‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 120 sur 287 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Comment l'on ne peut observer les commandements, si l'on n'observe les conseils. Et comment, dans quelque état que l'àme choisisse, si sa volonté est bonne et sainte, elle est toujours agréable à Dieu.

Je t'ai parlé de ceux qui, avec le glaive à deux tranchants de la haine du vice et de l'amour de la vertu, retranchaient pour l'amour de moi le venin de la propre sensualité, et n'en pouvaient pas moins s'ils le voulaient, mais conformément à la lumière de la raison, conserver, posséder, acquérir For et les biens de la terre. Mais ceux qui voulaient atteindre à une grande perfection les méprisaient, et réellement et spirituellement. Ce sont ceux qui observent réellement le conseil qui leur fut donné et proposé par ma Vérité. Ceux qui possèdent observent les commandements, et ne suivent les conseils qu'en esprit, non en réalité. Mais comme les conseils sont liés aux commandements, personne ne peut observer les commandements, sans observer les conseils, au moins spirituellement. Si Ton possède les richesses du monde, on doit les posséder avec humilité et non avec orgueil, comme une chose prêtée et non comme une chose dont on

IbU MISÉRICORDE AU MONDE

aurait la pleine propriété, ainsi que ma Bonté les met à votre disposition pour votre propre usage. Vous ne les avez qu'autant que je vous les donne, vous ne les conservez qu'autant que je vous les laisse, etjene vous les laisse et je ne vous les donne qu'autant que je le juge utile à votre salut. C'est donc ainsi que vous en devez user.

En en usant de la sorte, l'homme observe les commandements en m'aimant par-dessus toute chose, et le prochain comme lui-même. Il vit, le cœur dépouillé et détaché parle désir, car il n'aime ces biens et ne les garde que suivant ma volonté. S'il les possède matériellement, il n'en observe pas moins le conseil par les dispositions de son cœur, puisque, ainsi que je t'ai dit, il a retranché le venin de l'amour désordonné. Qui agit ainsi demeure dans la charité commune. Mais ceux qui observent les commandements et les conseils non seulement en esprit, mais en réalité, ceux-là sont dans la charité parfaite : ils observent en toute simplicité le conseil que ma Vérité, le Verbe Incarné, formulait au jeune homme qui lui demandait : « Maître, que pourrai-je faire pour obtenir la vie éternelle ? — Observez, hiià\i-\\, les commandements de la loi. — Je les observe, répondit celui-ci. — Bien! lui dit Jésus, si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres^. — Le jeune homme alors devint triste : il avait encore trop d'attache aux richesses, il les possédait avec trop d'amour, de là son chagrin.

Page 1