage d'économie sociale, intitulé : De la nécessité de restreindre les populations, en raison directe des produits du sol, ne pourra se rendre à la séance. Son mari nous annonce que cet intéressant confrère vient d'accoucher, tout à l'heure, de deux jumeaux.
— C'est exact I exclama M. Ledoux. J'ai entendu les CTis ; j'atteste le fait.
— Je propose de nommer deux membres qui iront complimenter l'accoudiée, au nom de l'académie.
— On ne reçoit pas les hommes avant douze jours! cria M. Ledoux, Je demande la remise à quinzaine. [Adopté.)
M. Pacifique se frotte les mains, et promène un regard triomphant sur toute la salle.
— Nous prenons la suite de l'ordre du jour. La parole devrait être à iftme Rigollot, mais elle écrit qu'elle se trouve indisposée...
— Pas disposée! s'écria M. Pacifique^, Je déclare que je viens de la voir sortir de chez elle, et que je l'ai même entendue dire à son mari : — Je vais à Tacadémie.
— Monsieur Ledoux, ces détails ne nous regardent pas ! La vie privée doit être murée.
— Une membre d'académie est une femme publique ! riposta l'entêté Ledoux.
Un cri général exige le rappel à l'ordre, qui est
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immédialement prononcé. Les yeux de M. Pacifique laBcenl la foudre, el il se rassied sur les genoui de M. Comique qui, absorbé dasùs Téiude des tables de logarithmesy se troute perdu dans les sinus, eo^us, tangentes et cotangentes de Lalande.
— Nous devions entendre la lecture d'une ode sur la naissance du prince de Monaco, mais son auteur, M™«"Balbine de Saint-Landry, s'excuse sur la nécessité où elle se trouve de remettre ce plai^r à huitaine ; Elle est en lessive.
— Qui çaî... rode, ou la poétesse?... [Mttrmires.)
— Monsieur Ledoux!... ces interruptions deviennent intolérables. Je dois vous rappeler qu'aux termes de Fartide 4 du paragraphe 7, un troisième rappel à l'ordre emporterait votre suspension pour un mois»
— Jedemandelarévisiondii règlement!. ..{St7cncci} Je me tais...
M. Pacifique se rassied et décrodie les besides de M. Gomiquet qui , élucidant ime question de catoptrique, en était à se prouver que l'angle de réflexion d'un côté de la normale doit être égal à l'angle d'incidence de l^autre côté de la même normale.
— La parole est à M. Grimouillet, sur la question des savons de MarseiDe, comparés aux hommes illustres de cette antique cité. (Méorques d'attention générale.)
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M. Grimouillet se lève avec toute la gravité que comporte une telle solennité. 11 tire son mouchoir et se mouche, dispose sa tabatière, et s'orne de ses lunettes d'argent, tandis que l'huissier appariteur dépose un verre d'eau sucrée à sa portée... Le plus profond silence règne dans la salle. On entendrait un ciron tousser.
— Silence 1 s'écria la voix trop connue de M. Pacifique. {Rumeur que calme la sonnette présidentielle»)
— Messieurs... commença Toraleur, en détachant une feuille volante du volumineux dossier préparé SUT son pupitre... Marseille, colonie phocéenne, fondée vers Fan 599 avant Jésus-Christ, partagea le commerce dé la Méditerranée avec Carthage. Alliée à Rome, c'est elle qui lui ouvrit le chemin de la conquête des Gaules; mais ayant voulu, plus tard, garder la neutralilé dans la guerre avec César et Pompée, elle subit un siège et fut prise par César... Quoiqu'elle eût des instincts pacifiques...
— Présent! cria M. Ledoux en levant la main, et comme on murmurait : Pardon, ajouta-t-il. J'ai été réveillé en sursaut, et je croyais qu'on faisait l'appel nominal. On a dit Pacifique...
— Quoiqu'elle eût des instincts pacifiques, nous savons*. •
— Ah 1 enfin, il y arrive I, murmura M. Ledoux.
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— Nous savons... nous savons...
Et M. Grimouillet, manifestant la plus vive inquiétude, chercha vainement sur son pupitre la suite de son discours : il a achevé la lecture du premier feuillet, et tout le reste du dossier a disparu... On regarde sous les tables, sous les bancs, M. Grimouillet se lâte les manches, la poitrine, il fouille ses poches, sonde jusqu'à ses bottes... le manuscrit est introuvable...
L'assemblée est consternée; seul, M. Pacifique Lèdoux semble sourire au deuil général, et croise sa redingote, dont Fouverture laissait apercevoir les cornes d'une sorte de cahier de papier ressemblant beaucoup à celui qu'on pleure.
— Messieurs, dit le président, à notre grand regret, nous devons renoncer au bonheur d'entendre une improvisation qui s'annonçait sous une forme si brillante, et l'ordre du jour m'accordant la parole, je vous demande la permission de lire quelques vers qui m'ont été inspirés ce matin, dans une promenade au bord de l'eau.
— J'atlesle le fait !' cria M. Pacifique. Je suivais M. le président qui donnait le bras à M"»* Faustine RigoUot. {Silence! Écoutez! )
M. Arthur se leva, passa les doigts dans ses che* veux, ajusta son lorgnon et commença.
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