VI PREFACE
crimes auxquels je fais allusion ont été la conséquence rigoureuse, parfaitement logique, de la foi que je combats, j'ai la conviction intime de faire œuvre de bon citoyen et de moraliste humanitaire en consacrant, à mon tour, quelques efforts à l'extirpation de ce qui peut rester de ce septique gangreneux dans les consciences chrétiennes.
Partant de ce principe, que la vie est une et que les éléments qui la constituent ne s'y coordonnent, pour l'entretenir, qu'à la condition de se pénétrer réciproquement, nous serions, d'ailleurs, légitimement autorisé à rejeter a priori, comme dissolvant, tout ce qui répugne ou résiste à l'assimilation : deux contraires, le naturel et ce qui ne l'est point, ne peuvent subsister et former une unité harmonique ; à côté l'un de l'autre, c'est le trouble ou la mort. Si, donc, parmi les faits dont croient pouvoir s'autoriser les doctrines mystiques il s'en rencontre qui n'aient pas été suffisamment élucidés encore par la critique rationnelle, on ne saurait douter qu'ils ne le soient un jour ou ne puissent l'être. Il ne faut pas perdre de vue que les trois quarts de ceux qui se trouvaient dans la même situation, il y a un siècle à peine, ont été ramenés par la science dans les limites du pur naturalisme, en dépit et à la confusion de ces, doctrines, d'où l'on doit inférer que le reste y viendra aussi tôt ou tard. Nous ne pouvons nous flatter de connaître toutes les lois de la nature, ni même, dans celles qui nous sont connues, toute l'énergie qu'elles peuvent développer. A quel titre osons-nous donc déclarer inexplicables par des lois dont nous ignorons l'entière puissance, sinon l'existence réelle, des faits qui, pour paraître en opposition avec ce que l'on croit savoir sont donnés
PREFACE YII
comme impliquant la négation absolue de ce que nous ne savons pas? 11 ressortira, au reste, des grossières contradictions au milieu desquelles nous verrons se démener l'idée de la personnalité du Diable, comme des conséquences désastreuses qu'a eues cette idée, que de toutes les explications données jusqu'ici il n'en est pas qui supporte moins la critique que l'explication par le dogme de la chute et le surnaturel démoniaque. Je puis, en matière de possession et de sorcellerie, m'accommoder provisoirement de bien des hypothèses, sans en excepter celle de M. Russell Wallace ^ ; je puis, par exemple, à côté des raisons pathologiques, aujourd'hui évidentes dans la plupart des cas, en supposer d'autres d'un ordre tout à fait moral, admettre même la possibilité de concilier avec ridée scientifique de l'évolution naturelle une vie d'au delà ; mais ce que nous devons repousser comme quelque chose de foncièrement inassimilable, ce sont les solutions mystagogiques sans base réelle dans la nature. De ce côté, comme je le disais plus haut. Va, priori n^est pas seulement autorisé par la sagesse ; c'est une nécessité logique, un critérium spéculatif de certitude.
Un des hommes les plus érudits qu'ait eus l'Allemagne au dernier siècle, Christian Thomasius, mort en 1728 à Halle, où il occupait, à l'université de cette ville, la chaire de jurisprudence, a calculé que, jusqu'à lui, les victimes des tribunaux d'inquisition ne se montaient pas à moins de 9,440,000, tout ce monde immolé pour la plus grande gloire de Dieu et à la honte et confusion du Diable. Si à ce chiffre on ajoute
i. On miracles a?id modem Spintualism.