RECHERCHES SUR LES ÉLÉMENTS FIGURÉS DU SANG
Les caractères les plus nets de la formule sanguine des cancéreux sont les suivants :
Anémie : globules rouges = 2 à 3 millions.
Abaissement proportionnellement plus marqué de la valeur globulaire (entre 0,4 et 1
Hyperleucocytose : 12 à 13000 (polynucléose).
Indirectement, la numération des éléments figurés du sang peut servir au diagnostic du cancer ; lorsque par exemple le diagnostic clinique reste hésitant entre le cancer et une tumeur bénigne. Legueu et Morel ont remarqué que, très souvent, l’hypertrophie prostatique s’accompagne d’éosinophilie locale avec éosiqophilie générale (5 0 /O en moyenne) ; celle-ci manque dans le cancer. L’examen du sang d’un prostatique peut donc servir à déterminer la nature de l’affection.
L’existence de métastases au niveau de la moelle des os peut modifier beaucoup la formule sanguine des cancéreux (hématies très réduites de nombre : 1 million et au-dessous ; abondance de myélocytes et d’hématies nucléées).
La résistance globulaire , malgré le nombre des travaux suscités, reste imprécise dans le cancer. Quelques auteurs admettent qu’elle est normale ou augmentée (Vaquez et Laubry, Parmentier et Salignat), ce qui tiendrait à la présence, chez les cancéreux, d’hémolysines provoquant, par processus réactionnel, une augmentation de résistance des hématies survivantes. Pour la plupart des auteurs la résistance globulaire dans le cancer varie d’un sujet à l’autre (Gade, Morel et Roubier).
3° SÉRO-DIAGNOSTICS \ .
a) Précipilines.
Le sérum humain normal possède la propriété de cytolyser in vitro les éléments cancéreux ; le sérum des cancéreux ne possède pas cette propriété.
Le sérum humain normal ne précipite pas un extrait limpide de cellules cancéreuses ; le sérum des cancéreux précipite cet extrait ; (le précipité peut être dissous par adjonction de sérum normal ou d’une solu-
tion de lipoïde).
Ces réactions du sérum cancéreux sont dues à une nucléo-albumine qui absorbe la solubilisation du sérum normal pour les extraits de cellules cancéreux (Freund et Mme Kaminer).
Nous ne pouvons entrer dans l’exposé détaillé de la méthode de Freund- Ivaminer, basée sur les idées précédentes, et aboutissant à la recherche des précipitines du sérum cancéreux.
Quant à la valeur de cette réaction, encore qu’elle ne date que de 1910 on peut déjà l’apprécier. D’après ses promoteurs, 54 sérums cancéreux auraient donné 54 réactions positives (précipité) ; et 49 sérums de malades
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divers, mais non cancéreux, auraient donné 45 réactions négatives (pas de précipité).
Malheureusement, comme Weinberg le faisait pressentir dès 1911, les recherches de contrôle (Ivraus, Graf et Ranzi, v. Monakow, Ravenna) n’ont pas confirmé la netteté des premiers résultats. Actuellement on ne peut demander ' aucun service à la méthode de Freund-Kaminer
dans l’établissement du diagnostic de cancer.
b) Déviation du complément.
L’application, au diagnostic biologique du cancer, de la méthode de Bordet-Gengou a été réalisée par nombre d’auteurs avec des variantes surtout dans la préparation de l’antigène. Forster, Weinberg et Mello emploient un extrait aqueux de tissu cancéreux, Ravenna un extrait de tissu cancéreux dans le sérum humain, Simon et Thomas un extrait de ; tissu cancéreux dans l’eau salée, Guillot et Daufresne un extrait alcoolique de tissu cancéreux, Von Dungern un extrait à l’acétone, etc.
On pouvait augurer bien, à priori, de l’emploi d’une méthode qui, par sa sensibilité, a fourni par ailleurs des résultats si remarquables. Mais dans le cancer, les résultats sont jusqu’ici discordants. Ils sont mauvais pour Ranzi, Salomon, Ravenna, Marchis, Weinberg, Philosophow, Barras, Engel, Caan, Forster. Ils sont favorables pour Sampieto et Tesa, Sisto et Jona, Leschke, Von Dungern. A quoi tiennent ces opinions dissemblables, et à quoi attribuer l’échec — relatif si on veut — de cette méthode particulièrement sensible ? Il semblerait, d’après les expériences de Engel, de Vidal, etc. qu’un sérum cancéreux donné ne fixe le complément que lorsqu’il est mis en présence d’extrait de cancer identique. Gomme le fait remarquer Herrenschmidt, « il n’y a de fixation probablement constante que si on réunit le sérum d’un cancéreux avec l’extrait de son propre cancer. Une aussi stricte spécificité rend la méthode irréalisable ou inutile, car le prélèvement d’antigène servirait avec avantage à un simple examen histologique. »
c) Index hémolytique. \
Parmi les diverses hémolysines (substances capables de détruire les globules rouges) que contient le sérum normal, existent des lysines susceptibles de détruire les globules rouges d’un autre sujet de même espèce, et qu’on nomme pour cette raison : isolysines. Les isolysines assez fréquentes dans le sérum humain normal, se présenteraient chez les cancéreux avec une fréquence beaucoup plus grande et avec une abondance particulière (Crile et Beebe, Ottenberg et Epstein, Alessandri, Blum-
barten). Weinberg arrive en additionnant des statistiques favorables ou Héfavorables, au chiffre moyen de 58 0 /O de réactions positives.
Partant de cette idée que la dose de sérum mise en présence des blobules rouges à hémolyser n’apporte peut-être pas une dose d’isolylines suffisante, Elsberg, Neuhof et Geist imaginèrent d’injecter des globules rouges humains lavés sous la peau du malade suspect de cancer : tes globules peuvent ainsi être sensibilisés par toute la dose d’isolysines en circulation dans cet organisme suspect. Si le sujet est réellement un cancéreux, son sérum est hémolytique pour les globules injectés, et, six p huit heures après injection de ces globules on verra une plaque arronpie, brune ou marron, à contours nets, de 5 centimètres de diamètre qui persistera quelques heures et tournera au bleu puis au vert d’ecchymose, dès le lendemain.
Les promoteurs de cette réaction cutanée l’ont trouvée :
positive dans 90 0 /O des cancers ;
douteuse dans 3 0/0 des cancers ;
négative dans 7 0/0 des cancers.
Chez les sujets non cancéreux ou cancéreux avancés, elle est presque [toujours négative.
Ces résultats, confirmés par Krida, ne sont en réalité pas aussi brillants qu’ils le semblent d’abord.
En effet, la réaction cutanée d’Elsberg est positive chez 70 0/0 des tuberculeux ; en outre, les récentes expériences de Warfield montrent qu’elle est négative chez un nombre considérable de cancéreux. Et on peut conclure que la réaction hémolytique n’a pas de signification lorsqu’elle est négative, et qu’elle reste suspecte, même en dehors de la tuberculose, lorsqu’elle est positive.
d) Réaction aniiirypiiqiie.
A l’état normal tout sérum possède la propriété de neutraliser l’action digestive des ferments protéolytiques sur les albuminoïdes. Ce pouvoir, normalement faible, est très augmenté dans certains états morbides, en tête desquels vient le cancer. Il est dû, soit à un antiferment sur la signification duquel on discute, soit à la présence dans le sang de lipoïdes mis en circulation par la destruction cellulaire occasionnée par le cancer.
Parmi les divers procédés employés pour évaluer le pouvoir antitryptique du sérum, deux en France se partagent les préférences : les procédés de Fuld et de Roux-Savignac.
Dans un certain nombre de tubes, Fuld ajoute le sérum suspect à une
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solution de caséine ; puis il additionne chaque tube d’une dose variable d’une solution titrée de trypsine. Après séjour à l’étuve et refroidissement, chaque tube est additionné de quelques gouttes d’acide acétique. Dans les tubes où l’antitrypsine du sérum a empêché la digestion de caséine, celle-ci est précipitée par l’acide. Le numéro du premier tube où la précipitation ne se fait pas, fournit l’index antitryptique : cette réaction demande une heure environ.
Roux et Savignac se servent de plaques d’agar-agar lacté sur lesquelles ils déposent, par taches, avec une dose fixe de trypsine une dose de sérum croissante. Dans les points où la dose de sérum a été telle que la digestion tryptique en fut entravée, la plaque d’agar-agar lacté reste crémeuse et opaque ; dans les points où la dose de sérum n’a pu empêcher la digestion tryptique, la plaque est marquée d’un disque transparent. Ce résultat est obtenu après trente minutes d’étuve à 50°.
Les résultats obtenus par ces deux méthodes sont très semblables. Pour apprécier la valeur de la réaction antitryptique, il ne faut pas oublier, qu’en rapport avec la destruction cellulaire et la leucocytose, cette réaction n’est pas spécifique. Chez les suppurants, dans la tuberculose, la syphilis, la grossesse, la maladie de Basedow, etc., on trouve un pouvoir antitryptique élevé par rapport à la normale. Mais, la clinique n’hésitant généralement pas entre ces divers états et un cancer au début, il en résulte que, ces états éliminés, la constatation d’une élévation nette du pouvoir antitryptique chez un malade suspect, est tout à fait en faveur du cancer (les statistiques indiquent entre 62 0/0 : Weinberg, et 91 0/0 : Roux, de réactions positives). Mais le côté négatif de la réaction n’est pas moins intéressant. Chez un malade suspect, la constatation d’un pouvoir antitryptique diminué, à un quart et au dessous, permet d’éliminer presque à coup sûr le cancer.
En somme, pour ne pas être spécifique, la réaction antitryptique n’en est pas moins très précieuse. Elle est facilement et rapidement exécutable, et les indications qu’elle fournit permettent le plus souvent de fixer un diagnostic hésitant.
e) Réaction cV Abclerhalden.
On a appliqué au cas particulier du cancer, les conceptions générales d’Abderhalden. Le sang de cancéreux contiendrait un ferment protecteur (Schutzferment) qui conférerait au sérum le pouvoir de désintégrer l’albumine du tissu cancéreux. Telle méthode qui serait capable de déceler dans le sérum des cancéreux la présence de ce ferment spécial, établirait du même coup l’existence du cancer qui l’a déterminé.
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Dans un dialyseur de Schleicher, Erpicum met en contact le sérum uspect avec un fragment de tissu cancéreux. Le sac plonge dans une olution à 2 0 /O de fluorure de sodium : le tout est maintenu six heures à 22°. Dans le cas seulement où le sérum est cancéreux, le dialyseur aisse passer des peptones dont la recherche est faite dans le dialysat, par a réaction du biuret ou mieux par l’épreuve de la nihydrine : la réaction îst positive s’il s’agit d’un cancer (précipité) ; elle est négative dans le ;as contraire.
Les résultats obtenus par Erpicum sont très intéressants. Erpicum i employé cette réaction 42 fois (un cas est à éliminer pour faute de techlique) ; dans tous les autres cas, les résultats furent les suivants :
Dans tous les cas de cancer ou de sarcome, la réaction fut toujours positive ;
Dans tous les cas de tumeurs malignes, la réaction fut toujours négative.
Quatre fois la réaction rectifia un diagnostic erroné ; onze fois elle assit in diagnostic hésitant.
Les recherches d’Epstein confirment les résultats d’ Erpicum :
37 sérums cancéreux ont fourni 36 réactions positives ;
47 sérums non cancéreux ont fourni 46 réactions négatives.
L’application de la méthode d’Abderhalden au diagnostic du cancer îe date que de quelques mois ; il est donc trop tôt pour la juger ; il faut ittendre que des recherches plus nombreuses confirment ou infirment es beaux résultats d’Erpicum et de Epstein. Pourtant, la réaction d’Abierhalden semble devoir prendre rang parmi les meilleures méthodes de iiagnostic biologique du cancer, en attendant une réaction spécifique.
/) Réaction méiosiagmique.
Pour un volume donné d’un liquide donné, le nombre de gouttes qui répond à ce volume varie avec la tension superficielle de ce liquide. Ce nombre est constant si la tension superficielle du liquide reste constante ; il augmente quand la tension superficielle s’abaisse ; il diminue quand elle s’élève.
Les anticorps produits par les réactions de l’organisme aux infections et aux intoxications, semblent, par leur présence dans le sang, abaisser la tension superficielle du sérum. Ces idées conduisirent Ascoli et Izar à rechercher dans les variations de la tension superficielle traduisant des réactions d’immunisation, un moyen possible de diagnostic : le diagnostic meiostagmique (y.££oç, plus petit ; a ra/ao;, goutte). Entre autres ma-
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ladies, ils choisirent le cancer, et, à l’aide du stalagmomètre deTraubi ils firent les essais suivants :
Un premier tube u, est préparé avec le sérum suspect et son antigèn supposé (extrait alcoolo-éthéré repris dans l’eau salée (1).
Un deuxième tube, b, contient le sérum suspect seul.
Un troisième tube c, contient du sérum normal avec l’antigène supposé! Un quatrième tube, d , contient le sérum suspect avec un autre antil
gene.
Les quatre tube‘s sont portés à l’étuve, à 52°, pendant une heure. Ail bout de ce temps, lorsque la réaction meiostagmique est positive, le lil quide du tube «, pour un même volume, donne quelques gouttes de plu! que les liquides des tubes à, c, cl.
A l’exception des faits un peu discordants de Verson, presque tous lel auteurs s’accordent à reconnaître à la réaction meiostagmique une réell valeur diagnostique (Ascoli et Izar, Weinberg, d’Este, Michelli et Gattoj retti, de Agostini, Ugo Mello, Stammler, Kelling, Ranzi). Dans 90 à 9i| 0 /O des cas de cancer elle est positive ; dans presque 0 0/0 des cas noi cancéreux elle est négative. Il s’agit donc d’une réaction précieuse donl il faut tenir compte pour établir dans les cas douteux, le diagnostic cl cancer. Malheureusement elle offre des difficultés, spécialement dans h| préparation et la conservation de l’ antigène. En substituant le procéd d’extraction par l’alcool méthylique, d’Ascoli et Izar, au procédé d’exj traction primitif (alcool, éther) on obtiendra peut-être un antigène plu actif et plus stable, ce qui donnerait à la méthode, déjà utile, une commo| dité plus grande d’exécution, et une rigueur plus certaine.
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g) Anticorps anaphylactiques.
L’état anaphylactique est transmis passivement par injection, à uil
animal neuf, du sérum d’un sujet antérieurement anaphylactisé, et l’étaj de choc anaphylactique peut être obtenu ensuite par injection de la subs| tance anaphylactisante. Si, par exemple, on injecte à un cobaye 4 cc d< sérum d’un malade atteint de cancer de la langue, puis deux jours plu;| tard, 4 cc. de suc de cancer du sein, on obtient les phénomènes de cho<| anaphylactique (spécialement la chûte brusque de la température).
Pfeiffer et Finsterer, partant de cette idée théorique que les cancéreux! sont sans doute anaphylactisés contre leur propre tumeur, crurent pouvoir mettre en évidence l’existence d’un cancer en produisant avec h|
(1) On prépare l’antigène avec du cancer humain ; la dilution dans l’eau salée esl| au dix-millième.
sérum suspect l’état d’anaphylaxie passive. On obtient bien, en effet, en procédant ainsi, l’abaissement caractéristique de température, mais de nombreux travaux (Ranzi, Weinberg, Mello, Kelling, Donati, Isaia, Maragliano, Livierato) ont démontré que le sérum de nombreux malades non cancéreux ainsi que les sérums normaux détermineraient très souvent les mêmes phénomènes. L’anti-corps anaphylactisant n’est pas spécifique, et la méthode n’a pas de valeur diagnostique.
h) Pouvoir catalytique.
Un mélange de sang normal et d’eau oxygénée dégage un certain volume d’oxygène qu’on peut doser. Le sang de certains malades, mélangé à l’eau oxygénée, ne dégage par contre qu’un volume d’oxygène beaucoup moindre. Cet abaissement du pouvoir catalytique a été constaté par A. Robin et N. Fiessinger, pour le sang des tuberculeux et des cancéreux notamment. On n’est du reste pas fixé sur la nature du pouvoir catalytique, ni sur sa signification ; on sait seulement qu’il n’est pas en rapport étroit avec la richesse globulaire. Par exemple, une anémie globulaire très modérée chez un cancéreux peut coexister avec un abaissement considérable du pouvoir catalytique.
Cette méthode est incertaine, puisque tuberculeux et cancéreux réagissent également à son emploi ; en outre, de l’aveu même de ses promoteurs, elle est d’exécution et d’interprétation difficiles : elle ne semble
donc pas être appelée à entrer dans la pratique.
Intradermo-réaction
Contrairement à ce que, entre les mains de Mantoux, ce procédé avait donné pour le diagnostic de la tuberculose, il n’a pas été employé avec succès dans le diagnostic du cancer.
Claret et Gy ont utilisé un extrait de cancer dans l’eau salée ; Achard et Flandin un extrait glycériné. Les résultats furent discordants. Tantôt pas de réaction dermique chez les cancéreux et les non cancéreux ; tantôt réaction chez les deux groupes de malades : au total, aucune indication valable : La nécessité de centrifuger, filtrer à la bougie les extraits employés, altère sans doute la toxine cancéreuse fragile, et ne permet pas d’en attendre, au moins avec la technique actuelle, une indication diagnostique utile.*
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