‹ Le diable [microform]Chapitre 47 sur 182 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

DE l'ubiquité du DIABLE

Les théologiens ont inventé le mot àhibiquité pour désigner le privilège qu'ils attribuent exclusivement à Dieu d'être présent partout en même temps : ils le dérivent du latin ubique, dont c'est, du reste, le sens.

Or, est-il exact de dire que l'ubiquité, ainsi entendue, n'appartienne qu'à Dieu seul? Nous avons vu que l'empire du Diable avait pour limites celles du monde créé, et que^ de plus, le Diable était présent et à l'œuvre partout où Dieu manifeste son action. Quand même nous n'aurions pas, pour le prouver, le Rituel des exorcismes, un livre où se trouvent entassées les formules de conjuration ; quand môme nous ne saurions point,, ce qui ressort de ce Rituel, qu'il n'y a pas dans tout l'Univers une seule molécule qui ne loge au moins un démon, zoii in potentia, soit in virilité^ ainsi que l'on s'exprime à l'École, il suffirait, pour se convaincre du fait, de se bien pénétrer de ceci, à savoir que, le Diable étant réputé l'auteur de toute décomposition et de la mort, il n'existe rien que le souffle démoniaque ne suive d'un bout à l'autre de son évolution. Il est dès lors évident que l'ubiquité appartient au Diable, parmi tout ce qui vit, dans la môme mesure qu'à Dieu, ou, en termes moins solennels, qu'il n'y a pas le moindre coin dans le monde où le Diable n'ait un bout de sa queue. Si Dieu est quelque part tout seul, où par conséquent, le

avant l'amie de M. Conway: « Mon vieux Nick, — c'est un nom du Diable en Ecosse, — il m'est pénible de penser mal de vous, même pour votre considération. »

Les démonographes catholiques ont fait une remarque : «IJ est de notoriété, disent-ils, que la plupart des sorciers ou des gens qui se sont liés par pacte avec le démon disparaissent ou périssent de mort violente K» Cette notoriété n'en a été une que du XIII" au XVIP siècle ; mais c'est calomnier outrageusement le Diable que de la mettre à son compte, à moins de vouloir à toute force que ce soit lui qui ait allumé les bûchers de la sainte Inquisition et brûlé par centaines de mille les malheureux aux dépens desquels s'est établie la notoriété en question. Ce que Ton sait très bien et qui est notoire pour tous, c'est que lorsque des sorciers et des sorcières disparaissaient ou mouraient de mort violente, ce n'était ni dans des prisons ni sur des bûchers fantastiques.

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