II
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En 1348, « grande mort », la « mort du monde », comme s'exprimait le peuple en son lugubre langage. Ce fut l'année de la peste noire. Importé d'Orient en Italie par des navires marchands, le fléau gagna peu à peu toute l'Europe, où il enleva le tiers de la population. « Dans beaucoup d'endroits, dit le continuateur de Nangis, il ne resta pas deux personnes sur vingt. A l'Hôtel-Dieu de Paris, la mortalité fut telle, que, pendant longtemps, on emporta tous les jours dans des charrettes au cimetière des Innocents plus de cinq cents cadavres, » sans compter ceux qu'on enlevait des maisons particulières. Paris, à cette époque, n'ayant eu guère plus de 200,000 âmes, il dut succomber plus de la moitié delà population. A Florence^ il en périt les trois cinquièmes, d'après Mathieu Villani, le continuateur de Jean Villani, son frère, mort dans l'épidémie. Boccace, dans l'introduction du Decamarone^ a fait du fléau, dans cette ville, un tableau que l'on a souvent comparé à celui que nous a laissé Thucydide de la peste d'Athènes . Le nombre des victimes en Europe aurait été de vingt-cinq rnillions. En Asie et en Afrique, ce fut pire encore: au Caire seulement, il mourait de dix à quinze mille personnes par jour, et l'île de Chypre fut vidée en quelques semaines de presque tous ses habitants. On rencontrait sur la Méditerranée des navires flottant à l'aventure, dont l'équipage et les passagers avaient tous péri. Beaucoup de successions tombèrent en déshérence, et « plusieurs, dit l'abbé Fleury, ayant vu leurs héritiers mourir devant eux, donnaient leurs biens aux églises et aux religieux ^ ». Il dut donc y avoir cette fois encore, comme en 109S, des gens « sages qui n'estimaient pas que ce fût un si grand mal ! »
1 Hist. ecclés., l. XX, p. 80.
La description qu'un auteur du temps, Guillaume de Machaut, nous a laissé de cette terrible peste est très précise sous ce dernier rapport. En voici un passage :
Tant estoient morts qu'il avint
Que par les champs les bestes mues
Gisoient toutes esperdues.
Es blés et es vignes passoient,
Tout paitout où elles voloient,
N'avoient seigneur ne paslour
N'omme qui leur alast entour,
N'estoit nuls qui les reclamast
Ne q'ii pour siennes les clamast.
Héritages y ot plusieurs
Qui demouroieQt sans seigneur.
Les médecins de la Faculté de Paris, dont il reste une curieuse consultation de l'époque \ jugèrent que la cause physique du mal devait être attribuée à une conjonction de trois planètes qui eut lieu le 20 mars, à une heure après midi, dans la constellation du Verseau ^. Mais le peuple, que les arguments tirés