‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 184 sur 287 · CHAPITRE ili · texte numérisé non relu

CHAPITRE ili

De la troisième et très parfaite lumière et des œuvres accomplies par l'âme quand elle est parvenue à cette lumière. D'une vision que cette âme dévote eut une fois, et dans laquelle fut pleinement expliquée la manière d'atteindre à la parfaite pureté. Comment il ne faut pas juger.

La seconde catégorie des parfaits comprend ceux qui sont dans le troisième *^lat. Une fois éclairés par cette glorieuse lumière, ils prati(|uent la perfection, dans quelque condition qu'ils se trouvent. Tout ce qui leur arrive par ma permission, ils l'accueillent avec respect, comme je te l'ai déjà dit à propos du troisième éiat de Tâme et de TétaL d'union. Ils s'estiment dignes de toutes les afflictions et des scandales du monde, comme aussi d'être privées de toutes consolations personnelles et de tout bien quel qu'il soit. Et camme ils jugent qu'ils méritent toute peine, ils se regardent pareillement comme indignes de la récompense qui est réservée à leur peine.

Ils ont connu dans cette lumière et goûté ma volonté éternelle, qui ne veut rien d'autre que votre bien, et qui ne vous envoie et ne permet la souffrance qu'afm que vous soyez sanctifiés en Moi. Une fois que l'âme a connu ma volonté, elle s'en est revêtue, et elle n'a plus d'attention désor-

mais que pour découvrir les moyens de conserver et d'accroître l'état de perfection où elle est parvenue, pour la gloire et l'honneur de mon nom. Éclairé par la lumière de la foi, le regard de son intelligence demeure grand ouvert, absorbé par la contemplation du Christ crucifié, mon Fils unique; elle s'attache à l'aimer et à suivre sa doctrine qui est la règle, qui est la voie, pour les parfaits aussi bien que pour les imparfaits. Elle voit que le tendre Agneau, ma Vérité, lui donne une doctrine de perfection, et cette vue la remplit damour pour cette doctrine.

Cette perfection, elle la contemple en ce doux Verbe d'amour mon Fils unique, qui s'est nourri à la table du saint désir, dans la recherche de mon honneur à moi. Père éternel, et de votre salut. C'est ce désir qui l'a fait courir avec ardeur à la mort ignominieuse de la croix, pour accomplir le commandement que je lui avais imposé, moi son Père. Il ne s'est dérobé à aucune fatigue, il ne s'est soustrait à aucun opprobre ; il ne s'est laissé arrêter ni par votre ingratitude, ni par votre aveuglement qui refusait de reconnaître le grand bienfait qu'il vous apportait, ni par les persécutions des Juifs, ni par les railleries, ni par les affronts, ni par les murmures et les cris du peuple. Il a traversé tous ces obstacles, en vrai ca{)i Laine, en vrai chevalier, envoyé par moi sur le champ de bataille, pour vous arracher aux mains du démon et vous délivrer du plus triste esclavage que vous puissiez subir.

Après VOUS avoir enseigné la voie, la doctrine, la règle à suivre, pour pouvoir arriver à la porte de la vie éternelle qui est moi-même avec la clef de son précieux Sang, répandu avec un si ardent amour, et tant de haine et de douleur de vos fautes, ne vous semble-t-il pas l'entendre vous dire, ce doux Verbe damour qui est mon Fils : « Voici que je vous ai tracé le chemin et que je vous ai ouvert la porte avec mon Sang. Ne soyez donc plus négligents à me suivre; ne vous attardez plus dans l'amour égoïste de vous-mêmes, dans votre ignorance de la voie, dans votre présomption à vouloir me servir à votre convenance, à votre manière et non à la mienne. »

C'est moi qui vous ai tracé cette voie toute droite, par ma Vérité le Verbe incarné et qui l'ai cimentée de son Sang 1 Debout donc, en avant, et suivez-le î Nul ne peut venir à moi le Père, sinon par Lui. Il est la voie, il est la porte par laquelle il faut passer pour parvenir à moi, l'Océan de paix.

Après que l'âme, pour l'avoir doucement contemplée et connue, est arrivée à goûter cette lumière, elle accourt comme embrasée et toute possédée d'amour à la table du saint désir. Elle n'a plus de pensée pour elle-même, elle ne cherche plus de consolation personnelle, soit spirituelle, soit temporelle; elle estime posséder tout dans cette lumière et dans la connaissance qu'elle lui procure, et sa propre volonté ne lui est plus rien. Dès lors elle ne refuse aucune affliction, de quelque côté qu'elle lui arrive. Environnée de souffrances

et d'opprobres, des attaques du démon et des murmures des hommes, elle se tient à la table de lai très sainte Cl oix, où elle se nourrit de mon honneur à moi, le Dieu éternel, et du salut des âmes. Elle ne recherche aucune récompense, soit de moi, soit des créatures. Elle s'est défait de Tamour mercenaire qui la faisait m'aimer pour son propre avantage, pour se revêtir de la parfaite lumière, et m'aimer purement et uniquement, sans autre pensée que la gloire et l'honneur de mon nom. Elle ne cherche plus dans mon service sa propre satisfaction, ou dans le service du prochain son propre intérêt : elle sert par pur amour.

Ceux qui en sont là se sont perdus eux-mêmes. Ils ont dépouillé le vieil homme, c'est-à-dire la sensualité propre, pour revêtir l'homme nouveau, le doux Christ Jésus, ma Vérité, et le suivre avec courage. Ceux-là s'assoient à la table du saint désir, qui ont déployé plus de zèle à faire mourir leur volonté propre, qu'à réduire et mortifierleur corps.' Sans doute ils ont aussi mortifié le corps, mais ce n'était pas là leur principal souci : ils n'y voyaient qu'un moyen pour les aider à tuer leur propre volonté, comme je te l'ai déjà dit en t' expliquant cette maxime: « Peu de paroles et beaucoup d'actes. »

Ainsi devez- vous faire.

Vos efforts, en effet, doivent tendre principalement à tuer la volonté pour qu'elle ne cherche et ne veuille rien que suivre ma douce Vérité, le Christ crucifié, sans autre fin que l'honneur et la gloire

\demon nom, et le salut des âmes. C'est ce que font tous ceux qui sont éclaii'és de cette douce lumière. Aussi sont-ils toujours en paix, toujours en repos. Rien ne les scandalise, parce qu'ils ont écarté la seule chose qui donne prise au scandale, la volonté propre. Toutes les persécutions que le monde et le démon peuvent susciter contre eux passent désormais sous leurs pieds. Ils peuvent demeurer dans les grandes eaux de la tribulation et des tentations sans en éprouver aucun dommage, fermement attachés qu'ils sont à la branche de Tardent désir. Tout est, à l'âme ainsi éclairée, sujet de joie! Elle ne se constitue pas juge de mes serviteurs nid'aucune créature raisonnable ; quel que soit l'état dans lequel elle les voie, ou la manière dont ils me servent, elle s'en réjouit : « Grâces vous soient rendues, dit-elle, à vous, Père éternel, de ce qu'il est plusieurs demeures en votre maison < ». Elle a plus de joie, de voir mes serviteurs suivre ainsi des chemins dillérents, que si elle les voyait tous dans la même voie, parce que cette diversité manifeste davantage ma Bonté. Ainsi, de toute chose elle tire une joie; de chacune elle extrait comme un parfum de rose. Et quand je dis toute chose, je n'entends pas parler seulement dece qui est bien, mais encore de ce qu'elle sait être évidemment un péché. Même alors, cilene se fait pas juge: ce qu'elle retire du péché, c'est une vraie et sainte compassion qui la fait me prier pour le pécheur, c'est une parfaite

Page 1