Gh. VI
doxement lieu de douter de la puissance homicide du Malin. Quant à ses lieutenants, les petits démons en sous-ordre qui vont semant partout des germes d'infection et de pourriture, leur pouvoir à cet égard encore est tout aussi indiscutable: ils exécutent en détail et par le menu ce que leur chef, qui, d'ailleurs, est bien, comme on sait, l'auteur de la mort, a résolu en grand. L'histoire est pleine de leurs méchancetés meurtrières. En voici un exemple, entre mille autres ; je l'extrais de la vie de saint Grégoire le Thaumaturge, évêque de Néo-Gésarée dans le Pont, celui-là même qui, au témoignage d'Eusèbe de Gésarée^ recula d'un simple mouvement de main une montagne pour débarrasser les abords de son église cathédrale.
Grégoire, revenant un jour à pied d'une longue course à la campagne, rentrait en ville à la nuit tombante. Il était fatigué. Gomme il passait devant un établissement de thermes, l'idée lui vint d'y aller se délasser. Il avait déjà le pied sur le seuil de la porte, quand le gardien, l'arrêtant, lui dit que, la nuit, l'établissement était au pouvoir des démons et que quiconque s'y aventurait, du crépuscule du soir à celui du matin, n'en sortait pas vivant ; la mort, une mort certaine, l'y attendait. Ce discours n'intimida pas Grégoire ; il était chrétien, et il connaissait l'efficacité alors irrésistible du signe de la croix et du nom de Jésus. Il insista donc quand même pour entrer, et, ayant appuyé son insistance d'un petit pourboire, il se fit de la sorte remettre facilement la clef par le gardien, à qui la vie d'un homme importait moins, paraît-il, que quelques sous d'étrennes qu'il recevait. Une fois dedans, il ôta ses habits et allait se mettre au bain, quand tout à coup il vit surgir autour de lui d'épouvantable fantômes, qui tourbillonnaient en masses de flamme et de fumée et qui
poussaient d'horribles vociférations. L'édifice tremblait sur lui-même ; le sol était convulsionné, de l'eau en ébullition jaillissaient des gerbes d'étincelles pétillantes. Grégoire n'opposa à ce déchaînement de violences que le signe de la croix et le nom sacré (levant lequel tout genou fléchit, en enfer comme dans le ciel et sur la terre : cela suffit pour lui assurer la victoire. Il put prendre son bain, et quand il sortit, <( la vue de sa personne vivante fut une stupeur pour ceux' qui étaient préposés à la garde de ces thermes ».
Cet exemple éclatant de la puissance homicide des démons n'est, du reste, qu'une des nombreuses illustrations d'un passage du livre canonique de Tobie où il est affirmé que les sept maris successifs de Sara, la fille de Raguel, avaient été tués par le Diable.
(( Devant des faits aussi solidement attestés « que ceux qui précèdent, M. le chevalier Gougenot des Mousseaux juge qu'il n'y a pas lieu de rire. Peutôtre est-ii, au fond, de l'avis d'une dame anglaise dont parle M. Gonway dans un récent ouvrage de démonologie. Cette dame, qui vit très probablement encore, disait sentencieusement un jour à une amie de l'auteur^ mère comme elle : « Apprenez-vous à vos enfants à saluer toutes les fois qu'on prononce le nom du Diable? Les miens n'y manquent jamais : j'estime que c'est plus sûr ! / think it is safer ! » Les Anglais, qui sont gens pratiques, ont un proverbe qui explique, du reste, l'a prudence de la dame mentionnée : « Il ne faut dire du mal de personne, pensent-ils, pas même du Diable : on ne sait pas ! »
Le poète écossais Robert-Burns avait déjà dit