CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Depuis les premières observations de Dance, en 1832 (Archives générales méd.), de Roulland, en 1840, de Barth et Lefeuvre en 1867, l’étude du cancer de la valvule iléo-cæcale a été l’objet, autant en France qu’à l’étranger, de nombreux travaux. En 1878, en effet, Leube et Leichenstein consacrent une étude à cette - question dans le Traité de pathologie de Ziemmssen. En 1882, du Castel, dans les Archives générales de Médecine, rapporte cinq cas observés dans le service de Potain. Lejars, en 1897, publie dans la Semaine médicale un important travail sur les invaginations intestinales survenues dans onze cas de sténose néoplasique valvulaire. Citons encore, en 1990, un article de De Bovis, dans La Revue chirurgicale, les thèses de Lecène sur les cancers du grêle et de Dumarest sur les cancers du eæcum : enfin et surtout en 1913, la publication (Société médicale des Hôpitaux et Paris médical) du travail de Paul Carnot ét Jacques Dumont, et en 1917, la thèse de leur élève Cugnier — travaux par lesquels furent, pour la première fois, individualisées les formes iléales et les formes cæcales du cancer valvulaire.
Ces derniers auteurs, en effet, suivant la localisation primitive du néoplasme, suivant son point de départ,
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distinguent deux formes anatomiques du cancer iléocæcal, une forme iléo-valvulaire et une forme cæcovalvulaire. À ces deux formes anatomiques correspondraient, selon eux, deux types cliniques bien distincts: la forme iléo-valvulaire ayant une tendance marquée aux invaginations et provoquant une occlusion lente avec épisodes d’obstruction aiguë, donc forme essentiellement sténosante, la forme cæco-valvulaire, tumorale, dont la symptomatologie est la même que celle du cancer du cæcum, n’ayant au contraire que pen de tendance aux obstructions aiguës ou chroniques.
Nous n’entreprendrons point dans la présente thèse d’exposer et de discuter en détail les critiques dont ces derniers-travaux furent l’objet. Plusieurs auteurs, Jean Gosset en particulier, dans son ouvrage Les cancers du côlon droit, insistant sur la rareté du cancer strictement valvulaire et faisaht remarquer qu’en fait la forme cæco-valvulaire ne peut être distinguée du cancer du cæcum, mettent même en doute l’existence de la forme iléo-valvulaire.
Nous laisserons volontairement et volontiers de côté l’exposé de ces discussions, pour ne considérer le cancer iléo-cæcal que sous l’angle du diagnostic, c’est-à-dire d’un point de vue essentiellement pratique.
En effet, si le cancer de la valvule de Bauhin est une affection relativement rare, au regard des autres cancers du tube digestif, notamment de ceux du gros intestin (quatre cas sur cinquante observations dans la thèse de Jean Gosset, Paris, 1933) et s’il est loin d’avoir la même fréquence que les autres cancers orificiels, il n’en reste pas moins redoutable, à cause d’une part de son évolution longtemps silencieuse, d’autre part de la gravité et de la soudaineté de ses complications. .
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I ne peut échapper à personne que l'intérêt du diagnostic d’un cancer, quel qu’il soit, réside dans sa précocité, car seul le diagnostic précoce permet une thérapeutique active. C’est done avant la période des complications qu’il importe, autant que possible, de faire le diagnostic, si toutefois le malade vient consulter avant cette période. Nous verrons, au cours de notre étude, que l’examen clinique seul ne permet pas de poser un diagnostic précoce, vu la pauvreté, la banalité des signes subjectifs et objectifs du cancer iléo-cæcal au début. Ce n’est donc que par l’examen radiologique systématique de tout malade suspect de cancer que l’on
pourra espérer obtenir des renseignements précis. C’est
pourquoi nous avons fait une large place, dans notre étude, au diagnostic radiologique qui, seul, quoique dans un certain nombre de cas seulement, permet de rattacher à leur véritable cause les troubles, souvent trop vagues, qui amènent les malades à consulter le médecin.
Enfin, nous avons jugé qu’il convenait, pour la clarté de notre travail, d’adopter un plan qui, tout en restant aussi près que possible de la réalité, nous permit d’exposer avec méthode la symptomatologie du cancer de la valvule de Bauhin. C’est pourquoi nous avons, pour le diagnostic clinique, considéré deux cas, le malade pouvant être vu, soit à la période de début (et nous verrons que le diagnostic est rarement fait à cette période), soit à la période d'état, qui est aussi le plus souvent celle des complications. |
Nous étudierons, aw fur et à mesure, pour chacune de ces deux éventualités cliniques, la symptomatologie, les signes physiques et le diagnostic différentiel, réservant au diagnostic radiologique — étant donné son importance — un chapitre spécial.