MON, BÉLIAL, ASMODÉE, ZAPAN
De vingt-trois ducs, qui sont: agarès, busas, ga-
SOYN, BATHYM, ELIGOH, VALEFUR, ZEPAR, SYTHY, BUNE, BE- RITH, ASTAROTH, VEPAR, CHAX, PRICEL, MURMUR, FOCALOR, GOMORY, AMDUSCIAS, AYM , OROBAS , VAPULA, HALROS, ALACER.
De treize marquis, dont voici les noms d'après le livre héraldique du sombre empire : aamon, loray, na-
BERNS, FORNENS, RONÈVE, MARIOCHIAS, SABNAC, GAMIGYN, HR1AS, AXDRAS, AXDROALPHUS, CIMERIES, PHOEX1X.
De dix comtes dont voici les noms par ordre de noblesse : BARBATOS, BOTIS, MORAX, IPES, FURFUR, RAY M, HALPHAS, VINE, DECARABIA, ZATCOS.
Il y aussi onze présidents qui sont : marbas, buer,
GLASIALABOLAS, FORÇAS, MALPHAS, GAAP, CAYM, VOLAC, OZE, UMY, HAAGENT1.
On y compte de nombreux chevaliers, parmi lesquels
les démonographes signalent Furcas, Bifroris, etc., etc.
Wier dit qu'on évoque avec fruit les marquis infernaux depuis trois heures du soir jusqu'à la chute du n jour. On peut évoquer les comtes à toute heure du jour, pourvu que ce soit dans un lieu sauvage et très peu fréquenté.
Et il s'est trouvé des hommes, des savants, qui ont osé écrire de semblables inepties le plus sérieusement du monde, prenant pour des réalités les fantômes créés par leur imagination, qu'avaient troublée le dogme de supplices éternels qui forme une des bases de presque toutes les religions !
On a dû reniai quer dans la nomenclature qui précède, que Satan ne figure plus comme roi des enfers.
Quand et comment ce terrible chef des légions d'anges révoltés contre Dieu fut-il renversé du trône? Les nombreux historiens des régions infernales ne disent rien à ce sujet ; mais flatteurs comme d'usage, ils le traitent de rebelle pour faire leur cour au prince régnant. Ce prince est Belzébuth, dont le nom, ainsi que nous l'avons déjà dit, signifie Seigneur des mouches. Ce démon, dont il est fait souvent mention dans l'Évangile, parvint, à une époque indéterminée, à supplanter Satan, avec l'aide des principaux dignitaires du sombre empire effrayés des tendances par trop révolutionnaires du terrible archange. Ceci tendrait à
prouver qu'aux enfers, pas plus que sur terre, ceux qui font les révolutions n'en profitent.
Un démonographe allemand prétend que, depuis son abdication forcée, Satan est devenu le chef de l'opposition dans l'empire de Belzébuth; qu'il fait cause commune avec la populace infernale, espérant reconquérir le pouvoir avec l'appui des masses... absolument comme sur terre, où nous trouvons toujours à côté des gouvernements despotiques, même libéraux, une opposition plus ou moins compacte et aguerrie.
A la suite de toute révolution soit politique, soit religieuse, il se produit un mouvement de réaction provoqué par les égoïstes et les peureux qui déguisent leurs projets liberticides sous le nom et la qualification d'amis de l'ordre. Toutes les fois que l'humanité a voulu faire un grand pas vers le progrès, il s'est trouvé un parti très nombreux, celui des intérêts effrayés qui a tenté de la ramener vers les abus du passé.
Il ne faut donc pas s'étonner de trouver Satan détrôné par Belzébuth : l'ancien chef des milices rebelles ne devait inspirer aucune confiance à l'aristocratie infernale ennemie, par instinct de conservation, de révolutions nouvelles.
Voilà donc Belzébuth empereur et roi des enfers, entouré d'une cour brillante, servi par des nobles , comme Louis XIV l'était par les plus grands seigneurs
de France dans son olympe de Versailles. Politique profond autant que raffiné, il crée des titres, des honneurs et des décorations pour récompenser ses fidèles serviteurs.
L'ordre de la mouche est établi aux enfers absolument comme les divers ordres institués par les souverains de la terre, etBelzébulh en est le chef suprême ; puis viennent les grands officiers, commandeurs, officiers et simples chevaliers. Un démonographe donne la description de la plaque de cet ordre, et désigne la couleur du ruban : ne rions pas trop de ces détails grotesques : sainte Brigitte, une sainte de première * classe, bien et dûment canonisée, nous a bien laissé dans ses Révélations curieuses (i), la description des armoiries de Satan; ici, nous soumettons le cas à notre savant ami, M. Johannis Guigard, si compétent en matière de blason et toutes choses héraldiques.
Le mal n'eût pas été trop grand, si les fables odieuses autant que ridicules, propagées par les fanatiques qui s'en servaient pour terrifier le vulgaire, n'avaient troublé les imaginations, perverti les cœurs ; mais la superstition chrétienne ne tarda pas à produire des effets encore plus désastreux que ceux attribués h l'ancienne mythologie.
(1) Révélations de sainte Brigitte, traduction de Ferraige.
De cette époque très malheureuse, date l'horrible institution du sabbat empruntée à la plus folle des orgies du paganisme.
Ces réunions nocturnes remontent à la plus haute antiquité; Horace les désigne sous le nom de Cotitia, dérivé de celui de Cotyx, l'impure déesse dont les mystères lugubres excitèrent l'indignation des poètes et des moralistes (1).
Pendant la période barbare, ces réunions devinrent très nombreuses; il en est fait mention dans une formule d'acte de renonciation à Satan, publiée par Canciani à la suite de la loi des Saxons.
— Renoncez -vous à Satan et à tous les gildes de Sa tan? demandait le prêtre.
— J'y renonce, répondait le catéchumène.
Canciani dit que le mot saxon gildes signifie des assemblées secrètes, accompagnées de divertissements et de festins, dont les membres s'astreignaient au secret le plus rigoureux.
Les assemblées de Diane, de Bensosia, de dame Habonde, continuèrent les sabbats jusqu'au XIII mo siècle. Dès le commencement du XI me , ils s'étaient révélés presque ostensiblement, et un cartulaire de Chartres, cité par l'auteur de Y Histoire ecclésiastique du diocèse
(1) De Sainte-Croix, Recherches sur les mystères païens.
de Paris, dit que dans ces réunions on chantait les Litanies du diable.
Voici ces litanies d'après M. Garinet (1) :
Lucifer, miserere nobis.
Belzébuth, miserere nobis.
Léviathan, miserere nobis.
Belzébuth, prince des Séraphins, ora pro nobis.
Balbérith, prince des Chérubins, ora pro nobis.
Astaroth, prince des Trônes, ora pro nobis.
Rosier, prince des Dominations, ora pro nobis.
Carreau, prince des Puissances, ora pro nobis.
Bélias, prince des Vertus, ora pro nobis.
Perrier, prince des Principautés, ora pro nobis.
Olivier, prince des Archanges, ora pro nobis.
Junier, prince des Anges, ora pro nobis.
Sarcueil, ora pro nobis.
Fume-Boucne, ora pro nobis.
Pierre-de-Feu, ora pro nobis.
Carniveau, ora pro nobis.
Terrier, ora pro nobis.
Coutellier, ora pro nobis.
Candellier, ora pro nobis.
Béhémoth, ora pro nobis.
Oilette, ora pro nobis.
1) Histoire de la magie en France.
Belphégor, ora pro nobis.
Sabathan, ora pro nobis.
Garandier, ora pro nobis.
Dolers, ora pro nobis.
Pierre-Fort, ora pro nobis.
Axaphat, ora pro nobis.
Prisier, ora pro nobis.
Kakos, ora pro nobis.
Lucesme, ora pro nobis. . .
M. Garinet ajoute qu'on chantait ces litanies au sabbat les vendredis et mercredis.
Le diable faisait aussi dire des messes au sabbaL Pierre Auputit, prôtre du village de Fossas, en Limousin, fut brûlé pour y avoir célébré les mystères.
Delancre dit qu'au lieu de dire dans la consécration :
Hoc est corpus meum, Ceci est mon corps,
On disait au sabbat :
Belzébuth, Belzébuth, Belzébuth.
Que le diable vole sous la forme d'un papillon autour de l'officiant, et que Ton mange une hostie noire qu'il faut mâcher pour l'avaler (1).
(1) Delancre, Incrédulité et Mécréance,])oge 506.
Nous entrons dans ces détails sur les rits sataniques pour démontrer que le fanatisme, en cherchanf dans la terreur qu'inspirait le diable un moyen de domination, créa au christianisme des ennemis d'autant plus dangereux qu'ils agissaient dans l'ombre de la nuit, et procédaient par l'imitation des mystères païens.
Les sabbats se manifestèrent dans toute leur splendeur pendant le treizième siècle ; les conteurs les mirent en récit, la poésie leur prêta ses charmes, les peintres les représentèrent sur les plus beaux vélins, les statuaires jusque sur les murs des cathédrales. Le roman de Perce forêt et le poëme de Fauvel en contiennent des descriptions où l'on trouve la plaisanterie la plus fine et la plus malicieuse (1).
Les démonographes ou historiens du diable ont suivi les errements de la vieille mythologie ; ils ont emprunté aux anciennes bacchanales où I on invoquait Bacchus, le dieu du vin, des rits bizarres qui reproduisent les cérémonies dont on attribue l'invention à Orphée. Dans leurs orgies, les Bacchantes, couronnées de lierre et armées de thyrses, criaient : — Saboèl Saboë!
(1) Voir à la Bibliothèque impériale, li romans de Fau vel, II. S. n°G812, fol. i4. — Description du Chalivali.
De là vient le mot Sabbat (i). Certains éthymologistes affiliés à la cabale, font dériver cette appellation du nom de sabasius, le plus ancien des gnomes qui fut rendu immortel, en contractant alliance avec une femme.
D'après la mythologie du moyen âge, le sabbat est l'assemblée des diables, des diablesses, des sorciers et des sorcières.
Ces réunions ont lieu dans un carrefour, ou dans quelque lieu désert et sauvage, tout près d'un lac ou d'un étang, parce que les diables ont besoin d'eau pour fabriquer la grêle et les orages.
Ordinairement, disent les démonographes, le sabbat est convoqué dans la nuit du mercredi au jeudi, ou dans celle du vendredi au samedi.
Les sorciers et sorcières qui se rendent au sabbat, dit Delancre, porlent une marquequileur est imprimée par le diable entre les fesses ou dans quelque autre lieu secret. Cette marque, par un certain mouvement intérieur qu'elle leur cause, les avertit de l'heure des convocations.
(1) Les sabbats des néognostiques, dit l'abbé .Lecanu, n'ont rien de commun avec le sabbat des juifs et n'en dérivent point môme quant à l'étymologie. Dans la langue juive, le mot sabbat vient de schab qui veut dire repos. Dans la langue démoniaque, il vient du mot grec sabadzios, Bacchus, etc.
S'il y a urgence, ce qui arrive quelquefois, le diable fait paraître un mouton dans une nuée et tous les affiliés se rassemblent à l'instant.
Dans les cas ordinaires, les sorciers se rendent au sabbat, montés sur des bâtons ou des manches à balai, frottés de graisse d'enfants non baptisés. Les diables inférieurs se présentent, dans les occasions solennelles, pour leur servir de monture , prennent la forme de boucs, d'hippogriphes, de dragons ailés. Le voyage se fait presque toujours en l'air et, par conséquent, avec une grande rapidité.
Le même Delancre, conseiller au parlement de Bordeaux, dit que les sorcières, lorsqu'elles s'oignent l'entre- deux des jambes pour monter sur le manche à balai qui doit les porter au sabbat, répètent plusieurs fois les mots suivants :
Êmen Lêtan, émen Létan.
Ce qui signifie, d'après le docte magistrat, qui voyait des sorciers partout :
Ici et là, ici et là.
Plusieurs sorcières, probablement plus en avant dans les faveurs du diable, allaient au sabbat sans bâton, ni manche à balai, ni graisse, ni monture; il leur suffisait
de prononcer quelques paroles sataniques, car elles avaient le mot d'ordre du grand maître.
Les sorcières menaient très souvent au sabbat des enfants qu'elles dérobaient; ceux qui avaient le bonheur de plaire au diable étaient admis parmi ses sujets. Maître Léonard, le grand nègre, président perpétuel des sabbats, et le petit diable Jean Mullin, secrétaire de Léonard, donnaient d'abord un parrain et une marraine à chaque enfant ; ils le faisaient renoncer au baptême, et Léonard le marquait d'une de sos cornes dans l'œil gauche. A la fin du noviciat, le diable lui imprimait le grand signe entre les fesses ; c'était un petit lièvre, une patte de crapaud, de salamandre ou de chat noir. Lorsque l'enfant avait reçu la seconde marque, qui était pour lui un brevet de sorcier, il était admis à la danse et aux festins.
Lorsque les sorciers et sorcières arrivaient au sabbat, ils allaient d'abord rendre hommage à maître Léonard, assis sur un trône infernal, presque toujours sous la figure d'un grand bouc, ayant trois cornes recourbées, celle du milieu jetant une lumière qui éclairait l'assemblée.
Delancre, Garinet, Wiérius et autres démonographes décrivent avec un soin minutieux maître Léonard tout comme s'ils l'avaient v u présidant le sabbat. Ce qu'il y a de plus singulier dans leurs récits, c'est que Léonard
porte sous la queue un visage d'homme noir que tous les adeptes doivent baiser en arrivant à l'assemblée.
Une sorcière, interrogée à ce sujet, dit Delancre, répondit :
« Le grand Léonard a un visage postérieur, et c'est « ce visage de derrière qu'on baise et non le cul : les « enfants sont exempts de cette cérémonie, et Léonard « leur baise le derrière pendant qu'il reçoit les hom- « mages de ses grands serviteurs. »
Ici, le grave magistrat, investi de la confiance du roi de France et bourreau des sorcières, entre dans des détails que nous devons supprimer.
Le grand Léonard se lève ensuite pour le festin, où le maître des cérémonies place tout le monde selon son rang, avec un diable à son côté. A ce festin, disent les sorcières, on ne sert que des crapauds, de la chair de pendus, d'enfants non baptisés, etc., etc., et le pain du diable est fait avec du millet noir.
Quel triste régal ! c'est à dégoûter les appétits les plus robustes !
Après qu'on a mangé, on adore le grand maître, puis chacun prend les plaisirs qui lui conviennent.
Les uns dansent en chemise, ayant chacun un gros chat noir pendu au derrière... ces divertissements durent jusqu'au chant du coq. Aussitôt qu'il se fait entendre, le grand nègre urine dans un trou, fait une
aspersion sur les assistants, leur donne congé, et chacun s'en retourne chez soi.
Et qu'on ne croie pas que ces scènes sont empruntées à des écrivains sans aveu : nous les trouvons dans Bodin,Maiol, Leloyer, Delrio, Boguet, Monstrelet, Torquemada,Delancre, magistrats, évêques, moines, grands brûleurs de sorciers et sorcières.
Le sabbat se fait, disent les cabalistes, quand les sages rassemblent les gnomes pour les engager à épouser les filles des hommes.
On conte qu'un charbonnier ayant été averti que sa femme allait au sabbat, résolut de l'épier.
Une nuit qu'il faisait semblant de dormir, elle se leva, se frotta d'une drogue et disparut. Le charbonnier, qui l'avait bien examinée, en Dt autant, et fut aussitôt transporté, par la cheminée, dans la cave d'un comte, homme de considération dans le pays, où il trouva sa femme et tout le sabbat réuni pour une séance secrète.
Celle-ci l'ayant aperçu, fit un signe ; au même inslant, tout s'envola, et il ne resta dans la cave que le charbonnier qui, se voyant pris pour un voleur, avoua ce qui s'était passé à son égard et ce qu'il avait vu dans la cave.
N'en déplaise à Delrio, qui rapporte cette histoire, ce charbonnier était doué de finesse et de présence
d'esprit ; très probablement, il avait voulu faire connaissance avec les meilleurs vins de son voisin le comte, et pris en flagrant délit, il trouva, à point nommé, la circonstance alors très atténuante du sabbat des sorciers et des sorcières
Les innombrables histoires publiées sur ce sujet par les démonographes peuvent s'expliquer de la même manière, et il nous paraît démontré que les réunions nocturnes, connues sous la dénomination de sabbat, se composaient ou de larrons ou de conspirateurs politiques ; l'oppression féodale fut tellement violente que le pauvre peuple dut chercher un moyen de s'y soustraire ; on conspira donc, mais pour s'assurer, en quelque sorte, une impunité momentanée, on se mit sous la sauvegarde du diable. C'est un des rares services que Satan ait rendus à l'humanité.
Chaque initié devait apporter son crapaud au sabbat, et nous croyons qu'il faut voir, dans le culte adressé par les sorciers à ce reptile immonde, une réminiscence de l'ancien ophitisme.
Il y avait émulation à qui apporterait le plus gros ; on les nourrissait dans des vases pleins de son, et ils mangeaient quelquefois dans la bouche de leurs maîtres, qui avaient soin de les parer de rubans pourpres et de colliers.
Le Livre de plomb, que le savant bénédictin Mont-
faucon attribue aux gnostiques, et dont il a publié deux feuillets dans son Antiquité dévoilée, présente, à la page qui indique les douze heures du jour, un crapaud pour emblème de la dixième heure.
Ces emblèmes repoussants, ces cérémonies grotesques, ces mystères de l'initiation, cachaient évidemment un autre but que celui d'honorer le diable ou son lieutenant Léonard. Les chefs des sabbats furent, au moyen âge, les imitateurs des francs-juges d'Allemagne et, comme les carbonari italiens , ils déclarèrent une guerre à outrance à leurs spoliateurs et oppresseurs ; ils rendirent la société entière tributaire de leur puissance, parce que cette société, composée alors de nobles, de prêtres et de bourgeois enrichis, les traiti toujours en ennemis, lorsqu'elle ne les accablait pas de son orgueil insolent.
On y apprenait l'art de composer et d'administrer des poisons qui hébétaient ou faisaient mourir de langueur, rendaient les animaux furieux ou les tuaient. Leur composition est demeurée un mystère, et on ignore également comment on fabriquait la poudre du diable: on sait seulement qu'il y entrait de la poussière de crapauds, de lézards et d'aspics calcinés.
Quant à la composition de la fameuse pommade, par le moyen de laquelle les sorciers et sorcières se donnaient des extases qui leur représentaient les orgies du
sabbat, des historiens ont bien voulu nous la transmettre.
La base de cette pommade, nommée onguent terrible, était toujours l'inofTensive momie; Tache, la jusquiame, la ciguë, le pavot, y ajoutaient leurs sucs les plus dangereux. La belladone, la morelle furieuse, l'aconit, la berle, la quintefeuille, l'acorum, les boutons du peuplier, s'y adjoignaient avec la suie pour la rendre plus terrible encore.
Les préparateurs des onguents dits sataniques étaient un peu pharmaciens, et comme ils connaissaient, soit par des études spéciales, soit par tradition, les vertus des plantes, il leur était facile de frapper, de terrifier la crédulité du vulgaire.
Ce qu'il y a de profondément triste dans les contes relatifs au sabbat, c'est que des prêtres, des moines, même des magistrats brûlèrent comme sorcières de pauvres femmes devenues hystériques, à moitié folles par la misère, par la crainte du diable et les détestables drogues que leur procuraient de vieilles commères. Au lieu de bâtir des hospices pour ces pauvres folles, on établit des tribunaux composés de juges ignorants, fanatiques, crédules, qui ne savaient pas distinguer le fantastique du réel. L'Europe se couvrit de bûchers où l'on brûla, en grand appareil, des milliers de sorciers et de sorcières affiliés au sabbat.
Cependant Paolo Minucci, jurisconsulte de Florence; André Laguna, médecin de Jules III; Jean-Baptiste Porta; Alciat; le cardinal Cajetan; Pierre Rémi et enfin l'illustre Gassendi dans son Traité de physique, constatèrent le fait d'un sommeil furieux occasionné par des drogues soporifiques.
g Le conseiller Delancre résume de la manière suivante les dépositions entendues par lui relativement au personnage qui présidait les sabbats :
« Il a le visage pâle et troublé, les yeux grands, ronds, « fort ouverts ;
« Une barbe de chèvre; la forme du cou et tout le « corps mal taillés ; le corps en forme d'homme et de « bouc.
« Il a la voix effroyable et sans ton, avec la conte- « nance d'un homme mélancolique et ennuyé. »
A ce portrait, il est facile de reconnaître une personne masquée et contrefaisant sa voix, de peur d'être dévoilée.
Au commencement du seizième siècle on savait déjà que le transport des magiciens au sabbat n'était que l'effet d'un grand trouble d'imagination, très souvent de fureurs hystériques ou d'abrutissement provenant de la misère. Mais les moines se gardèrent bien de perdre de bonnes occasions de faire preuve de leur zèle contre le prétendu culte du diable, qu'ils auraient dft
pourtant avoir en grande estime et affection, car il servait admirablement leurs intérêts et pouvait être considéré par eux comme un partenaire sinon fidèle, du moins très actif et très habile.
Satan régnait sans partage et sans conteste depuis l'invasion des Barbares, et pendant la longue durée du moyen âge , le fanatisme exploita si largement les superstitions de toute espèce que l'enfer prévalut. Le diable avait dominé le monde sous le nom de plusieurs papes, qu'on assurait avoir été ses adeptes, et le sabbat servait admirablement ses projets.
Ces assemblées nocturnes, dont on a tant parlé, étaient-elles simplement imaginaires ? Non, car il est démontré par beaucoup de dépositions judiciaires qu'on a tenu réellement des sabbats, jusqu'à une époque très rapprochée de nous. Un autre fait non moins certain, c'est que les principaux acteurs de ces mélodrames lugubres portaient un masque, afin d'échapper aux investigations des espions qui trouvent moyen de se glisser dans les réunions les plus secrètes. Mais le diable n'y pouvait être pour rien, et si on avait recours à la fantasmagorie infernale, c'était uniquement pour effrayer le vulgaire et lui cacher le véritable but des réunions.
Le noyer de Bénévent acquit une grande célébrité comme centre de réunion des affiliés du sabbat ; en
France, les adorateurs de Satan avaient en grande vénération le mont Rune, au pays des Basques, et l'Acquelart ou Bosquet-du-Bouc. Les grandes réunions s'appelaient sabbats et les petites se nommaient eéats; la plus solennelle de ces assemblées avait lieu la nuit de la Saint-Jean, fête du solstice, par une réminiscence du culte païen.
Quant aux femmes qui avouèrent qu'elles étaient allées au sabbat et qui furent brûlées comme sorcières, on connaît l'opinion des historiens les plus sérieux. Elles étaient folles ou hystériques comme les religieuses de Loudun et les convulsionnai res de Saint-Médard, dont nous parlerons bientôt.
On eut recours aux bûchers, il ne fallait que l'ellébore ou des douches.