PAST
Avec le bacille’ d'Hofmann, nous avons préparé de même un sérum canin ortement agglutinant pour le bacille injecté.
Ayant soumis 30 échantillons de cette espèce de bacille à l'épreuve de l’agglutination avec ce sérum, nous avons obtenu 9 réactions positives et 21 réactions négatives.
Nous avons préparé un autre chien en lui injectant l’un des 21 bacilles qui n'avaient pas été agglutinés précédemment ef nous avons obtenu un sérum fortement agglutinant pour ce bacille; parmi les 20 bacilles restant nous avons obtenu 2 agglutinations positives et 19 agglutinations négatives.
Avec le bacterium cutis commune nous avons fait de même : avec le sérum obtenu, sur 17 bacilles examinés, nous avons obtenu 8 réactions positives et 9 réactions négatives. LS
Le bacille diphtérique se présente sous trois formes : longue, moyenne et courte; on a voulu établir un parallélisme entre la longuer du bacille et la gravité de la maladie. «En réalité, disent Aviragnet, Weill-Hallé et P.-L. Marie, la division en forme longue, moyenne et courte a été la source d'erreurs nombreuses et elle a entretenu la confusion entre le bacille diphtérique court et le bacille d'Hofmann, infiniment plus commun que ce dernier, ce qui explique que les bacilles courts passaient pour peu ou pas dangereux. Le terme de bacille court était devenu synonyme de bacille douteux. Il n’y à pas intérêt à garder aujourd’hui cette division que ne justifie pas non plus
la prétendue existence d’un pouvoir toxigène spécial à
chacune de ces diverses formes : la malignité de la maladie se juge aux signes cliniques et non à'la longueur des bacilles. »
Et nous voici amené à aborder la question du bacille court, si facile à résoudre aujourd’hui grâce aux méthodes d'isolement et d'identification rapides, si difficile encore” il n’y a pas bien longtemps, et qui a donné lieu à des discussions si nombreuses.
Il n’existe à l’heure actuelle qu’un bacille diphtérique : ce bacille produit de l'acidité avec le glucose, le lévulose, le galactose, le maltose, mais pas avec le saccharose; il est doué dans ses cultures de propriétés hémolytiques énergiques et pousse en anaérobiose dans la gélose de Veillon. Ce bacille peut se présenter sous trois variétés de formes différentes, il peut se montrer virulent ou non pour l'animal (cobaye ou oiseau), peu importe : un bacille poussant facilement sur sérum, prenant le Gram, dont les éléments sont disposés de façon spéciale sur les préparations (en palissade, en paquets d’épingles, etc.) et présentant les caractères énumérés plus haut, doit être considéré comme un bacille diphtérique pathogène ét, par suite, dès qu’on en a constaté la présence chez un individu, on doit mettre en usage, suivant les cas, soit les moyens thérapeutiques spéciaux à la diphtérie, soit les mesures prophylactiques nécessaires vis-à-vis de cette maladie.
Le bacille court doit donc être envisagé de la même façon que les autres formes de bacilles et on ne doit plus faire de différence. À un moment où l’on ne connaissait
ELTRE
pas bien la part qui revenait au bacille diphtérique et celle qui revenait aux bactéries diphtérimorphes saprophytes, il pouvait paraître logique, vu le petit nombre de cas de diphtérie à bacille court, leur allure généralement moins grave et l’habituelle avirulence de cette variété de bacille vis-à-vis de l’animal, de le considérer lui-même comme un bacille non diphtérique ; cela évitait de prendre des mesurés prophylactiques trop étendues, qui auraient pu englober des cas à bacilles d'Hofmann.
Aujourd'hui, il n’y a plus d’excuses à cette façon de faire; on isole tous les jours des bacilles diphtériques courts d’angines pseudo-membraneuses; on doit s’en méfier comme des autres formes, d'autant mieux que l’on sait facilement faire le diagnostic.
Je suis loin d’être de l'avis d'Orticoni et de Leclerc lorsqu'ils disent qu'ils estiment « qu’il ne faut pas tenir compte pour la recherche des porteurs, des bacilles courts, car le bacille court est une exception au point de vue botanique ».
Même si c'était une exception, il me semble qu’on devrait tout de même en tenir compte; or, il est loin d’être une exception, puisque L. Martin le trouve six fojs sur deux cents cas et que nous l’avons nous-même trouvé aussi à peu près dans les mêmes proportions dans des cas d’angines pseudo-membraneuses. +
Enfin, voici un fait relaté par Hutinel et qu'il nous semble utile de citer ici à l’appui de notre manière de voir : « Nous avons soigné au mois d’août 1913 un jeune
enfant de trois ans atteint de croup; cet enfant fut opéré
LR
et guéri. Il retourna dans sa famille à la campagne et tout se passa bien. En octobre, la famille revint à Paris, où l'enfant avait été malade. Quelque temps après, la mère a une angine, Le médecin, craignant une diphtérie, demande un examen bactériologique. On lui répond bacille court non diphtérique. La malade, non injectée, meurt; le père, affolé, nous explique le fait et demande un avis pour la nourrice et un enfant de trois mois qui, eux aussi, sont malades. La nourrice et l'enfant sont transportés à l'hôpital Pasteur : on trouve des fausses membranes avec bacilles courts, non virulents. Ces bacilles courts, non virulents, avaient cependant tué la mère avec des
symptômes de diphtérie bronchique. »
Le bacille d'Hofmann ne produit pas d'acide avec les sucres : il se comporte comme un aérobie strict dans la gélose de Veillon et il est dépourvu de toute propriété hémolytique; il ne se montre pas pathogène et n’est pas virulent pour l’animal; c’est un saprophyte du nez et de la gorge. Souvent désigné par divers auteurs comme bacille pseudo-diphtérique, L. Martin a trouvé que c'était une appellation inexacte, attendu « qu'il n’a rien de diphtérique », et, pour faire cesser toute équivoque, il l’a
dénommé corynebacterium commune.
D’après ce que nous avons pu constater au cours de nos recherches, il comprendrait au moins deux variétés, l’une
à colonies humides, molles, blanches: l’autre à colonies
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général, à surface ravinée. Ces deux variétés sont d’ailleurs sans action sur les sucres ; elles sont toujours globuleuses, de forme irrégulière, souvent losangique sans aplatissement ni ombilication.
Le bacille de la xérose est considéré aujourd’hui comme un simple germe d'association observé dans les cas de xérose conjonctivale. Ses cultures poussent très lentement, sont peu développées, sèches. Ce bacille produit de l'acide aux dépens du glucose, du lévulose, du galactose et du saccharose. |
Le bacterium cutis commune, Ch. Nicolle, saprophyte du tégument externe, se rapproche beaucoup plus du bacille diphtérique que du bacille d'Hofmann; il produit de l’acide aux dépens du glucose, du lévulose, du galac: tose et du saccharose.
Il ressemble beaucoup au bacille de la xérose dont il s’en distingue seulement par la lenteur de croissance et la sécheresse des colonies qui caractérisent ce dernier.
I n’y a donc aucune raison de ne pas faire rentrer ce germe dans le genre corynebacterium : je propose de le nommer corynebacterium cutis.
Cette dénomination, en effet, est conforme aux règles de la nomenclature binaire : elle rappelle, d’autre part, l'habitat de ce bacille ainsi que le nom que lui a donné
Ch. Nicolle qui l’a étudié; enfin, elle évite la confusion qui
ne manquerait pas de s’établir si on désignait ce germe
sous le nom de corynebacterium cutis commune, étant
donné que le bacille d'Hofmann a été désigné par L. Martin sous le nom de corynebacterium commune.
Dans mon esprit, l'appellation de corynebacterium cutis serait provisoire, en attendant que de nouveaux tré vaux impliquant l'étude d’un assez grand nombre de souches de b. cutis commune et de b. xerosis aient, permis de les réunir en une espèce commune; toutefois, à bien réfléchir, il paraîtrait plus rationnel, si cette assimilation se réalisait, de garder le nom de corynebacterium cutis comme celui de l’espèce type, saprophyte du tégument cutané et de ses dépendances ,et de ne voir dans le cor. xerosis qu'une simple variété du premier, d'importance moindre, à habitat plus limité, localisé seulement aux muqueuses
oculaires, à mode de culture un peu spécial.
Nous résumons ci-après les caractères différentiels importants permettant de distinguer le bacille diphtéri-
que des bactéries diphtérimorphes.
Corynebacterium diphteriæ. Lôffier (Bacille de la diphtérie, bacille de Klebs-Lôüffler).
Bactérie de forme longue, moyenne, ou courte; se colorant par la méthode de Gram; se décolorant par l'alcool; présentant le plus généralement des granulations métachromatiques; pousse en profondeur dans la gélose Veillon; produit de l'acide aux dépens du glucose, du lévulose et du galactose, mais pas avec le saccharose: doué de propriétés hémolytiques se manifestant dans les cultures
en moins de quatre jours; généralement virulent pour le
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cobaye et l'oiseau, mais pas toujours; agent pathogène
de la diphtérie.
Corynebacterium commune L. Martin (Bacille d'Hoî
mann; bacille pseudo-diphtérique de certains auteurs).
Bactérie de forme généralement courte; se colorant par
la méthode de Gram; ne se décolorant pas par l'alcool, même après quinze minutes; ne présentant généralement
pas de corpuscules polaires métachromatiques ; ne pousse qu'à la surface de la gélose Veillon; ne produit pas d’acide aux dépens du glucose, du lévulose, du galactose, ni du saccharose; dénué de toutes propriétés hémolytiques; non virulent pour les animaux; germe saprophyte rencontré
souvent dans la gorge, le nez des individus sains.
Corynebacterium cutis, nouvelle dénomination (Bacterium cutis commune Ch. Nicolle; bacille paradiphtéri-
que, Lubinski).
Bactérie de forme généralement moyenne ou courte; se colorant par la méthode de Gram; se décolorant par l’alcool; présentant des granulations métachromatiques dans la généralité des cas; cultive, en général, aussi bien à la surface que dans la profondeur de la gélose Veillon; produit de l’acide aux dépens du glucose, du lévulose, du * galactose et du saccharose; dénué de propriétés hémolytiques sinon se manifestant tardivement; non virulent pour les animaux; germe saprophyte rencontré sur le
tégument externe, les plaies.
Corynebacterium xerosis, Neisser et Kuschbert (Bacille
de la xérose).
Bactérie de forme généralement courte, se colorant par
la méthode de Gram; se décolorant par l’alcool; présentant des granulations polaires métachromatiques dans la généralité des cas; cultive en général à la surface et dans la profondeur de la gélose Veillon; produit de l’acide aux dépens du glucose, du lévulose, du galactose et du saccharose; dénué de propriétés hémolytiques; non virulent pour les animaux; germe saprophyte rencontré sur les muqueuses oculaires dans le xérosis. Cultures peu abon-
dantes se développant très lentement.