‹ Le diable boiteaux à ParisChapitre 51 sur 60 · QU*ON SE LE DISE · texte numérisé non relu

QU*ON SE LE DISE

— Par Dieu ! s'écria Gaston, voici le chef-d'œuvre du genre, et sans nul doute, c'est le résultat d'un pari ; car il est impossible qu'il vienne à la pensée d'un directeur de théâtre d'employer de semblables amorces, qui ne prendraient jamais rienl...

— ^ Dites plutôt, répliqua le baron, que c'est là le seul hameçon avec lequel on arrive à attraper la curiosité provinciale. Vous voyez, à celte foule qui sort, que le théâtre était plein, et certas ce ne sont ni

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VoMaire, ni Molière, ni Meyeri>eer, ni les antres, qui ont attiré le monde : Taffiche a tout fait, et, sans elle, il n'y aurait pas eu vingt places occupées dans le parterre. Du reste, ce directeur s'est donné plus de mal qu'il n'en était absolument besoin : le lapin qui tire un coup de pistolet, lé poisson qui parle et la femme qui caresse une byène attirent généralement plus de curieux que tout le répertoire du Théâtre- Français, et, pour peu qu'il y ait dans la troupe une actrice haute en couleur, et portant avee aisance un ou deux quintaux de chair fraîche sous une jupe à paillettes d'or, on est à peu près sûr de voir accourir tous les lions de l'endroit, dont pas un n'osera lui parler, mais qui tous proclameront, le lendemain, qu'ils sont du dernier mieux âvecelle.,. Dans certaines petites villes, il y a des roués qui sont connus pour escalader les cœurs, comme le n^aréchal de Soubise pour prendre les citadelles. Ces Lovelaces de sous -préfecture sont généralement de grands dadais, en gants de fil d'Ecosse et en pantalon de nankin, à qui leur papa donne dix francs d'argent de poche par mois : c'est avec ces projectiles qu'ils démantèlent les places fortes et qu'ils finissent par arriver, sans coup férir, aux invalides du mariage. Alors ils racontent leurs campagnes à leurs descendants, et ils ter* minent toujours le récit de leurs conquêtes par ce mot, qui est leur croix d'honneur; — J'étais un rude

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gaillard) de mon temps!.*. Ce sant les lions de ce désert.

. —Je regrette, dit Gaston, que le spectacle soit fini : j'eusse été curieux de voir la troupe de M . Saint- Phar.

— Mon Dieu! vous avez lu le Roman comique d,e Scarron? Figurez-vvous ses comédiens ambulants jouant Roger et Bradamante du poète Garnier, chez le baron de Sigognac, devant le public périgourdin, et vous aurez une idée de la représentation qui vient d'avoir lieu. Je suis persuadé que toutes les pièces, '— tragédie, comédie, yaudeville, mélodrame et grand opéra, — ont été jouées avec le même décor. M. Saint- Phar est tout bonnement venu dire à la rampe : a Ceci représente un palais, ou une caverne, ou une forêt; celte chaise est un arbre, ce manche à balai est une espingole, cette femme est un chef de brigands... » Cela est parfaitement admis dans les troupes de passage; le parterre compte même sur ces joyeux accessoires pour égayer un peu Racine ou Corneille, qu'il ûe prend jamais au sérieux.

— En vérité, reprit Gaston, j'étais loin d'avoir la moindre idée de la naïveté provindale, et le bal d'où notis sortons m'a apporté des révélations véritable- Daent précieuses. Je trouve charmantes ces deux bourgeoises, venant à une soirée de noces pour y débattre le prix du beurre et les défauts de leurs

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domestiques... et tout cela en robe décolletée, avec des souliers de satin.

— Eh! mon cher, ignoriez-vous donc que c'est là le fond de Térudition de certaines petites localités?... On sy moque même des causeries parisiennes, où s'agitent les plus intéressantes questions d'art ou de littérature. Du moment qu'une femme parle d'autre chose que de son ménage, on la traite de bas bleu, de précieuse ridicule, et c'est îci que Molière a beau jeu, quand il s'écrie :

La femme en sait assez, quand son savoir se hausse A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse!

L'économie ou l'art de diriger la maison est le grand point d'honneur de la plupart de ces dames» et certes, je serais le premier- à les en louer, si cette précieuse vertu ne dégénérait pas fréquemment en étroite parcimonie. Tenez , pas plus tard que tout à l'heure, on me racontait ceci, dans le salon d'où nous sortons : — Une dame de ce pays, aussi connue par sa fortune que par son avarice, vient de perdre son mari, il y a quinze jours. Le lendemain, on annonçait qu'une maladie subite mettait en danger les jours de la survivante. On crut un instant que la douleur du veuvage était la cause d'une telle situation, et déjà les héritiers s'apprêtaient joyeusement à doubler le crêpe Be leur chapeau... Voici le secret de cette maladie. En

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reveoant de Féglise, la veuve, en bonne maîtresse de maison, voulut mettre ordre dans la chambre du défunt; parmi les objets qui avaient servi au malade, eUe trouva une quantité de fioles, de pois et de bottes pharmaceutiques; mais, en les rangeant, elle s'aperçut que tout n*était pas vide. Ne voulant rien laisser perdre, attendu que tout cela avait coûté gros, elle s'assaisonna une salade à Vhuile de ricin, avala une bouteille d'eau de Seidlitz^ arrosée d'un vin antiscorbutique, se ût deux tartines de beurre analeptique, et couronna le tout, comme digestif, de trois verres de sirop d'ipécacuanha... Je vous laisse à penser Teffet laxatif d'un pareil festin ; mais, hélas! les héritiers craignent de sauver ce vainqueur d'Harpagon.

— Mais il n'est pas possible (Qu'elle en revienne I s'écria Gaston... et ce doit être Un conte fait à plaisir. Elle serait déjà morte.

— C'est précisément l'ingeètion de tous ces poisons qui doit la sauver. D'après la méthode homœopathique d'Hahnemann, on neutralise les semblables par les semblables.

— Ah ! oui. Similia similibus,

— Cela peut même s'appliquer très-avantageusement au traitement des passions et des maladies morales.

— Comment cela?

— Vous avez entendu parler de la comtesse de Saint-Hurule?

— Parfaitement!... Une charmante vieille qui doit, à rheure qu'il est, enfrerdans son soixantième printemps. Elle porte ses magnifiques cheveux blaocs comme un diadème, et son joyeux esprit comme un sceptre.

— C'est bien cela! Eh bien, voici ce qu'elle me racontait, il y a quinze jours, thez la marquise de Valiville... — Figurez-vous, dier baron, me disaitelle, en riant comme une folle, que lorsque j'épousai mon défunt mari, il y a de cela quelque vingt-cinq ans, je m'aperçus, au bout de huit jours de lune de miel, que j'avais affaire à l'homme le plus colère des quatre-vingt-six départements. J'étais désespérée, lorsque l'ouvrage hoitiœopathique du docteur Habnemann me tomba sous la main; je vis qu'à l'axiome liippocratique : Contraria contrariis curantur, il avait audacieusemenl substitué le principe opposé : Similia similibus, et je résolus de mettre sa méthode en pratique. Un beau matin, à la suite d'une explication un peu vive, mon cher époux me lança un ifioctavo à la tête, et s'apprêtait à m'envoyer le reste de l'ouvrage à la même adresse; or, c'était le premier volume du Dictionnadre encyclopédique, et cela pouvait durer longtemps... Sans me déconcerter, je me levai, et dis très-froidement : « Moucher^ ami, voilà

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une colère qui va tous coûter cher !..,» et je memis à briser tranquillement une glace, la pendule et deux candélabres ; puis je me rassis, en fredonnant, dans ma causeuse... Le lendemain, nouvelle colère... Celte fois, je jetai un magnifique thé de Chine par la fenêtre.,. A la troisième fois, je brûlai son portefeuille qui contenait pour mille écus de billets de banque.

Voyant qu'il n'y avait rien à faire de ce côté, il se retourna, pour se distraire de la privation de ses colères, vers un autre genre d'occupation. Au bout d'un mois, je m'aperçus qu'il avait une maîtresse... Je pris de suite un amant. — Ah bah ! m'écriai-je; quoi ! comtesse, un amant! Le moyen était un peu beaucoup homœopathique. Et... réussit-il?

-^ Non , pas tout de suite. 11 eut deux maîtresses, baron.

— Votre système était donc en défaut?

— Pas du tout ! ... Je fis comme lui, et j'eusse été jusqu'à la douzaine si mon volage et inguérissable mari ne s'était arrêté à temps.

— • Ah !... 11 finit par comprendre Hahnemann.

— Ah bien oui ! ... 11 mourut à sa onzième infidélité !... et je rentrai dans la médecine ordinaire.

— Voilà, continua le baron, ce que me raconta l'excellente comtesse ; et vous voyez bien que la malade en question peut parfaitement revenir de sa salade : Similia similibus curantur.

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Il était près de deux heures du matin lorsque nos | rôdeurs de nuit rentrèrent à Taubei^e du Grand-Cerf; l'hôtelier les attendait sur le pas de sa porte en fumant sa pipe, et, croyant faire acte de zèle et d'exactitude, il tenait à la main la lettre d'invitation de M"' Rabichon.

— Mieux vaut tard que jamais, dit le baron en la prenant.

— Oh 1 monsieur, fit naïvement l'huissier d'académie, je ne me serais plutôt pas couché; les invitations, ça ne se remet pas.

— Je le vois bien ! dit le baron.

Ils allaient monter à leurs chambres pour se coucher, lorsqu'on passant près de la cuisine ils aperçurent un homme de la campagne assis près du feu. Le pauvre diable était tout en pleurs, et le chapeau qu'i tenait à la main était garni d'un crêpe horriblemenl large.

— Qu'avez-vous donc , mon brave homme ? lui demanda le baron.

— Ah ! monsieur, v'ià son crêpe, répondit le campagnard, en montrant sa coiffure, avec un geste de désespoir.

— Le crêpe de qui ? •

— De notre pauvre Mathurin qui s'a engagé!

— Eh bien!... Est-ce qu'il serait mort?

— Mieux que ça : tué I

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m PROVmCK 213

— Que dites- vous?...

— Fusillé, monsieur, fusillé!... V'ià la lettre de laire pari que j'ons reçue à ce matin cheu nous, et j'arrivons pour annoncer la chose à sa marraine, qu'est cuisinière ici, chez madame la juge d'instruction..

— Le baron prit et lut : a Votre fils, dont j*ai rhonneur d*étre le caporal, m*a prié de vous narrer, par cette présente (vu qu'il ignore le maniement de la plume), qu'il sera fusillé demain à la parade: il vous remémore de lui expédier de l'argent pour cette solennité ; il vous embrasse, ainsi que tous les pays, se recommandant aux prières de monsieur le curé. L'argent peut s'envoyer par la poste... Affranchir... Ne pas oublier sa marraine qui lui a promis de quoi trinquer à sa santé, laquelle il souliaite honnêtement à tous ceux qui vous parleront de lui... Quant à l'argent, il est utile qu'elle arrive demain.; après, il serait trop tard : on n'est fusillé qu'une fois. Du reste, il l'a bien mérité, et, comme son chef immédiatre, je me fais gloire de le certificatiser. Je vous salut militairenaent... Dumanet, caporal en l«r de la 3^ du 4« du 22® de ligne, en garnison à Paris (Seine),.. Postscriton : Quant à fargent, elle doit être adressée au caporsd Dumanet, caserne de Babylone, à Paris (Seine), franche de tout porc. »

Le baron ne comprenait pas trop cette épîlre capo-

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ralesque; mais, ce qu'il y avait de certain, c'est que le mot fusillé y brillait liorriblement. Tout à coup, il s'écria :

— Le 22« de ligne!... mais c'est mon neveu, le comte de Saint-Servan, qui en est colonel ; voyons, il est encore temps, puisque ce n'est que demain à la parade qu'on le fusille.

— Ah! monsieurl fit le paysan^; ça serail-y possible?

— Avez-vous ici le télégraphe électrique ?

— Pardine! répondit l'hôtelier; puisque le chemifl de fer y est.

Cinq minutes après, une dépêche était expédiée à Paris, avec ordre d'exiger une réponse immédiate, fallût-il réveiller le colonel.

Cette réponse ne se fit pas attendre; au bout d'une demi-heure, .l'employé galonné du télégraphe rapporta un pli qu'ouvrit le baron, et son neveu lui apprenait que le conscrit Mathurin qui, jusque-là, avait fait partie des voltigeurs, venait, au bout de«ix iBois, de passer dans les fusilliers,.. Tout le village, y compris le maire, le curé... et même le baron, avait vu la chose comme le. père à Mathurin, qui ne savait comment rendre grâces à son bienfaiteur. On eut du mal à lui faire comprendre la chose, et il s'obstina à appeler le baron : le sauveur de «on fils qui lui devait

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EN PHOVINGE 215

sa vie... Afin de mériter une partie de sa reconnaissance, notre petit vieillard remit au brave homme deux louis pour être envoyés franches de porc au caporal Dunaanet.

Et ils allèrent se coucher : il était Theure... Toutefois, Gaston ne put s*empêcher, en montant Tescalier, de s'étonner qu*une simple inexactitude orthographique pût produire de semblables imbro^ios ; le baron lui affirma que rien n'était plus commun dans la langue française, qui est une des langues les plus pauvres, et joignant, selon son habitude, Texemple au précepte, il lui conta ceci, tout en gravissant au premier étage :

— 11 y a trois ans, j'achetai deux chevaux sculptés en pierre, et qui étaient une assez belle copie des chevaux de Venise; je les expédiai, bien emballés, à mon château de Toiiraine, en envoyant Tordre à oaon intendant de les faire placer sur les colonnes qui encadrent la grille principale... Le lendemain, j*5^pris que l'intendant était absent, et, comme je devais arriver quelques jours après avec du monde, Bt que je tenais à ce que l'entrée du château fût ornée de ses accessoires, j'écrivis au fermier, qui me paraissait le plus intelligent de la localité : — «Je vous recommande de faire sceller immédiatement et solidement les chevaux, que je tiens à trouver sur les colonnes à mon arrivée ; je vous autorise à pren-

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dre, pour cette opération, autant d'ouvriers que vo;t

le jugerez nécessaire... »

Quatre jours après, j'arrive au château... QueW est ma stupéfaction, en voyant un immense échafau-' dage, sur lequel vingt paysans, suant sang et eau. s'efforçaient de bisser, au moyen d'une grue, deoi de mes chevaux anglais, en chair et en os, tout bridé; et sellés.

— Monsieur le baron, me dit le fermier, ils son' sellés depuis quatre jours ; mais c'est le diable poir les monter là-dessus, tous les malins, en attenddo votre arrivée !...

— Parbleu ! riposta Gaston qui ne voulait pas rester en arrière, je veux vous raconter comme quoi j a perdu cinquante mille francs de rente pour m apostrophe. Dans votre histoire, le mal tenait à m lettre; dans la mienne, il dépendit d'une sorte de petite virgule qui n'a même pas de nom grammatical; car ce n'est ni un article, ni une préposition, encore moins une ponctuation... — M"* la comtesse d'Aboval était une vieille chanoinesse de fort bonne maison, portant noblement sa croix d'Anne de Bavière: nourrie des plus purs principes aristocratiques, que quatre ou cinq révolutions n'avaient pu effacer de son cœur, cette constante représentante des antiques croyances nobiliaires n'avait jamais pu prendre sur elle d'oublier les flatteuses prérogatives de sa nais-

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ance. Elle tenait siogulièremeot à tout ce qui se attachait à ses titres et à son blason, et elle eûtconenti à perdre un bras ou à porter la cocarde tricoore, plutôt que de renoncet à l'apostrophe qui eprésentait sa particule. Cette excellente femme, [ui avait été liée intimement avec ma mère, et qui D'aiaiait comme son propre fils, n'avait que des >arents fort éloignés, et elle avait résolu de me aisser presque toute sa fortune, qui était considérable. Donc, il y a trois ans, ma bonne protectrice, iont les rigueurs de l'hiver avait fort ébranlé les quatre-vingts ans, sentant que sa fin approchait, fit venir un notaire, auquel elle dicta ses dernières volontés tant bien que mal et d'une voix affaiblie par l'approche évidente de la mort. Elle me léguait cinquante mille francs de rente, à la ctmrge de nourrir un chien et un perroquet qui lui avaient toujours été fidèles... Quand le testament fut terminé, — et ce ne fut pas sans peine, — on vint à bout d'asseoir la mourante sur son lit et de la soutenir à grand renfort de coussins et d'oreillers. La vieille camériste lui plaça ses lunettes d'or sur le nez et lui présenta la feuille timbrée à signer. Alors, la testatrice allongea ses doigts décharnés vers la plume qu'on lui offrit, puis, d'une main tremblotante, griffonna un tout petit d, suivi d'une apostrophe gigantesque... Tout à coup, elle se renversa sur les coussins, repoussa le

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2i8 LE DUBLB BOITEUX

testament avec mépris, et dit au tabellion : — Vous avez écrit mon nom sans apostrophe, et avec un petit a!... Recommencez l'acte... Le notaire, un peu coa* fus, recopie l'acte avec la correction ordonnée, et, au bout d'une demi-heufe, il revient tenant la bienheureuse feuillet dépositaire de l'avenir du chi^, du perroquet... et de votre serviteur. Mais, pendant cet intervalle, la malade, que cette secousse avait singulièrement affaiblie, venait de perdre connaissance et d'entrer en pleine agonie,. On eut beau faire, quand on voulut la réveiller de nouveau, la mourante était... morte!... morte intestat !^Et voilà comme quoi cinquante mille francs de rente, plus le bonheur d'un chien et d'un perroquet, peuvent dépendre d'une apostrophe,

— Et si je vous disais, reprit le baron» qu'pn peut en mourir!

— De quoi? fit Gaston.

— D'une apostrophe... Pour peu qu'elle se prolonge, l'estomac s'oblitère, les intestins s'atrophient et... on meurt d'inanition.

— Qu'est-ce qui se prolonge?

— L'apostrophe toujours... Cherchez dans les dictionnaires pathologiques, vous y trouverez ceci: — a Apostrophe (du grec knotTrp^ii, aversion) , dégoût invincible et persistant des aliments, ^ti^ devenir mortelle... » De plus, c'est une figure de rhétorique,

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dont Ciçéron et Démosthènes nous ont laissé d'admirables exemples... Ce qui prouve que la langue française aime le calembour, et justifie le père à Mathurin d'avoir cru que son fils allait être fusillé.

Le baron et Gaston entrèrent chacun dans leur chambre et se dirent bonsoir... Ils eussent pu dire bonjour; car l'Aurore commençait à dorer les portes de l'Orient... comme le prétendait Fénelon, archevêque de Cambrai et précepteur du duc de Bourgogne.

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