‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 121 sur 287 · Math., -^^t · texte numérisé non relu

Math., -^^t

Les parfaits, eux, observent le conseil ; ils quittent les biens de ce monde avec tous ses plaisirs, ils affligent leur corps par les veilles, par la pénitence, par la prière humble et continuelle.

Quant aux autres qui sont dans la charité commune, en ne renonçant pas à la possession réelle des richesses, ils ne perdent pas la vie éternelle, puisqu'ils ne sont pas tenus à ce renoncement.

Mais, s'ils veulent posséder les biens temporels, ils doivent faire suivant la manière que je t'ai enseignée. En les conservant, ils ne pèchent pas, puisque toute chose est bonne, excellente, créée par moi qui suis la Bonté souveraine, faite pour le service de mes créatures raisonnables, mais non pourque mes créatures deviennent serves et esclaves des délices du monde. Ceux qui ne désirent pas arriver à la grande perfection, et auxquels il plaît de conserver ces biens, les doivent donc posséder en seigneurs, non en esclaves. C'est à Moi que doit aller leur désir ; tout le reste, ils le doivent aimer non comme chose qui leur appartiendrait en propre, mais comme chose à eux prêtée pour leur service, ainsi que je t'ai dit. Je ne regarde ni aux personnes, ni aux positions qu'elles occupent : je n'ai égard qu'aux saints désirs. Par conséquent, dans tous les états que l'homme choisit, une seule chose importe, c'est que sa volonté soit bonne, sainte, conforme à ma volonté. Mais qui pourra ainsi se maintenir, en quelque état qu'il soit placé? Celui qui aura détruit le venin, par la haine ie la sensualité propre, et par l'amour de la vertu.

Après avoir rejeté ce venin de la volonté désordonnée, et réglé son désir par l'amour saint, par la crainte qu'il a de Moi, Thomme peut choisir et posséder létat qui lui plaît : en tout état, il se conduira de façon à gagner la vie éternelle.

Sans doute il est plus parfait et plus méritoire de renoncer non seulement spirituellement, mais réellement à tous les biens de ce monde. Mais si quelqu'un ne se sent pas le courage d'atteindre à cette perfection, si sa fragilité l'empêche de s'y résoudre, il peut demeurer dans la charité commune, selon son état. Ainsi l'a ordonné ma Bonté, pour que nul ne puisse trouver dans son état une excuse à son péché.

Et en vérité où serait leur excuse, à ces pécheurs ?

Je condescends à leurs passions, à leurs complaisances. Veulent-ils rester dans ce monde, ils peuvent y posséder des richesses, y tenir un rang, vivre dans le mariage, élever des enfants, travaillera leur établissement : ils ont toute liberté d'y choisir l'état qui leur agrée davantage, à la seule condition, il est vrai, de retrancher le venin de la sensualité propre qui donne la mort éternelle.

Et la sensualité est bien véritablement un venin. De même en effet qu'un poison met le corps en souffrance et finalement le tue, s'il ne réussit pas à le vomir ou à prendre quelque remède ; ainsi en est-il de ce scorpion, de l'attachement au monde et aux choses temporelles. Celles-ci, je l'ai déjà dit, sont bonnes en elles-mêmes ; c'est moi la Bonté souveraine, qui les ai faites ; vous pouvez en user

comme il vous plaît, avec le saint amour, avec la crainte véritable. Mais c'est la volonté perverse de l'homme qui sécrète le venin. C'est elle qui empoisonne Tâme et lui donne la mort, si l'âme ne vomit ce poison par une confession sainte qui délivre. le cœur de cette affection. Voilà le remède qui guérit de ce venin, bien qu'il semble amer à la sensualité.

Tu vois donc combien sont le jouet de leurs illusions ! Ils pourraient m'avoir à eux, me posséder, fuir la tristesse, trouver la joie et la consolation, c'est le mal cependant qu'ils choisissent sous couleur de bien, et ils se damnent, en s'attachant à l'or avec un amour désordonné.

Mais l'infidélité les aveugle, et ils ne voient pas le venin; s'ils s'aperçoivent de leur empoisonnement, ils ne prennent pas le remède. C'est la croix du démon que portent ces malheureux, avec un avant-goùt de l'enfer !

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