CHAPITRE Xlll
^ Des sarants. — De rindalgenc« provinciale. — Des dé voles.
— Est-il possible qu'il existe des associations d'hommes qui consument leur temps à de pareilles balivernes!... dit Gaston lorsqu'il fut descendu dans la cour... et ce que nous voyons de voir et d'entendre est-il vraiment une chose sérieuse et faite de bonne foi?
— Parfaitement sérieuse, répondit le vieillard ; et les gens qui sortent de ce grenier à foin se figurent certainement que leur académie est, sans conteste, de la même famille que l'Institut : M. Arthur Plumichet, dont les monorimes à l'eau de benjoin ont failli me donner une attaque d'apopleiie, tant le rire comprimé peut refouler de sang au cerveau, ne trouve pas le moins du monde que Lamartine
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et Victor Hugo lui soient supérieurs : ils ont eu du bonheur, voilà tout. Mais si le Papillon looldge était imprimé chez Fume ou chez Pion, il est hors de cloute à ses yeux que cette marmelade poétique aurait la même valeur et la môme vogue que les Méditations et les Orientales. M. Grimouillet traitant la question des savons se considère, au point de vue commercial, comme rendant d'aussi grands services que M. P. Leroux ou Jean Raynaud, et, comme eux, il pourrait fournir son utile concours à YEncyclopédie nou/velle. M^^ Junie RigoUot, qui fume le cigare et s'habille en homme, se croit beaucoup plus forte que Georges Sand, et elle ne troquerait pas sa Ltœrèce morte en sainte, pour la tléopâtre de M"»® de Girardin. Quant à M**® Balbine de Saint-Landry, c'est le type réel de tous les bas bleus indigo dont chaque département conserve le spécimen. Il n'y a pas en France, malheureusement, un seul chef-lieu, une seule ville à peu près importante, qui n'aient leur académie, comme ils ont leur marché aux légumes et leur foire aux ânes. Les sociétés dites savantes sont la plaie intellectuelle des provinces, et il est facile de comprendre tout le mal que peuvent faire ces corporations, dont la législation n'a pas encore eu4a pensée d'arrêter l'effrayante pullula lion... Il existe des règlements de police urbaine et rurale pour ordonner la destruction des chenilles
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qui, au primplemps^ menaçenâ de dévoréf les bourg60B»; trouve-t-OQ qfie Ysabse de k science ei qaek fleur de Fart ne soient pdSy'eux aussi, des tiéâOfa assez précieux, pour les protégei et les défendre limite Uenvahissement de la barbarie?... Est-ee qu'on ue comprend pas qcœ tolères les abus de la pensée et du langage, de la forme et du fond, c'est donner une yéritable consécration, une incontestable autorité à des abus littéraires ou scientifiques qu'on devrait tonjourS" réprimer?... Certes, il ne serai! ni mauvais ni superflu d'inventer quelque distraction innocente pour occuper le désœuvrement qui est le m^ endémique des bourgeois de province j mais, outre qu'ils ont le jeu de boule, le tir à l'arc et la lectiu'e quotidienne de leur gazette,* ne pourrait-on trouver quelque autre amusement à leur portée?.. On avait inventé jadis un joujou qu'on appelait la garde nationale; pourquoi ne pas lui avoir conservé son clinquant? 11 est vrai qu'on y a substitué les pompiers;, mais, que diable! tout le nK)nde n'est ni de force ni d'humeur à se promener en plein soleil, avec un casque romain sur une jaquette franco-gauloise !
— Mais, en résumé^ objecta Gaston, ces braves gens ne fiont de tort à personne : le ridicule n'atteint que son auteur.
— Que dites-vous là, jeune homme !.. Le pre-
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mier mal, c'est (f engendrer la eontagion^ : ces hommes, se réumssant diaque semaine dans leur local omé d'une apothéose, pérorant et discutant entre (juatre boiigies accostées d'un verre d'eau édulcorée, s'appelant mon cher collègue, imprimant leurs élucubrations et s'intitulant Société moanie; ces hommes éblouiâsent la plupart des sots qui les contemplent et qui finissent par gratter à la porte;^ alors la provmee compte un ouvrier de plus dans cet immense ateher où se forgent les armes traditionnelles ayec lesquelles on combat le bon goût et le sens commun. Tous les ans^ ils distribuent des prix en séance solennelle, etiLn'estpas de rapsodie en vers ou en prose qui n'y trouve sa médaille ou sa mention honorable. Le public, qui assiste à ces panégyriques dp la médiocrité, se familiarise avec ce poison littéraire qui coule dans ses veines, et, comme Mithridate, il finit par s^y hal»ituer tellement, qu'il arrive à ne plus trouver de saveur à autre chose. On cherche bien loin la cause de la décadence des lettres dans la seconde^ moitié du dix- neuvième siècle : qui sait si elle n'est pas dans l'incroyable multiplication des académies, où le premier venu peut se faire admettre?
— Encore faut-il posséder quelque connaissance spéciale... dit Gaston, pour obtenir son diplôme ?
— Pour être reçu cordonnier, tailleur, cuisinier du
coiffeur, oui... on exige des connaissances prélimi
naires^ mais un savant n'a besoin de rien savoir ; s'il
ne sait que peu de chose, il «ntre dans la classe des
belles-lettres ; s'il ne sait rien du tout, il s'intitule
archéologue.
— Archéologue ! s*écria Gaston ; mais rarchéologie est une science qui embrasse toutes les autres.
— On a beaucoup simplifié tout cela. Aujourd'hui, un antiquaire est un simple particulier qui achète une vieille armoire qu'il étiquete bahut, deux ou trois cruches fêlées qu'il nomme vases étrusques, un demi-cent de moellons qu'il décore du titre de briques romaines, et un tas de cailloux qu'il proclamp haches celtiques ]^ avec ce fond de magasin, qu'il intitule collection^ n'osant dire encore wu5c>, il s'enrôle dans le bataillon sacré des archéologues et il finit par y conquérir un grade. La manie du bibelot, comme ou l'appelait déjà du temps de M™« de Sévigné, a envahi, de nos jours, toutes les classes de la société provinciale. Le bric-à-brac y est devenu un art, une religion, une folie; il a ses fanatiques et ses martyrs; il compte ses adeptes, cœurs à foi robuste, prêts à affronter le supplice pour soutenir l'authenticité de leurs croyances. Les uns pratiquent la religion numismatique représentée par quelques vieux sous qui prennent le nom de monnaies romaines ou gauloises; les autres sont de la confession céramique person
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nifiée par les possesseurs dé saladiers ébréchés qui deviennent des émaux de Limoges, des faïences d*!lalie ou des porcelaines du Japon ; ceux-ci adorent le vieux bois, ceux-là les antiques armures : c'est un culte où toute divinité trouve son grand prêtre, et ces braves antiquaires sont un peu comme les peuplades de rinde, qui se prosternent devant les ustensiles de leur ménage, dont elles se font des gris-gris et desmanitom sacrés. Le bric-à-brac est une religion, c'est vrai, mais on y canonise et on y béatifie pas mal d'hérétiques qui ouvrent trop légèrement les tabernacles pour y placer leur vieille vaisselle, dont ils ont fait des vases sacrés... Aussi, parcourez les quatrevingt-six départements, et vous trouverez infailliblement, dans chaque chef-lieu, une société archéologique, et dans chaque ville ou village un individu quelconque qu'on vous désignera comme étant trèsfort antiquaire. L'antiquaire engendre l'académicien comme le fromage engendre les vers.
— Mais pourtant, interrompit Gaston, est-ce qu^il n'arrive pas que de ces sociétés sortent quelquefois des hommes dont la faveur publique sanctionne le mérite?
— Oui, lorsqu'ils ont su s'affranchir de la routine qui est la base de ces corporations. Voltaire, en parlant des académies de province, dit qu'elles ont parfois produit des avantages, en faisant naître l'ému-
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lation, M for^fint au travail et est dissipaDt Ti^Eiûrance native des petiles villes... L'émulatioû, c'est poseible; et c'est peut-être à elle qu'on doit de vmr, à de longs intervalles, surgir, des sociétés dUes savantes, un poète, un orateur, un vrai savant. Mais qu'alors' je plains ce malheureux que Jte souffle du génie a effleuré ! mieux vaudrait qu'il ne sût pas lire.
— £1 pourquoi donc?
— Ebî mon cher, pour une chose tcMite natuiBlle, tout humaine. Trouvez-moi donc ^ une société où Ton pardonne àscm voisin d'avoir «u arriver à laire ce que n'ont pu exécuter ses ex-camarades d'enfasoe, avec lesquels il jouait jadis à la balle, et à la poussette. A P«ffis, où il y a moins de contact, plus d'^pace et carrière pour tous, on pardonne souvent aux aipériorités, et, la plupart du temps, les rivaux eux-mème sanctionnent le succès consacié par les masses; mais en province, comment voulez-vous que, se heurtant oonstamment, se coudoyant sans cesse, on pirisse œnsentir à «'écartcar un peu, pour faire place à un mérite qui perce, et pour lui donner de l'air?... Les oiseaux qui volent librement dans les larges sillons du ciel immense ne songent jamais à se heurter les uns les autres : enferaiez-les dansée volière, vous les verrez bien vite se disputer la eanquêie du perchoir, se livrer de véritables combats,
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et faire si bien dm bec et des on^es, qu'au bout d'un moment, chacun d'eux y aura laissé quelques plumes, si ce n'est son aile entière. Qu'un poète, par exemple, publie quelques modestes essais <jians l'innocente feuille d'affiches de son arrondfesement, ceci n'effraye personne. Il y a si loin de cette simple estrade au piédestal, que chacun lui pardonne son premier pas : osi regarde toujours sans déplaisir ce cpii «'éblouit m n'offiisque; e'est pour cela que l'aurore n'a jamais eu que des laudateurs, quaaad toBt le monde a plus ou moins jeté sa petite pierre au soleil. Leîraoc de Pompi^aa a même isài une fort belle strophe sur ce sujet, cti padant de Rousseau... qui poùrtaiyi n'est pas un soleil.
— Mais il me semble, dit Gaston, qtic lorsqu'un hcMnme arrive à se faire distinguer, c'est un honneur qui rejaillit sur ses concitoyens. Dans une bataftle, il n'advient jamais ^u'on reproche à un sohiat de combattre avec courage et de se faire remarquer par sa bravoure ; au contraire, ses frères d'armes deviennent solidaires de sa gloire, e44out le r^meaat participe à ses beaux faits.
— C'est si vrai, que lorsqu'un grenadier obtient la croix d'honneur, tous ses camarades se cotisent pour lui offrir son premier ruban et fêîter sa bienvensme... Mais, à l'bomme gravissant les cimes ardiies qui mèneiit à ila^ célébrité, on n'accorde pas les mêmes
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immunités. Â mesure qu'il monte, on tâche d'entraver sa marche, et, lorsqu'il fait un faui pas, on applaudit à sa chute, qui devient un triomphe pour tous, si elle aboutit au précipice, et s'il y a fracture.
— Oh 1 mais alors, c'est de la cruauté ! s'écria Gas • ton.
— Mon Dieu, oui I Que voulez-vous? Et puis, s'il arrive que, plus fort que ses détracteurs, l'homme parvienne à son but ; si le vrai public lui accorde son brevet de capacité, alors il reste un moyen : ses amis insinuent qu'il pourrait bien se faire que ses ouvrages ne fussent pas de lui ; le mot circule, il grandit, devient une probabilité, puis une certitude, et, au bout de peu de temps, on cite même la source où il a puisé ses inspirations et tout son mérite. Les habitants des petites villes sont d'excellents virtuoses qui savent admirablement chanter en chœur le fameux nK>rceau de la Calomnie, que Bossini composa tout exprès pour leurs voix de contralto.
— Cela, fit le jeune homme, doit fort divertir celui qui se voit bien au-dessus de leurs petites clabauderies?
— Plus que je ne le pourrais dire, et c'est même là son unique vengeance ; quant aux autres, il leur reste encore une dernière ressource : elle consiste à répondre, en haussant les épaules, à ceux qui parlent du poète ou de l'artiste : — « Il n'a jamais rien
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fait; c'est un paresseux qui écrit! S'il avait voulu, il pouvait être notaire, ou fabricant de noir animal, et il aurait fait son chemin comme M« Rabichon ou M. GrimouiUet. »
Nos deux moralistes s'étaient arrêtés dans un coin de la cour du Grand-Cerf, et causaient ainsi, au clair de lune, par une nuit magnifique de printemps; Gaston admirait le calme de cette cité qui n'était troublée par aucun de ces bruits qui surgissent du sein des bruyants carrefours de Paris. On respirait un air pur, qui entrait à pleins poumons dans la poitrine, apportant ces bonnes et aromatiques senteurs de la luzerne et du sainfoin dont regorgeaient les râteliers des écuries ; le silence était si profond, qu'on entendait ranimer les boeufs, vautrés jusqu'aux cornes dans leur épaisse litière ; de temps en temps, un léger bêlement d'agneau tétant sa mère passait* dans ce silence comme un symbole d'innocence et de quiétude ; le valet d'écurie, ayant achevé sa ronde, venait d'éteindre son falot et s'étendait sur sa couche de paille, côte à côte avec ses chevaux, et tout près de l'âne favori. Nos Parisiens étaient en pleine idylle et nageaient dans l'églogne et la bucolique jusqu'au cou. La petite ville était plongée dans le plus profond sommeil... et cependant, comme l'avait dit M. Plumichet, en se frottant les mains, dix heures seulement sonnaient au clocher de la paroisse.
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— - Y0U8 snrez beau dire, s'écria Gaston, taaii de paix extérieure, tant de calme et de siienoe ne peuvent régner dans une société que vous me présentez sous d'aussi sombres couleurs : je crois yraiment (pie vous avez gén^alisé,les exceptions, mon cîier baron.
— Les eaux dormantes, répondit le vieillard, sont précisément celles qui cachent le plus d'abîmes, et il ne faut pas toujours s'y fier. Du reste, vous avez vu vous-même, et^ pour votre début, en quelques heures, vous avez pu juger de la valeur de cette paix, de ce calme et de cesileiice.
— €'«st vrai ; mais là encore nous sommes tombés dans le chapitre des exceptions... Ainsi, l'av^ture fort excentrique de ce mariage consacré d'une façwi si extraordiaaire, ne peut servir de règle à mon jugegement : c'est un cas des plus rares, je dirai même unique, et il n'arrive pas deux fois dans la vie d'être témoin de semblable dénoûment* Les jeunes filles de province sont élevées dans des priœùpes de rigidité qui excluent toute possibilité d'^arement, et la surveillance des mères devient une constante garantie de leur moralité.
— Mon cher, je suis de l'avis de Montesquieu dans ses iMtres persanes, et je crois faiblement aux agnès de ^lla^. .
— Et puis, ajouta le jeune honame, ^^Des sont éte-
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vées daes des principes de religion tels, que la crainte d'offenser Dieu les prémunit contre les tentations du péché. »
— Leur religion I De quelle religion croyez-vous qu'elles soient î
— Mais de la religion catholique, apostolique et romaine ; de celle qui est le plus pur modèle de toutes les vertus morales, et qui, élevant Tâme, le cœur et l'esprit, donne la forcé et l'intelligence à ceux qui savent la pratiquer.
— Et c'est précisément cette science qui leur manque... Rien n'est beau, rien n'est grand comme les préceptes sublimes du christianisme compris et pratiqué selon la loi évangélique. C'est la morale appuyée sur la foi, c'est la loi humaine élevée à la hauteur de la loi divine, et je répète volontiers, avec votre Bossuet • « La grandeur du christianisme est dans le christianisme lui-même, comme les splendeurs du soleil sont dans l'astre éclatant appendu à la voûte des cieuxl » Mais, hélas ! qu'il y a loin de cette subKmité delà croyance aux plates et sottes petites pratiques qui y sont substituées I... Dans 'certaines localités, marmotter quelques patenôtres qu'elles ne comprennent pas ; égrener machinalement les perles d'un chapelet de coco qu'un vicaire de paroisse leur a bénit pour vingt-cinq centimes; manger de la morue le vendredi; se priver d'œufs et
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de beurre pendant le carême; jeûner parfois jusqu'à midi, et faire ainsi, de Thommage dû à Dieu, une question d'horlogerie ; s*accttser régulièrement, tous les mois, de fautes qu'elles recommetlent périodiquement le mois suivant ; faire des petites chapelles à la Vierge, des petits vœux à saint Josepli, des petite reproches à sainte Catherine; craindre le Père, adorer le Fils, négliger fortement le Saint-Esprit, et se croire sauvée pour aller, tous les jdimanches, bâiller à la messe et dormir au prône... voilà la religion des sçpt huitièmes de la jeunesse féminine dont vous admirez les touchantes feiveurs... Et voyez la fatalité! ce sont précisément toutes ces dévotes, que je ne confonds pas avec les femmes vraiment pieuses, qui constituent le fond de la société provinciale : c'fêt chez elles qu'on trouve cet esprit d'intolérance si opposé aux maximes évangéliques ; la médisance el parfois la calomnie se sont élevées, pour elles, à la hauteur d'une question d'art; c'est leur principale occupation ; le dénigrement du prochain fait partie de la mission céleste qu'elles croient accomplir, el, comme dit saint Augustin lui-même, dans ses Confessions : — a La langue des dévotes est cent fois plus à craindre que la langue des impies, car die a l'apparence de l'autorité. » A leurs yeux, toute femme qui se conforme à leurs petites pratiques est un vase d'élection renfermant tous les parfums;
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[juant à celle qui n'est qTie bonne mère, épouse dévouée et qui donne l'exemple de toutes les vertus sociales, sans s'astreindre à toutes ces puérilités de congrégations, oh I celle-là, c'est un esprit fort, une Dhilosophe.,. c'est même une athée, que toutes les lâmmes du purgatoire ne sufâront jamais à purifier le ses crimes!... Ah! il serait bien temps de rameler votre religion aux grands principes de sa splenieur primitive; car, si Ton n'y prend garde. Use irouvera bientôt que les chrétiens du dix-neuvième >iècle n'eussent été que des hérétiques au temps des apôtres, et que le Christ ne reconnût plus son propre culte.
— Je ne me serais jamais figuré, dit Gaston, que la grande religion de Bossuet, de Leibnitz et de saint Jérôme pût, en certains cas, rapetisser le cœur humain.
— Elle le rapetisse tellement, dit le baron, que, parfois elle fait commettre des fautes que les simples lumières delà philosophie humaine eussent prévenues, en éclairant l'esprit... De la petite dévotion à la superstition la plus absurde, il n'y a que la distance du Diœit au Confitebor^ et je vais vous raconter, à ce propos, une anecdote qui, certainement, vous paraîtra inventée à plaisir, mais qui n'en est pas moins vraie :' elle vous montrera jusqu'où peut aller la crédulité de ces esprits rabougris qu'a com-
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plétement annihilés l'abus des accessoires de la religion ; car la religion est comme ces vins généreux qui soutiennent et réconfortent; ils n'enivrent et ne font mal que lorsqu'ils sont sophistiqués par le mélange de substances frelatées.
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