‹ Le diagnostic du cancer par les méthodes biologiquesChapitre 9 sur 11 · MÉTHODES PARTICULIERES A CERTAINS CANCERS · texte numérisé non relu

MÉTHODES PARTICULIERES A CERTAINS CANCERS

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Diagnostic biologique extemporané du cancer : la biopsie

Applicable au diagnostic des cancers superficiels et de quelques cancers profonds (foie, utérus, etc.), la biopsie offre de tels avantages par la certitude des renseignements qu’elle fournit, qu’il y a intérêt à y recourir plus fréquemment qu’on ne le fait. Car on ne peut rien objecter contre elle, puisqu’en plus de ses précisions finales elle est d’exécution facile et d’indication rapide, au besoin.

Pour qu’elle soit utilisable il convient qu’elle soit faite aux dépens des tissus suspects et non aux dépens de la graisse, du tissu conjonctif, comme il arrive parfois. Il faut aussi que le fragment prélevé soit suffisamment volumineux et reconnaissable (on soumet trop souvent aux histologistes quelques débris informes, microscopiques et malaxés sans ménagements). Néanmoins la biopsie peut être réduite à un prélèvement minime si les nécessités y contraignent ; tel est le cas de la ponction biopsique du foie suspect de tumeur solide, à l’aide de la longue aiguille de Tuffier-Mauté.

Les tissus prélevés fournissent des indications diagnostiques de grande valeur, tant par les constatations histologiques que par la recherche du glycogène (qu’on y met en évidence par les réactifs iodés). Ces indications peuvent en outre être fournies dans un délai très court, en deux ou trois heures avec les méthodes d’inclusion rapide, en beaucoup moins de temps si on procède par congélation. En sorte que le prélèvement biopsique, son examen rapide, et l’exérèse chirurgicale qui peut en résulter sont réalisables sans délai. Dans les cas d’extrême urgence, on peut se contenter de la congélation après avoir laissé néanmoins le fragment à couper pendant un quart d’heure dans le formol à 4 0 /O. Les méthodes d’inclusion rapide, un peu plus lentes, donnent des résultats plus complets, spécialement le procédé de Henke et Zeller (acétone-paraffine).

Il n’est pas inutile de répéter que la biopsie est le meilleur moyen de diagnostic du cancer que nous puissions utiliser.

Diagnostic biologique des épanchements cancéreux

a) Examen cytologique.

Il est surtout

pratiqué pour la détermination de la nature des épan-

Ichements pleuraux. On peut trouver dans ces épanchements de grandes Icellules d’aspect épithélioïde, perforées d’une vacuole centrale qui leur

■ donne l’aspect d’une bague. Refoulé à la périphérie par la vacuole, le Iprotoplasma forme une zone annulaire mince, présentant souvent la

■ réaction glycogénique. Le noyau, aplati, étiré dans le protoplasma péri- Ivacuolaire, est volumineux, irrégulier et présente souvent des figures Ide caryokinèse.

On a considéré la présence de ces cellules comme caractéristique de lia nature cancéreuse de l’épanchement ; mais Dufour a établi les réser- Ives qu’il convient de faire à ce sujet ; souvent les cellules vacuolaires ne

■ sont que des cellules endothéliales altérées, banales, sans signification

■ diagnostique. Néanmoins leur fréquence particulière dans les pleurésies \non cancéreuses des cancéreux peut aider au diagnostic du cancer. Bien [entendu leur absence dans le liquide d’épanchement ne permet pas d’ex- [clure la possibilité d’une tumeur maligne.

b) Examen toxicologique.

I Parmi les épanchements chroniques, les épanchements cancéreux [(pleurétiques, ascétiques, kystiques) contrairement aux épanchements [tuberculeux, ont une toxicité considérable. Cette particularité a conduit Mme Girard-Mangin à chercher dans l’évaluation de la toxicité d’un épanchement donné, le diagnostic de sa nature.

Sitôt la ponction faite, le liquide est centrifugé puis injecté dans la veine marginale d’un lapin. Il faut aller vite,, la toxicité des épanchei ments cancéreux diminuant très rapidement in vitro.

La grande toxicité des épanchements cancéreux n’est approchée que | par celle des pleurésies aiguës, mais le diagnostic n’est généralement pas 'hésitant entre celle-ci et le cancer. C’est surtout entre les pleurésies tuberculeuses et les pleurésies cancéreuses, à allure chronique, que l’hésitation est fréquente. Or la toxicité des épanchements pleurétiques tuberculeux est insignifiante : 50 cc. de liquide pleurétique tuberculeux ne suffisent pas à intoxiquer un kilogramme de lapin, tandis que 15 cc. au maximum de liquide pleurétique cancéreux, injecté dans une veine, tuent le même poids d’animal.

Si on se tient au dessous des doses mortelles, l’animal survit définitivement à l’injection de liquide de pleurésie aiguë, ou chronique (tuberculeuse) mais finit par succomber à l’injection de liquide de pleurésie chronique cancéreuse au bout de quelques semaines.

Les épanchements ascitiques se comportent exactement comme les épanchements pleurétiques au point de vue toxicologique.

REVUE MEDICO-THERAPEUTIOUE

« L’examen toxicologique des épanchements libres et des liquides en- « kystés est un moyen pratique d’aider à un diagnostic hésitant. La toxi- « cité renseigne mieux que la structure histologique de la tumeur sur l’évo- I « lution clinique et par conséquent sur le pronostic » (Mme Girard-Man- | gin).

Diagnostic biologique du cancer de l’estomac

Il ne sera pas question des procédés purement chimiques anciens ou récents (glycyltryptophane). Nous n’envisagerons que les procédés biologiques particuliers au diagnostic du cancer de l’estomac.

a) Recherche des hémolysines du sac gastrique.

Grâfe et Rôhmer, après lavage de l’estomac et repas d’Ewald, recueillent le contenu gastrique, le neutralisent, le traitent par l’éther, puis prennent le liquide par l’eau salée et le font agir sur des globules rouges de lapin. Ils obtiennent avec le suc gastrique cancéreux, l’action hémolytique qu’ils attribuent à la présence d’un acide gras qui proviendrait d’ulcérations de la muqueuse stomacale. Ceci montre déjà que la réaction n’est pas spécifique, puisque la présence d’une ulcération banale, comme la présence d’une ulcération néoplasique se traduit par le même résultat. En plus, elle est infidèle ; dans le suc gastrique peuvent se trouver d’autres substances hémolytiques provenant du duodénum, du pancréas, dénuées de toute spécificité et impossibles à distinguer de la première. Aussi la réaction est-elle positive chez des hommes sains; comme chez des cancéreux ; et même, cancéreux et hommes sains peu-j vent réagir négativement. Les recherches de Fabian et Frankel, celles de Livierato, ne laissent aucun doute sur la faible valeur de cette réaction.

b) Déviation du complément.

Livierato a recherché dans le suc gastrique la présence d’anticorpsl cancéreux. Il partait d’un antigène obtenu par trituration dans l’eau salée d’un épithélioma du sein ou d’un sarcome de la peau ; le suc gastrique était filtré, neutralisé, inactivé. Par ce procédé, Livierato a obtenu] G résultats positifs sur 7 cas de cancers gastriques ; 6 expériences de contrôle ont été négatives.

Ces recherches, qui datent de 1905, n’ont pas eu d’écho.

c) Cancro-précipiline.

Maragliano immunise des animaux par injection cle suc gastrique de cancéreux. Puis il précipite leur sérum successivement avec du sérum humain normal, avec de l’extrait de paroi gastrique, avec de l’extrait de cellules épithéliales gastriques de l’animal. Il espère ainsi être débarrassé de toutes les substances non spécifiques, et n’avoir conservé que les substances précipitables, par le seul suc gastrique cancéreux. Cette précipitine spécifique aurait été constatée à nouveau par Barne ; mais Serafidi et Diez n’ont pas retrouvé les mêmes résultats. Cette réaction reste donc douteuse et la complexité de son exécution en rend peu probable l’emploi courant.

d) Anaphylaxie.

Liviérato sensibilise des cobayes par injection d’extrait aqueux de cancer, puis il leur injecte, sous la dure-mère, du suc gastrique de sujets sains (a), de malades non cancéreux ( b ), de cancéreux de l’estomac (c), de cancéreux de divers organes, estomac excepté (cl). Alors que l’injection de un demi-centimètre cube de suc gastrique a, b et même d ne produit aucun symptôme, l’injection de la même dose du suc c détermine des symptômes anaphylactiques immédiats (dyspnée, chûte thermique, convulsions et parfois mort).

Ces expériences ont un- réel intérêt, à cause de la simplicité d’exécution de la technique et la netteté des résultats. La méthode est de date encore trop récente pour pouvoir être jugée équitablement.

e) Toxicité du suc gaslrique.

La haute toxicité du suc gastrique des cancéreux a été mise en relief par Liviérato qui a pensé en tirer une méthode de diagnostic du cancer de l’estomac. Il injecte, après trépanation, dans la cavité crânienne, à des cobayes, du -suc gastrique neutralisé de sujets sains, de malades non atteints de cancer gastrique, enfin de cancéreux de l’estomac. Alors que les sucs de sujet sain et de malade non cancéreux n’exercent aucune action toxique, à la dose de un centimètre cube, il suffit du dixième de cette dose pour déterminer avec le suc gastrique des cancéreux, des accidents mortels. Ces expériences ont été reprises par Enriquez et Mathieu - Pierre Weil qui ont constaté, comme Liviérato, la haute toxicité du suc gastrique des cancéreux, mais qui ne lui attribuent pas une valeur spécifique, car ils ont obtenu des phénomènes analogues après injection du suc gastrique d’un sujet atteint de gastrite alcoolique.

REVUE MÉDICO-THÉRAPEUTIQUE

/) Cylo-diagnoslic du cancer de V estomac.

L’examen sur lames, après centrifugation, du liquide retiré de l’estomac lavé à l’eau salée, permet de reconnaître les éléments cellulaires qui caractérisent l’état de la muqueuse gastrique. Dans le cancer spécialement, on trouve des cellules épithéliales plus volumineuses, mieux colorables que dans les gastrites ; beaucoup présentent la réaction du glycogène. Lœper et Binet ont montré le parti qu’un observateur habitué peut tirer de cet examen ; c’est une des plus recommandables pour la détermination du diagnostic du cancer de l’estomac.

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