‹ Le diable [microform]Chapitre 105 sur 182 · Chronica Bohemorum · texte numérisé non relu

Chronica Bohemorum

chroniqueur rapporte que, revenant, quelque années plus tard, de Mayence à Prague, il traversa un pays, toute l'Allemagne du sud, que désolait une famine épouvantable : « Des évoques, ajoute-t-il, voulaient célébrer la messe dans l'église, qui était assez grande, d'un certain endroit, mais ils ne purent y pénétrer ; le sol était jonché de cadavres entassés les uns sur les autres. » Il arriva de là dans une petite ville, où il ne se trouvait pas une maison dans laquelle il n'y eût trois ou quatre morts. « Nous nous hâtâmes d'en sortir, dit-il, préférant passer la nuit en rase campagne. »

De 987 à 1059, en 73 ans, il y eut 48 disettes, succédant les unes aux autres avec gradation d'intensité. Trois années sur cinq étaient donc des années de famine.

En '1089 et dans les années suivantes, nouvelle épidémie de feu sacré, notamment en Lorraine, en Dauphiné, à Lyon, en Angleterre et dans l'Ile de France. En Aquitaine seulement, la maladie enleva 40,000 personnes. En Lorraine, la mortalité ne dut pas être moindre : « On y voyait partout, dans les chemins, dans les fossés et aux portes des églises, dit Mézeray, des personnes ou mourantes ou à qui la douleur insupportable du mal faisait jeter de haut cris. »

En 1095, il mourut tant de monde de faim, que les cimetières ne suffisaient plus ; on creusait dans les champs de grandes tranchées, où l'on descendait les cadavres avec des cordes. La peste, qui accompagna la famine, s'étendit sur toute l'Allemagne et envahit ensuite la France et l'Italie. Il paraît, néanmoins, que « les plus sages n'estimaient pas que ce fût un si grand mal ; car, personne ne guérissant de la maladie, ceux qui en étaient atteints se préparaient sérieusement à la mort et paraissaient finir dans de grands sentiments de contrition. » Un docteur alsa-

cien, Manegolde de Lutenbach, profita habilement de la circonstance pour faire rendre gorge aux lâches brigands encastillés des provinces rhénanes. Gomme il avait reçu du pape Urbain II pouvoir d'absoudre de l'excommunication, la peur de la mort lui en amena un grand nombre, qui, en paiement de l'absolution de leurs péchés, rendirent à l'Église une partie de ce qu'ils avaient extorqué du pauvre monde. C'est un peu cette dernière considération qui a fait direàBerthald de Constance que la mortalité lucrative de cette année ne fut pas un si grand mal.

Dès les premières années du XIP siècle, disette, cherté, famine, épidémies, tremblements de terre.

De 1109 à 1130, le feu sacré ou gangrène sèche ne cessa de désoler la chrétienté. Le mal sévit, notamment, dans le Soissonnais, en Lorraine, et jusque dans les îles Baléares, où il se compliqua de peste. Hugues Parsit, abbé de Prémontré, a décrit ainsi la maladie, selon qu'il l'avait lui-même observée à Soissons en 1128 : « L'effet en est tel, dit-il, que, sous une peau livide, les chairs sont consumées et séparées des os, les malades mourant à chaque instant et petit à petit. Mais la mort finale qu'ils désirent n'arrive que lorsque ce feu, après avoir ravagé les extrémités, attaque les organes de la vie. Ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'il agit sans chaleur et qu'il pénètre d'un froid glacial ceux qui en sont atteints, au point que rien ne peut les réchauffer, et, ce qui est encore plus étonnant, c'est qu'à ce froid mortel succède une si grande chaleur dans les mêmes parties, que les malades y éprouventtous les accidents du cancer \ »

En 1110, nouvelle épidémie de feu sacré. Différen-

1. De miracuHs B. Maria; Suessionensis, clans V Histoire de N.-D. de Soissons, de Michel Germain.

tes chroniques en signalent la présence dans l'Ile de France, en Lorraine et en Espagne, où on lui donnait le nom de feu persique. Ce fut à celte occasion que l'on bâtit, à Paris, l'église de Sainte-Geneviève des Ardents.

Deux autres maladies furent également très fréquentes sous forme épidémique dans le cours de ce même Xli" siècle : lalèpre et la variole. Cette dernière ne commença guère qu'à cette époque à se répandre dans le Nord; jusque-là elle avait été le triste privilège du Midi.

Le XIU^ siècle ne. fut pas îe moins éprouvé du moyen âge. Il débuta par un tremblement de terre^ qui se fit sentir depuis York jusqu'en Syrie, où il coûta la vie à 200,000 personnes. Plusieurs villes, en Europe, furent abîmées; dans d'autres, une foule de maisons et d'édifices, y compris des églises, s^effondrèrent. Vinrent ensuite la peste, des inondations et la famine. La terreur était partout ; on crut que le monde touchait à sa fin. Une lettre tombée du ciell'avait du reste annoncé. Cette lettre aurait été trouvée à Jérusalem sur un autel et recueillie par le patriarche et un évoque du nom d'Acarias. Elle était écrite au nom de Dieu par l'archange secrétaire de ses commandements, et, comme la plupart des manifestations divines de notre époque, elle invitait les peuples à l'observation du dimanche sous les plus terribles menaces. Roger de Hoveden * raconte qu'il y eut cette année-lù,'12U2,enAngleterre, des docteurs qui allaient prêchant que les mille ans marqués par l'x^pocalypse étaient révolus et que le dragon infernal allait être délié.

En 1224, nouvelle peste ^.

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