Jean, xiv
humilité qui l'amène à dire : « Aujourd'hui c'est toi que le mal a touché ! Demain ce sera moi, si la grâce divine n'est pas là pour me préserver ! »
O très chère fille, attache-toi avec amour à ce doux état de perfection ! Regarde comme ils courent, ceux qui st)nt éclairés par cette glorieuse lumière ! En eux quelle excellence ! comme leur âme est sainte ! Comme ils mangent à la table du saint désir ! Comme ils sont avides de cet aliment des âmes pour mon honneur à Moi, Père éternel ! Comme, à ce banquet, ils sont revêtus de la robe du doux Agneau, mon Fils unique, tout illuminés qu'ils sont de sa doctrine et embrasés de sa charité!
Ceux-là ne perdent pas leur temps à porter de faux jugements sur mes serviteurs ou sur les serviteurs du monde ! Ils ne se scandalisent d'aucun murmure contre eux-mêmes ou contre d'autres. Pour ce qui est d'eux, ils sont heureux de souffrir pour mon nom, et, pour ce qui est de l'injure faite à autrui, ils en prennent occasion de compassion pour le prochain, sans une plainte contre celui qui la fait ou contre celui qui la reçoit. C'est que leur amour est ordonné en Moi, le Dieu éternel, et ne s'en écarte jamais.
Parce que leur amour est ainsi réglé, ma très chère fille, jamais ils ne se scandalisent de ceux qu'ils aiment, ni d'aucune autre créature douée de raison. Leur propre jugement ne vitplus, il est mort : aussi ne s'arrêtent-ils point à juger la volonté des hommes, il leur suffit de voir partout la volonté de ma Clémence. Ils observent, ceux-là, la doctrine
que tu sais, celle qui te fut donnée, au commencement de ta vie, par ma Vérité, lorsque tu lui demandais, avec un grand désir, la pureté parfaite et les moyens dV parvenir. Tu sais ce qu'il te fut alors répondu. Tu t'étais endormie sur ce saint désir, quand non seulement dans ton esprit, mais à ton oreille une voix retentit qui, s'il t'en souvient, te rappela au sentiment de ton corps.
« Veux-tu parvenir àia pureté parfaite, disait ma Vérité, être délivrée de tout scandale, et que rien ne soit plus pour ton esprit une occasion de faute? Sois-moi toujours unie par affection damour : car je suis la souveraine et éternelle Pureté, je suis le Feu, qui fait l'âme pure. Et donc, plus elle s'approche de Moi, plus elle devient pure; plus elle s'en éloigne, plus elle est souillée. C'est parce qu'ils sont séparés de moi, que les mondains tombent en tant de crimes. Mais l'âme qui, sans intermédiaire, s'unit à moi, participe à ma Pureté.
« Il est une chose qu'il faut faire, pour arriver à cette union, à cette pureté: c'est de t'abstenir de juger la volonté de l'homme en quoique ce soit que tu voies faire ou dire, et par n'importe quelle créature, soit contre toi, soit contre autrui. C'est ma volonté, et uniquement ma volonté, qu'il faut voir, en eux et en toi. Si tu es en présence d'une faute ou d'un péché évident, sache extraire de .'épine la rose, en les offrant devant Moi, par une jainte compassion. Dans les injures qui te sont aites, juge que c'est ma volonté qui les permet Dour éprouver la vertu en toi et dans mes autres
serviteurs. Estime que celui qui te les inflige n'est qu'un instrument de mon choix, et que souvent ses intentions seront bonnes : car il n'est au pouvoir de personne de juger les secrets du cœur de l'homme.
« Ce qui ne t'apparaît pas comme un péché mortel manifeste, tu ne dois pas le juger dans ton esprit. Là encore, tu ne dois considérer que ma volonté vis-à-vis de ceux qui agissent ainsi, et ne pas en prendre occasion de jugement, mais de sainte compassion, comme je t'ai dit. De cette manière tu arriveras à la pureté parfaite, parce que ton esprit ne sera jamais scandalisé, ni à mon sujet ni au sujet du prochain, comme lorsque vous tombez dans le mépris du prochain, quand vous jugez sa mauvaise volonté à votre égard, au lieu de considérer ma volonté en lui. Ce mépris, ce scandale, éloigne l'âme de moi et l'empêche d'atteindre à la perfection. A quelques-uns il fait perdre la grâce, plus ou moins, suivant la gravité de l'indignation et de la haine que leur propre jugement leur a fait concevoir contre leur prochain.
« 11 en va tout autrement pour l'âme qui voit en toute chose ma volonté, cette volonté qui ne veut rien d'autre que votre bien, et qui dans tout ce qu'elle permet, dans tout ce qu'elle vous donne, n'a d'autre dessein que de vous conduire à la fin pour laquelle je vous ai créés. En se gardant ainsi sans cesse dans l'amour du prochain, l'âme demeure aussi toujours dans mon amour, et, de-
meurant dans mon amour, elle conserve l'union qu'elle a avec moi.
« Voilà pourquoi, si tu veux parvenir àia pureté que tu me demandes, il est absolument nécessaire d'observer ces trois règles principales, à savoir : t'unir à Moi par affection d'amour, en ayant présents à ta mémoire les bienfaits que tu as reçus de Moi ; contempler par le regard de l'intelligence l'amour de ma Charité, qui vous aime ineffablement; enfin, dans la volonté de Tbomme, considérer non pas sa malice, mais ma volonté à moi. Le juge, ici, ce n'est pas vous, c'est Moi !
« Parce moyen, tu parviendras à la perfection. »
Telle fut, s'il t'en souvient, la doctrine que t'enseigna ma Vérité.
Maintenant, ma très chère fille, je dis que ceux qui pratiquent cette doctrine ont, dès cette vie, un avant-goût de la vie éternelle. Si tu la conserves dans ton esprit, tu ne te laisseras pas prendre aux pièges du démon, car tu les sauras reconnaître aux signes que tu m'as demandés! Néanmoins, pour satisfaire à ton désir, je te dirai plus nettement que vous ne devez pas juger, par manière de sentence, mais sous forme de sainte compassion.