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CHAPITRE PREMIER

Le Serpent et le Péché originel

Origine des Démons. — La Bible. — Les Manichéens. — Opinion des Pères de l'Eglise. — Quand furent créés les anges. — Révolution et bataille dans le ciel. — Les légendes arabes. — La création de l'homme.— Jalousie des anges révoltés. — Satan et ses légions précipités dans l'enfer. — Où est l'enfer? — Existe-t-il? — Le Paradis terrestre, d'après la mythologie orientale. — La taille d'Adam. — Deucalion et Pyrrha. — L'arbre de la science du bien et du mal. — La fable du serpent. — Version des Thalmudisles. — Le serpent considéré comme symbole. — Pénitence d'Adam. — Il fréquente des diablesses. — Ève délaissée. — Le fruit défendu était-il un baiser? — La fable et la réalité. — Explication du péché originel. — Circonstances atténuantes en faveur d'Ève. — Les armoiries d'Adam. — Découverte qu'on lui attribue. — Adam sorcier. — Caïn le maudit. — Le diable à Sodome et à Gomorrhe. —Le diablo et le déluge.

Il en est des religions comme des grands fleuves dont les eaux , cristallines 'à leur source, perdent leur limpidité par l'adjonction de nombreux affluents. Les premiers hommages rendus au Créateur furent simples

et purs ; mais cette adoration ne pouvait longtemps suffire à l'homme instinctivement passionné pour le merveilleux, et par conséquent pour le mensonge et l'idolâtrie.

Les tribus, à peine formées, inventèrent des cérémonies, créèrent des fables , et voilà pourquoi tous les peuples ont eu des mythologies plus ou moins riantes ou monstrueuses. Les chrétiens eux-mêmes ont emprunté au paganisme le dogme des éternels supplices et rajeuni Pluton, dieu des enfers, sous le nom de Diable ou de Satan.

Vainement le Christ, en éloignant le sang des sacrifices, vint détruire les pratiques superstitieuses ; vainement il répondit à ses disciples qui lui demandaient ce qu'il fallait faire pour mériter les récompenses éternelles :

« Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de toute voce tre âme, de tout votre cœur, de tout votre esprit ; « vous aimerez votre prochain comme vous-même ; « toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces « deux commandements (1). »

La superstition a cependant régné dans le christianisme, aussi puissante que chez les adorateurs des faux dieux ; elle Ta entouré d'un nuage d'erreurs.

(1) Saint Matthieu, chap. XXII ; saint Marc, ebap. XII.

Les anciens avaient comme nous des sorciers, des revenants, des esprits, avec cette différence que la mythologie du paganisme avait des séductions qu'on chercherait vainement dans nos sombres et tristes légendes.

Les légendes sataniques sont tristes et sombres comme le moyen âge.

Étudions d'abord l'histoire du Diable ; suivons ce mauvais génie dans sa grandeur et dans sa décadence. Le tyran une fois renversé, il nous sera facile de démolir l'enfer, son palais enflammé.

L'origine des démons est aussi ancienne que le monde, et plusieurs mythologues la font remonter plus loin que la création.

Origène et quelques philosophes affirment que les bons et les mauvais esprits sont plus vieux que la terre et même que le ciel, parce qu'il n'est pas probable que Dieu se soit avisé de tout créer du même coup.

Dans la Bible, il n'est point fait mention de la création des anges et des démons ; Origène prétend qu'ils étaient restés immortels après la ruine des mondes qui avaient précédé le nôtre.

Apulée , dans son livre de Deo Socratis, pense que les démons sont éternels comme les dieux.

Manès et les écrivains qui adoptèrent le système de

ce fameux hérésiarque font aussi le Diable éternel, et disent qu'il est le principe du mal, de même que Dieu est le principe du bien.

Saint Jean dit que le Diable est menteur aussi bien que son père (1).

« Mais, objectait à ce sujet Manès , il n'y a que deux moyens d'être père : la voie de la génération et la voie de la création.

« Si Dieu est le père du Diable par génération , le Diable sera consubstantiel à Dieu.

« Si Dieu était le père du Diable par la voie de la création, Dieu serait un menteur.

« Ainsi, le Diable n'est point l'ouvrage de Dieu ; personne ne l'a fait... Il est éternel. »

Les philosophes et les théologiens n'ont pas été plus heureux que Manès dans leurs recherches, et leurs doctrines ne sont pas plus claires que celles des Manichéens, qui aboutissaient à l'impiété et au blasphème.

S'il fallait s'en tenir, à ce sujet, à la tradition généraie, nous dirions :

Dieu avait créé neuf chœurs d'anges : les Séraphins , les Chérubins, les Trônes, les Dominations, les Principautés , les Vertus des cieux , les Puissances,- les Archanges, les Anges proprement dits

(1) Évangile, cliap. VIII, v. 44.

Ainsi le décidèrent les Pères de l'Église, il y a près de quatorze cents ans.

Mais nous devons, avant tout, établir que l'existence des démons n'est constatée que dans les livres de théologie, et dire hautement que puisqu'il n'a été donné à aucun œil humain de les voir, tout ce qu'on en raconte doit être considéré comme une série interminable de suppositions, de paradoxes, de fables.

Les Juifs admettaient tous, à l'exception des Sadducéens, les anges que les Grecs appelaient démons, et les Romains génies ou lares.

Les rabbins placent la création des anges au second jour. Manassé-ben-Israël dit qu'après avoir créé l'enfer et les démons , Dieu les plaça dans les nuages et leur donna le soin de tourmenter les méchants. Or, l'homme n'était pas créé le second jour, et il n'y avait, par conséquent, pas de méchants à punir. D'ailleurs , les .démons ne sortirent pas tout noirs des mains du Créateur, puisqu'ils étaient d'abord des anges de lumière, et qu'ils ne devinrent anges de ténèbres que par leur désobéissance et leur chute.

Toute la milice céleste, disent les rabbins et les théologiens , était primitivement pure et non portée au mal. Cependant quelques-uns se laissèrent tenter par l'esprit d'orgueil ; ayant été appelés, dit le rabbin Aben-Esra, au conseil de Dieu, qui voulut bien avoir leur

avis sur la création de l'homme qu'il avait projetée, le plus grand nombre fut d'une opinion opposée à celle du Tout-Puissant qui créa l'homme à leur insu, pour éviter leurs murmures.

Les anges de l'opposition lui reprochèrent avec aigreur d'avoir donné trop d'.empire à Adam; le Créateur soutint l'excellence de son ouvrage, ajoute Aben- Esra, parce que l'homme devait le louer sur la terre, comme les anges le louaient dans le ciel.

11 leur demanda ensuite s'ils savaient les noms de toutes les créatures. Ils répondirent que non.

Adam parut aussitôt, les récita tous, sans hésiter, ce qui les confondit.

H y avait lieu de s'étonner de la promptitude avec laquelle le premier homme était devenu encyclopédiste. Les rabbins, auteurs de cette fable, ne disent pas en quelle langue s'exprima Adam.

Nous sommes déjà en plein pays de mythologie.

Dans les légendes arabes il est dit que Dieu, voulant créer l'homme, chargea Gabriel de prendre une poignée de chacun des sept lits de la terre ; la terre effrayée dit à Dieu qu'il avait tort de faire l'homme , parce qu'un jour il se révolterait contre son créateur.

Gabriel insista sur cette observation, mais Dieu n'en tint pas compte, et il enjoignit à Michel d'exécuter sa volonté.

La terre se plaignit alors, et dit que si on faisait l'homme, elle serait maudite à cause de lui.

Michel fut touché de compassion, et Dieu chargea immédiatement de ses ordres le terrible Azraël qui, sans écouter les plaintes de la terre, arracha violemment de son sein les sept poignées que Dieu demandait, et les porta dans l'Arabie, où devait s'accomplir la création.

Cependant Dieu avait pétri cette terre dont il fit un moule de sa propre main; il le laissa sécher, et les anges se plaisaient à le considérer. Éblis ou Lucifer ne se contenta pas de regarder, il frappa sur le ventre, et voyant qu'il était creux, il fit son calcul et se dit en lui-même :

«Cette créature formée vide, aura besoin de se <( remplir souvent, et sera par conséquent sujette à « beaucoup de tentations. »

Alors, Lucifer demanda aux autres anges ce qu'ils feraient si Dieu voulait les assujettir à ce souverain qu'il allait donner à la terre. Tous répondirent qu'ils obéiraient; Lucifer parut du môme avis , mais résolut de n'en rien faire.

Le corps du premier homme étant donc formé, Dieu l'anima d'une âme intelligente, et lui donna des habits merveilleux. Ensuite, il ordonna aux anges de se prosterner devant lui, ce qu'ils firent, à l'exception de Lu-

cifer, que sa désobéissance fit chasser du Paradis (1).

Les rabbins ont su fixer l'emploi des douze heures du jour auquel Adam fut créé :

« A la première heure, disent-ils, Dieu assembla la poudre dont il devait le composer, et en fit un embryon ;

« A la seconde, il se tint sur ses pieds ;

« A la quatrième, il nomma les animaux ;

« La septième fut occupée par son mariage aveG Ève, que Dieu lui amena après l'avoir frisée;

« A la dixième heure, Adam pécha ; on le jugea aussitôt, et à la douzième , il sentait déjà la peine et les sueurs du travail. »

D'après les thalmudistes et les théologiens créateurs du mythe chrétien, Satan ou Lucifer, le premier des Séraphins et le plus grand des êtres créés , irrité de la suprématie de l'homme, leva l'étendard de la révolte contre le Tout-Puissant et entraîna plusieurs des légions célestes. 11 voulait, disent-ils, régner sur la moitié du ciel et siéger sur un trône aussi élevé que celui du Créateur.

Alors Dieu , irrité de cette coupable audace, envoya contre lui l'archange Michel , avec les anges demeurés

(1) Dictionnaire des reliques, au mot Adam.

fidèles. Satan accepta le combat, et il y eut une lutte terrible dans les plaines du ciel.

Le démonographe César d'Heisterbach dit qu'il n'y eut de rebelles parmi les anges que dans la proportion ^ d'un sur dix, et que leur nombre était néanmoins si grand qu'ils remplirent dans leur chute le vide de l'air.

Nous suivrons le calcul deMilton et des démonographes qui ont la prétention de s'y connaître.

Satan fut vaincu et précipité dans l'abîme avec tous les révoltés. Dès ce moment , leur beauté céleste s'évanouit, la difformité et la tristesse remplacèrent sur leurs visages les grâces et l'empreinte du bonheur; enfin, disent les théologiens, leurs ailes d'azur devinrent des ailes de chauve-souris.

Cette métamorphose se trouve longuement décrite dans les commentateurs de la Bible, qui ont presque ridiculisé le séraphin vaincu.

Les anges chassés du ciel furent précipités dans un monde que nous nommons l'enfer, ou le sombre empire. D'après Milton , ces abîmes sont éloignés du ciel trois fois autant que le centre du monde se trouve éloigné de l'extrémité du pôle; on peut, jusqu'à un certain point, évaluer cette distance. Le soleil, qui est au centre du monde, est éloigné de Saturne, la planète la plus reculée de toutes celles connues, au temps de Milton, d'environ 330,000,000 de lieues; ainsi, l'enfer se trou-

verait à 990,000,000 de lieues du ciel. Milton ajoute que la chute de Satan dura neuf jours, de sorte qu'il aurait fait i,200 lieues par seconde, voyageant presque aussi vite que la lumière.

Horace avait bien raison de dire qu'il est permis aux

peintres et aux poètes de tout oser :

Pictoribus atque poetis

Quidlibet audendi semper fuit œqua potestas.

Les rabbins et les Pères de l'Église placent l'enfer au sein de notre petit globe, ce qui diminue considérablement les proportions données par la poésie et les légendes orientales.

Saint Athanase dit que les démons remplissent l'air.

Saint Prosper les place dans les brouillards de la mer ; Swinden leur donne pour prison le soleil, d'autres les relèguent dans la lune.

Saint Patrice affirme les avoir vus dans une caverne d'Irlande ; nous aurons occasion de parler du fameux pèlerinage du saint irlandais qui suggéra, dit-on, à Dante l'idée première de sa Divine Comédie.

Bartholomé Tortoletti dit qu'il y a vers le milieu du globe terrestre un antre profond, horrible , où le so-

leil ne pénètre jamais , et que c'est la bouche de l'abîme infernal :

Quesfé la Bocca del infernal arca (1).

L'expulsion et la damnation des anges rebelles, dit saint Bonaventure , dépeuplèrent l'empire céleste ; alors Dieu, pour consoler les anges fidèles, fit l'homme, créature moins parfaite, moins susceptible aussi de faire le bien, de connaître et d'adorer son créateur; il suivrait de là, dit Collin de Plancy, que nous devons au Diable le plaisir de naître et de vivre, ce qui nous obligerait à un petit grain de reconnaissance, si la conduite postérieure des démons ne nous faisait un devoir de les haïr.

La mythologie orientale entoura l'histoire du premier homme des fables les plus ridicules. Les Persans disent que Dieu le plaça dans le quatrième ciel , lui permettant de manger tous les fruits, excepté le froment qui ne pouvait se digérer par les pores; Adam et Ève, séduits par le Diable, en mangèrent, et avant qu'ils infectassent le Paradis, Gabriel les mit dehors.

Les Égyptiens disaient que la sapience éternelle pondit un œuf dans le Paradis terrestre, et que nos prc-

(1) Giuditta vittoriosa, caoto III.

miers pères sortirent de cet œuf comme une paire de poulets.

D'après cette version, le roi de la nature se trouverait tout simplement classé parmi les gallina-

Ce qui est incontestable au point de vue de l'histoire égyptienne, c'est que l'œuf était considéré comme sacré dans les mystères d'Isis, et qu'il le fut plus tard dans les mystères de Bacchus. Cette tradition se rattache probablement aux premiers systèmes du sabisme.

Dieu, disent les thalmudistes, avait fait Adam si grand, que sa tête touchait le Ciel ; les anges en murmuraient, et ils disaient qu'il y avait deux souverains, un au ciel et l'autre sur la terre. Dieu reconnut sa faute ; il appuya sa main sur la tête d'Adam et le réduisit à une taille de 1500 pieds (500 mètres).

D'autres affirment qu'il l'avait fait d'abord double ; d'un coup de hache, il le sépara en deux portions égales.

Nous n'en finirions pas si nous voulions rapporter toutes les faussetés qui se trouvent dans certains livres à propos de la création d'Adam ; la fable grecque de Deucalion et de Pyrrha est presque une réalité à côté des poétiques légendes consacrées au premier homme. Chaque peuple a sa variante, ce qui prouve que les er-

reurs historiques ont une origine commune, la crédulité et la superstition.

Cependant les légions de Satan, vaincues par les cohortes de l'archange Michel, conspiraient déjà dans les ténèbres de l'enfer, et, ennemies irréconciliables de Dieu et de ses œuvres, elles formaient la résolution de perdre l'homme, cause première ou du moins accidentelle de leur chute.

Satan, dit Milton dans le deuxième chant du Paradis perdu, examina d'abord si une autre bataille devait être hasardée pour reconquérir le ciel : quelques-uns étaient de cet avis, d'autres considérèrent l'entreprise comme impossible ; une troisième proposition, suggérée par Satan, réunit l'assentiment général. Le grand chef des cohortes révoltées contre le Tout-Puissant, déclara qu'il était prêt à se mettre à la recherche de l'homme, et il parvint à franchir le formidable seuil des ténèbres. Il arriva à l'Eden ou Paradis terrestre et aperçut Adam et Ève, dont il écouta les tendres discours avec une profonde jalousie.

11 apprit par l'indiscrétion d'Adam , peut-être d'Ève, que Dieu leur avait défendu sous peine de mort de manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. Immédiatement, il se transforma en serpent, et par ses fascinations il entraîna la mère du genre humain à toucher au fruit défendu.

« Ève, dit la Genèse (1), se laissa tromper par les « belles promesses du serpent. »

Ici, les opinions des savants, des philosophes, des théologiens, deviennent très-contradictoires.

Quelques auteurs prétendent , dit Bayle dans son Dictionnaire historique, que ce fut l'animal même que nous appelons du nom de serpent qui trompa la compagne d'Adam, et ils supposent que, dans ce temps-là, ce reptile, avait des conversations familières avec l'homme, et qu'il ne perdit l'usage de la parole qu'en punition de la malice avec laquelle il abusa de la simplicité delà première femme ; ajoutons que jamais châtiment ne fut plus mérité.

Les rabbins assurent avec Josèphe que le grand tentateur n'était qu'un serpent, et ils ajoutent qu'il fut poussé par l'esprit d'impudicité. Il aperçut Adam et Ève jouissant l'un de l'autre, comme les lois du mariage le permettent; il les vit tout nus, et cet objet fit naître en lui des passions déréglées ; il souhaita d'occuper la place d'Adam , et il espéra que ce bonheur lui arriverait si Ève devenait veuve. Or, un tentateur qui aurait eu ces motifs, aurait-il fait manger la fatale pomme à la femme, en l'absence de son mari?

Et, dans tous les cas, la mère du genre hu-

(1) Chap. m, v. 10.

main aurait-elle pu préférer un reptile à Adam?

Un historien , après avoir beaucoup raisonné sur la figure qu'avait le serpent, dit qu'il est raisonnable de supposer que c'était quelque beau garçon, qu'Eve prit pour un ange bien intentionné.

Mais comment Dieu permit-il à Satan de se métamorphoser en Antinous pouT séduire la femme qu'il venait de créer?

Quoi qu'il en soit, la fable du serpent prit rang dans les traditions mythologiques de tous les peuples ; chez les Grecs, ce reptile était le symbole du bon génie, et particulièrement d'Esculape , probablement parce que ce reptile, en changeant de peau, semble rajeunir tous les ans et que la médecine prétend rajeunir tous les hommes, en guérissant leurs maladies.

Suivant la place qu'occupe le serpent sur les monuments de l'antiquité, il y devient un symbole qui a sa signification particulière; il n'était presque aucune divinité qu'il n'accompagnât, et tantôt il servait à exprimer la vigilance et la concorde, tantôt la prudence, la félicité, la puissance ; mais il était toujours regardé comme un animal de bon augure, et c'est dans ce sens qu'on le prenait pour le type de la victoire. L'oracle de Delphes se rendait par un serpent.

Les mythologues ont ainsi réhabilité le reptile qui fit succomber Eve à la tentation ; pour quels motifs ? Nous

l'ignorons ; mais dans le domaine de la fable il y a toujours une petite part pour la réalité, même pour la vérité.

Ève, circonvenue par les flatteries de Satan , mordit au fruit défendu , et le pauvre Adam , par faiblesse ou par entraînement, transgressa aussi les ordres du Créateur. Nos premiers parents, coupables, furent immédiatement chassés du Paradis, abandonnés aux souffrances et condamnés à la mort. De plus, le diable eut le pouvoir de tenter leurs descendants à perpétuité , quand bon lui semblerait; il peut môme, en cas de besoin, mettre à la piste des humains autant de démons qu'il le juge convenable, et l'homme devient ainsi la proie de l'enfer toutes les fois qu'il cède aux suggestions de l'ennemi.

Telles furent, d'après les casuistes, les conséquences de la faute de nos premiers parents qui rejaillit sur nous sous le nom de péché originel.

Dieu, dit l'Écriture, fut tellement offensé de cette désobéissance, que, dans son courroux, il maudit le premier homme et la première femme, et, avec eux, la terre qui les portait.

Adam et Ève, chassés du Paradis, se consolèrent dans les bras l'un de * l'autre et propagèrent l'espèce humaine. Des rabbins, des Pères de l'Église, des casuistes, ont écrit de gros volumes pour prouver, les

uns, qu'Adam se hâta de posséder Eve aussitôt qu'elle fut créée; les autres, qu'ils sortirent tous les deux vierges du Paradis terrestre, ce qui n'est pas admissible, puisqu'on prétend qu'Eve était le fruit défendu auquel Adam ne pouvait toucher sans crime ; mais alors comme aujourd'hui l'esprit était prompt et la chair était faible, et nous aimons à croire que les prémices de notre mère commune ne furent point pour l'odieux serpent.

Des rabbins disent qu'Adam, pour faire pénitence du péché originel, resta cent trente ans dans l'eau jusqu'au nez ; qu'il vécut séparé d'Eve et eut commerce avec une femme nommée Lilith, formée comme lui du limon de la terre ; que de cette union naquirent les démons terrestres et les géants. Ève, de son côlé, s'abandonna aux caresses des anges apostats-, mais, Gabriel, dit la tradition biblique, les réconcilia.

Le rabbin Elias prétend que pendant tout le temps qu'il s'abstint du commerce de sa femme, Adam fut visité par des diablesses qui devinrent grosses de ses œuvres; c'étaient, dit-il, des démons succubes qui prennent des figures de femmes et recherchent les hommes.

Ève reçut, de son côté, la visite de démons incubes,

paillards et lascifs, qui se mêlent avec les femmes et

les filles, et elle engendra des hommes, tandis que

Adam donnait le jour à des démons, à des spectres, à de mauvais génies.

Thomas Brown, dans son Essai sur les Erreurs populaires (I), dit que plusieurs auteurs prétendent que le fruit défendu était la vigne, parce que dans le mystère de son fruit devait se trouver l'expiation de la première transgression. On a présumé que c'était la vigne des Indes; mais il y a des fruits appelés pommes d'Adam, qui ne ressemblent cependant pas aux pommes, et qui ont quantité de coupures , ce qui a fait dire que c'était l'empreinte des dents du premier homme.

Triste tradition que celle de la chute du premier des humains, et de la faute de la première femme! Notre race se trouve flétrie, déshonorée à son origine, et le dogme du péché originel , dont la responsabilité pèse sur nous très injustement, nous condamne à une réparation perpétuelle!

Eh bien ! cela ne saurait être, car le créateur de toutes choses, le Père des hommes ne peut nous imputer une foute à laquelle nous n'avons nullement participé.

Et pourtant, d'après la Bible, les enfants d'Adam, qui n'étaient pas encore nés au moment de sa faute, furent condamnés avec luil

(1) Tomd II, p. 248.

L'abbé de Villars (i) soutient que le fruit défendu était la jouissance des plaisirs charnels; que l'homme ne pouvait voir sa femme, ni la femme son mari. Tradition ridicule, car l'œuvre de la création n'aurait pu se continuer.

D'autres démonographes affirment que Satan était muni de pleins pouvoirs pour tenter l'homme... Par qui? Fut-ce par le Créateur? Cela n'est pas admissible. Ils disent que Satan sortit du séjour où il était exilé, Mais qui ouvrit les portes de son cachot souterrain?

Plusieurs auteurs ont conclu de cette tradition qu'il faut ranger parmi les fables, que le châtiment de l'archange révolutionnaire n'était pas aussi effroyable que le disent les thalmudistes et les théologiens ; en effet, Satan n'était pas lié sur le gril, puisqu'il pouvait sortir et accomplir tranquillement ses supercheries.

Il prit la figure du serpent, celui de tous les animaux qui avait le plus de finesse, dit Avitus dans le deuxième chant de son poème sur la Création :

. . . Candis animantibus altior astu,

et déguisé de la sorte, il se présenta devant la femme

(1) Le Comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences secrètes. 4 e entretien.

et l'engagea à désobéir à Dieu. Elle fut séduite en un instant, elle succomba et fit succomber son mari.

Ici nous devons protester contre les calomnies dont on charge la mémoire de notre mère commune.

11 serait superflu de rapporter tout ce qui a été écrit sur le serpent et sa puissance de fascination : le rôle qu'on lui fait jouer dans le paradis terrestre se rattache aux doctrines du sabéisme, qui rendait un culte aux éléments et aux astres, ce qui était la plus noble des idolâtries.

En effet, dans les mythologies orientales, le serpent est l'image du soleil : on le voit très souvent sur les monuments, et il se mord la queue, faisant un cercle de son corps, ce qui marque le cours ordinaire de l'astre du jour.

«En général, le culte rendu aux serpents par les peuples païens de l'antiquité est fondé, dit de Paw, sur la crainte que les hommes ont naturellement pour ces reptiles ; ils ont tâché de calmer ceux qui ont du venin en leur offrant des sacrifices, et ceux qui leur ont paru mériter une distinction particulière, comme si un génie, ami de l'humanité, eût pris peine de les désarmer, en leur laissant leur forme. »

Le serpent qui tenta Eve était-il sans venin ? C'est une question que nous n'essayerons pas de résoudre. D'ailleurs nous ne devons pas donner de trop longs

SA GRANDEUR ET SA DÉCADENCE. 4i

détails à cette croyance dont la signification réelle doit être cherchée dans les phases climatériques et sidérales que subit notre globe, à des époques tellement reculées qu'elles sont demeurées et demeureront probablement inconnues pour l'homme. Dupuy , dans son Origine des cultes, décrit la tentation du serpent au point de vue sidéral, et démontre qu'il ne faut voir dans cette tradition autre chose que des modifications accomplies tant dans le ciel que sur la terre.

D'autres prétendent que l'expulsion de nos premiers parents du paradis terrestre correspond à la période où l'homme passant, de la vie frugivore aux habitudes carnivores, devint chasseur et tueur d'animaux. De toutes ces opinions si contradictoires, celle qui flétrit Ève et nous la montre succombant aux suggestions d'un odieux reptile nous paraît la moins admissible : nous en appelons à toutes les femmes, à nos mères, à nos sœurs, à nos filles : non, Ève en sortant des mains de Dieu, encore imprégnée du souffle céleste, ne fut point infidèle à celui qui, dans ses premiers transports de tendresse, l'avait appelée la moitié de lui-même. Non, nous ne devons pas lui imputer les misères et les douleurs attachées à notre pauvre espèce , et qui ont leur source dans notre propre nature. Cette tradition faisait probablement partie du fatalisme indien. L'auteur supposé de la Genèse,

Moïse, initié à la civilisation égyptienne, l'emprunta aux prêtres de Pharaon.

Mais où était le paradis terreslre, lieu de délices préparé pour l'homme qui le perdit si inconsidérément pour une pomme? Rabbins, thalmudistes, théologiens, Pères de l'Église, diffèrent tous sur cette question.

Les uns disent que le premier homme fut créé sur les bords de l'Euphrate, d'autres sur les rives du Gange, d'autres enfin dans l'Iran, d'où dériverait lemotZu/eH;il faudrait donc placer le berceau de l'humanité dans la Perse; mais les hypothèses affluent, et on ne sait trop quelle est celle qu'il faut préférer. Nous voyageons dans le royaume de la fable, qui fut, comme dit Voltaire, la sœur aînée de l'histoire. D'ailleurs ce qu'on dit du paradis terrestre ressemble tellement aux mythes do l'Inde, surtout aux traditions de Zoroastre, que nous n'hésitons pas à reléguer l'Éden dans la catégorie du jardin des Hespérides, qui avait du moins l'avantage d'être gardé par un dragon.

Nous avons laissé Satan dans la joie de son triomphe infernal : Eve et Adam ont compris l'étendue de leur faute, ils s'aperçoivent qu'ils sont nus, et ils vont se cacher.

L'ange du Seigneur arrive, leur signifie l'arrêt irrévocable de l'Éternel qui les condamne à soujîrir, avec la perspective d'une mort plus ou moins prochaine. Ils

sortent du Paradis avec des feuilles de figuier pour premier vêtement : voilà probablement pourquoi un auteur, Jean Leféron, dans une longue histoire d'Adam, donne à notre premier père trois feuilles de figuier pour armoiries (1).

Les thalmudistes disent qu'Adam, après sa sortie du Paradis terrestre, inventa l'alphabet, qu'il fut instruit par les anges, dont les leçons ne lui profitèrent pas beaucoup, car pendant quelque temps il adora la lune. Plus tard, ajoutent-ils, il écrivit un Commentaire sur les noms des animaux; il prophétisa, fut astrologue et prédit le déluge par l'inspection des astres. On lui attribue des psaumes qu'on trouve imprimés dans quelques Thalmuds et un livre de cabale intitulé Sépher-RazieL Les Juifs racontent que ce livre lui fut donné par l'ange Raphaël, ce qui prouve que les chefs des légions célestes ne dédaignaient pas de s'occuper de sciences occultes. On cite, de plus, son testament, et les musulmans regrettent beaucoup dix livres miraculeux que Dieu lui avait die tés. Tout ceci ne ressemble-t-il pas aux merveilleuses histoires de Brahma, de Routrin etdu dieu Fô?

Cependant le diable ne se montra pas complètement satisfait de son triomphe : Dieu, dit l'Écriture, lui annonça un vengeur de sa perlidie :

(1) Jean Leféron, Histoire d'Adam, tome iv.

« — Je mettrai, lui dit-il, des inimitiés entre la « femme et toi, entre ta race et la sienne ; elle t'écra- « sera la tête, et ton suprême effort sera de chercher à « lui mordre le talon. »

Effrayé de cette menace du Créateur, Satan, qui avait pleine liberté de renouveler la perfidie qu'on devait punir, se remit à l'œuvre, poursuivit Adam et Ève dans leurs pérégrinations et jeta la discorde, la haine dans la première famille. On connaît les détails donnés par la Bible sur Caïn et Abel, détails profondément fabuleux et emblématiques. Mais les fables des Orientaux sont autrement curieuses, et nous y retrouvons Satan acharné après l'espèce humaine.

Les rabbins prétendent que Caïn, le premier homme né d'une femme, était fils d'Ève et du serpent tentateur. Satan s'empara de cet enfant adultérin et lui suggéra de sinistres projets.

La tradition musulmane porte qu'Eve ayant deux fils, Caïn et Abel, deux filles, Aclima et Lébuda, voulut unir Caïn avec Lébuda et Aclima avec Abel.

Or, Caïn était amoureux d'Aclima ; Adam, pour mettre ses fils d'accord leur proposa un sacrifice, et, comme on sait, l'offrande de Caïn fut rejetée ; il ne voulut pourtant pas céder Aclima, et pour la posséder plus sûrement, il résolut de tuer Abel.

Mais il ne savait comment s'y prendre. Satan son

père, qui rôdait dans le voisinage, se chargea de lui donner une leçon» résolu à perdre le fils après avoir séduit la mère.

Il prit un oiseau qu'il posa sur une pierre, et avec une autre pierre, il lui écrasa la tête.

Caïn comprit parfaitement; il épia le moment où Abel dormait et laissa tomber une grosse pierre sur son front.

Mais que faire du corps?

— Enveloppe- le dans une peau de bête, lui dit le Diable.

Caïn porta le cadavre sur ses épaules pendant quarante jours, mais l'infection l'obligea de déposer son fardeau, qu'il enterra.

Ici, nous devons donner la préférence à la version de la Bible; il y est dit qu'Abel cultivait la terre,' gardait les troupeaux, et que Caïn vivait des produits de la chasse. Ici, nous sommes en pleine tradition patriarcale.

Après le meurtre d'Abel, dit la Bible, Dieu demanda compte du sang innocent :

— Caïn, qu'as-tu fait de ton frère?

— Est-ce que je sais, moi, ce qu'est devenu mon frère, et suis-je son gardien?

Dieu maudit Caïn, qui est demeuré le typeodieuxdu fratricide, mais en bonne conscience, on ne saurait im-

puter au diable ce crime épouvantable, ou il faudrait avouer que Dieu se montra bien insouciant envers les premiers hommes en les laissant h la merci de l'archange rebelle. Qui de nous livrerait aux caprices d'un brigand condamné par les lois les enfants dont il doit être le premier protecteur? Or, Dieu qui est la sagesse et la bonté infinies, aurait abandonné ainsi les enfants d'Adam aux puissances infernales.

« 11 n'y a jamais eu, dit avec raison un savant the>o- « logien, d'autres diables que les mauvaises passions « de l'homme ; domptez les passions et il n'y aura plus « de démons. »

Or, les premiers hommes, sans autre guide que leur propre nature, furent violents, emportés et adonnés à tous les vices dont ils ne pouvaient comprendre l'influence détestable. Cela est si vrai, que de l'aveu des théologiens, la première race fut maudite, et que l'habitude du crime s'y perpétua. Les enfants et petits-enfants d'Adam furent des scélérats à divers degrés. C'étaient des sauvages sans religion et sans morale,' tout comme les peuplades cannibales de l'Amérique. Gain tua Abel... mais dans la Nouvelle-Calédonie et dans l'Australie les tribus se dévorent mutuellement, et les missionnaires n'ont pas songé à faire intervenir le Diable dans ces horribles festins.

Il est dit dans l'Écriture que Lamech, cinquième des-

cendant de Caïn, surpassant son aïeul, commit deux homicides, et que, saisi ensuite d'une profonde terreur, il maudit soixante dix-sept fois celui qui les vengerait sur sa propre personne.

Le mépris ou du moins l'oubli de Dieu, dit l'abbé Lecanu (1), demeura héréditaire chez la race maudite, et par elle se propagea chez les autres branches de la famille humaine ; les excès devinrent si grands qu'Énos, fils de Seth, fils d'Adam, fut obligé d'instituer un culte public pour rappeler aux hommes la mémoire de leur créateur.

Voici la version de la Genèse, iv-26

« Natus est filius quem Seth vocavil Énos ; ille cœpit <i invocare nomen Domini. »

Il paraît que le diable, peu satisfait de ces tendances religieuses, appela toutes ses légions pour préparer une victoire beaucoup plus éclatante que celles qu'il avait déjà remportées.

— Il faut que la race humaine soit anéantie, s'écria l'ange des ténèbres.

Mais comment arriver à la destruction générale, qui ne pouvait s'opérer que par la toute-puissance du Créateur?

Satan, secondé par son astuce infernale, propagea

(1) Tîistoire de Satan, page 6f>.

parmi les habitants de la terre des vices tellement odieux, que Dieu résolut de détruire son œuvre.

Fort heureusement, il restait un seul juste, Noë, qui reçut ordre de préparer une arche ou grand bâtiment, pour se loger avec toute sa famille et des couples de tous les animaux. Immédiatement, les cataractes du ciel s'ouvrirent et la terre fut inondée; Noé seul se sauva dans l'arche.

Tel est, en substance, le récit de la Bible. Voici maintenant la version mythologique :

Deucalion, fils de Prométhée, avait épousé Pyrrha, fille de son oncle Épiméthée. Jupiter voyant croître la malice des hommes, dit le poète Ovide (1), résolut d'exterminer le genre humain et de l'ensevelir sous les eaux en faisant tomber des torrents de pluie de toutes les parties du ciel. La surface de la terre en fut inondée, hors le Parnasse, montagne de la Phocide.

C'est là que s'arrêta la petite barque qui portait Deucalion et sa femme : Jupiter les avait sauvés parce qu'il n'y eut jamais d'homme plus juste, ni de femme plus vertueuse.

Dès que les eaux se furent retirées, ils allèrent consulter la déesse ïhémis qui rendait ses oracles au pied de la montagne ; la déesse leur répondit : « Sortez du

(1) Métamorphoses, liv. I.

temple, voilez-vous le visage, détachez votre ceinture et jetez derrière vous les os de votre grand'mère. »

Or, Deucalion, après avoir bien réfléchi, jugea que la terre étant leur mère commune, ses os pourraient bien être les pierres qu'elle renfermait dans son sein.

Ils en prirent donc quelques-unes, et les jetèrent derrière eux, en fermant les yeux : aussitôt ces pierres s'amollirent, devinrent flexibles et prirent une forme humaine.

Celles que Deucalion avait jetées, formèrent les hommes ;

Celles de Pyrrha , les femmes.

Le fond de ce récit est véritable, disent les commentateurs de la mythologie ; sous le règne de Deucalion, il y eut en Thessalie des inondations si fortes, que le roi et ses sujets se réfugièrent sur le mont Parnasse, et, les eaux s'étant enfin écoulées, ils descendirent dans la plaine ; les enfants de ceux qui se sauvèrent, sont les pierres mystérieuses du poëte, qui repeuplèrent dans la suite le pays.

Les thalmudistes, les Pères de l'Église, les théologiens n'ont pas expliqué d'une manière aussi plausible le déluge décrit dans la Bible. Mais les études et les découvertes de la science moderne ont pu établir que

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le déluge, faussement attribué aux influences sataniques, fut un événement tout naturel, une révolution dont on trouve l'histoire plus ou moins poétisée chez tous les peuples.

Quant à la coopération du diable à ce grand cataclysme, on ne saurait l'admettre sans imputer au Créateur des actes d'imprévoyance et de négligence envers l'homme, son œuvre de prédilection.

Gomment supposer que Dieu ait permis à l'archange déchu d'abuser de la crédulité et des passions humaines, au point de lui laisser toute liberté pour plonger dans les vices les plus honteux des êtres faits à l'image de leur père commun?

Oui, ce dogme asiatique est non-seulement incompréhensible, mais encore inconciliable avec la justice et la bonté du Tout-Puissant. D'après ce dogme , propagé par les prêtres de toutes les religions, le mal dominerait partout et le bien ne serait qu'accidentel. Ainsi que le dit avec raison l'historien de Satan, que nous avons déjà cité, tous les systèmes m ventés par l'esprit humain pour expliquer cette anomalie, ont échoué contre la raison.

Et nous ajouterons que, sans l'appui inébranlable de la raison, tous les systèmes doivent s'écrouler.

Mais revenons à la tradition biblique.

Satan, planant dans les airs avec ses grandes ailes

noires et entouré de milliers de diables, triomphe en voyant la terre inondée ; de ses yeux flamboyants, il suit l'arche qui surnage au milieu des flots écumants, et, voyant que sa vengeance va rester incomplète, il tient conseil avec les principaux anges déchus. Ils décident que Satan pénétrera dans l'arche et qu'il portera le désordre, la corruption dans la famille du juste, et le roi des enfers prend la forme du corbeau, l'oiseau de la mort et des funérailles.

Cependant l'arche s'arrête sur le mont Ararat, absolument comme la barque de Deucalion et de Pyrrha sur le mont Parnasse. La colombe envoyée par Noë revient, portant dans son bec une branche d'olivier, symbole de la réconciliation du Créateur avec ses créatures.

Noë et sa famille sortent de l'arche. La terre sera bientôt repeuplée.

A l'œuvre, Satan, puisque Dieu veut bien te livrer encore l'humanité comme une proie à dévorer!

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