‹ Le diable [microform]Chapitre 84 sur 182 · Ilist. ecdés.j, t. XII, p. M · texte numérisé non relu

Ilist. ecdés.j, t. XII, p. M

que le pape-fut le seul qui prît intérêt à une enquête ; à part les moines, en effet^le clergé séculier allemand, surtout l'épiscopat, ne paraît pas s'être beaucoup ému (ie la chose ni avoir rien fait pour déconvrir des coupables. Le concile enquêteur alla même jusqu'à absou ire tous les suspects d'hérésie que Conrad laissait après lui et à suspendre les recherches iiiquisitoriales, ce que Grégoire TX trouva naturellement fort mauvais et dont il se plaignit aux évêques de Salzbourg et de Hilde.-heim.

J'ai dit que l'accusation de magie diabolique portée contre les Stedingues était un Port vieux thème, intentionnellemeni remis à neuf ici pour les besoins de la cause. Il avait d'abord été à l'usage des [laïens, qui l'utilisèrent avec peu de profit, du reste, contre la religion nouvelle. Nous en avons un exemple dans VOctavius de Minucius Félix. L'auteur, dans ce petit traité, se met lui-même en scène avec deux amis. Gecilius Natalis et Octavius Januarius, le premier chrétien et le second [)aïen encore. Ces trois amis se trouvaient à Ostie, où les avait conduits une partie de campagne. Un matin, comme ils passaient, en se promenant, devant une statue de Sérapis, Gecilius porta la main à sa bouche et envoya un baiser à l'idole : c'était une forme de salutation religieuse en usige dans tout le paganisme. Les deux' chrétiens en prirent O'^ca-^ion pour critiquer le culte offlciel. De là une discussion amicale, dans laquelle Gecilius comm 'nça par établir que lorsqu'on avait une religion, vaille que vaille, il était plus i-age de s'y tenir que de courir les aventures de la métaphysique et disputer de choses où la plupart n'entendaient rien. Il n'aimait point, paraît il^ la « nouvelleté» ; comme plus tard notre sceptique Montaigne, il estimait >aiis doute qu'elle « coustait» trop cher. Jusqu'ici son argumentation, reprise et retournée dans

la suite par la partie adverse, ne difFère donc guère de celle du conservatisme catholique et protestiint de nos jours. Passant de là à la comp;irai.'^on entre le culte païen et celui d'un « homme puni, disnit-il, du dernier supplice pour ses crimes,, » il accuse la religion nouvelle de toutes les infamies qui, en l'an de Rome 566, avaient fait proscrire les bacchanales : orgies nocturnes, où se commettaient, au milieu des ténèbres, les plus épouvantables excès de lubricité; immolation d'un enfant frotté de farine, que l'on dépeçait et dont on se distribuart les morceaux pour les manger. Il parle d'un chien qu'on atiachnit par la patte au su()port d'un flambeau et auquel, à un moment donne, on présentait une pâtée. Le chien s'y précipitait, entraînant le flambeau, qui s'éteignait, et alors commençait l'orgie. TertuUien, dans son Apologétique ^, rappelle ces absurdes accusations d'incestes et repas de chair humaine, pour les réfuter eti ce qui concerne les chrétiens de sa communion et les retourner ensuite contre les païens.

Le môme docteur, cont inuant sur le lorrain où il s'est placé la polémique traditionnelle qu'il trouve impie chez les autres, n'accuse pas seulement le paganisme, mais toutes les hérésies chrétiennes sans exception, de commerce impie avec les magiciens, les astrologues, les mathématiciens, les philosophes, et de toutes les turpitudes reprochées à cette catégorie de gens ^. Gomme il avait embrassé la doctrine austère de Montan, qui convenait, du reste, si bien à ce caractère dur, il n'y a que celle-là qui ait naturellement obtenu grâce devant lui. Mais les autres Pères ne pouvaient manquer de corriger ses . réserves à cet égard. Le montanisme, comme on

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