CHAPITRE X
De l'excellence des vertus, et des œuvres saintes des ministres vertueux et saints. Comment ils ont la propriété du soleil, et comment ils corrigent ceux qui leur sont soumis.
Pour procurer à ton âme un peu de consolation et adoucir la douleur que tu éprouves. des ténèbres de ces malheureux pécheurs, je vais te parler maintenant de la vie samie de mes ministres, qui ont, je te Fai dit, les qualités du soleil. Le parfum de leur vertu corrige Tinfection du péché, et leur lumière éclaire les ténèbres du vice. Aussi bien, par cette lumière, pourras-tu mieux comprendre les ténèbres et les fautes de mes mauvais ministres.
Ouvre donc Tœil de ton intelligence et fixe-le en Moi, le Soleil de justice ! Tu y verras que mes glorieux mmistres qui ont administré le Soleil, ont pris, dans ce service, la condition du soleil. Ce que je t'ai exposé de Pierre, le Prince des apôtres, qui reçut les clefs du royaume des cieux, je le dis pareillement des autres, qui,- dans ce jardin de la sainte Église, ont distribué la lumière, le corps et le sang de mon Fils unique, — Soleil toujours uni à Moi et jamais séparé de Moi, comme il a été dit — avec tous les sacrements de la sainte Eglise, qui
n'ont de valeur et ne donnent la vie qu'en vertu du Sang.
Tous, à des degrés divers, et chacun selon son état, ont pouvoir de Moi de distribuer la grâce de TEsprit-Saint.
Et par quel moyen répandent-ils la grâce? Par la lumière de la grâce qu'ils ont tirée de la vraie Lumière.
Cette lumière est-elle seule? Non : la lumière de la grâce ne peut être seule ni être divisée, on l'a tout entière ou on ne Ta pas du tout.
Celui qui est en péché mortel est privé de la lumière de la grâce, et qui a la grâce possède dans son intelligence la lumière qu'il faut pour me connaître Moi qui lui ai donné la grâce et la vertu qui conserve la grâce. Par cette lumière, il connaît également le. misère du péché et la cause du péché, qui est l'amour-propre sensitif . Aussi est-il pris de haine pour cet égoïste amour, et par cette haine il reçoit dans sa volonté la chaleur de la divine Charité, car la volonté accompagne Tintelligence. Il reçoit la couleur de cette glorieuse lumière, en suivant la doctrine de ma douce Vérité, qui remplit sa mémoire du souvenir des bienfaits du sang.
Tu le vois, Ton ne peut recevoir la lumière sans bénéficier en même temps de la chaleur et de la couleur, parce qu'elles sont unies ensemble et ne font qu'une même chose. Pareillement, je te l'ai expliqué, l'âme ne peut diriger vers moi le vrai Soleil, une de ses puissances, sans que, du même
coup, toutes les trois se trouvent réunies et assemblées en mon nom. Quand Toeil de Tintelligence, éciairé de la lumière de la Foi, s'élève au-dessus des visions sensibles, pour regarder en Moi, il entraîne après lui la volonté qui apporte son amour à ce que Tintelligence voit et contemple, et la mémoire se remplit toute de Tobjet aimé. Dès que les puissances sont ainsi disposées, l'âme me participe Moi le Soleil. Je Tillumine de ma Puissance, de la Sagesse de mon Fils unique, et je l'embrasse de la Clémence du Saint-Esprit.
Dès lors, mes serviteurs ont revêtu la condition du Soleil, leurs puissances sont toutes remplies de moi le vrai Soleil, et ils font fonction de soleil.
Le soleil échauffe, il éciaire,et sa chaleur féconde la terre. Et que font donc mes chers ministres?
Élus par moi. Oints par moi, placés par moi dans le corps mystique de la sainte Église pour la dispensation du Soleil qui est Moi-Même, pour distribuer le corps et le sang de mon Fils unique avec les autres sacrements qui contiennent la vie par la vertu du Sang, ils les administrent extérieurement, et ils les administrent spirituellement. Je veux dire qu'ils répandent dans le corps mystique de la Sainte Église la lumière qui est en eux : lumière de science surnaturelle, jointe à la couleur d'une vie honnête et sainte, conforme à la doctrine de ma Vérité, et rayonnent la chaleur de la plus ardente charité. La chaleur de leur charité met en fermentation les âmes stériles ; leur science les éclaire de sa lumière; et l'exemple de leur vie
réglée et sainte achève de dissiper les ténèbres des nombreux péchés mortels et de toutes les infidélités! Ils ramènent à ma discipline ceux qui, en dehors de toute loi, vivaient dans la nuit du péché et dans le froid de la mort par la privation de la grâce. N'est-il donc pas vrai qu'ils sont des soleils, puisqu'ils ont la propriété du soleil, de par moi le vrai Soleil, après que, par sentiment d'amour, ils sont devenus une même chose avec moi, et moi avec eux, comme je te l'ai exposé en un autre endroit I
Tous, et chacun selon la fonction pour laquelle je l'ai élu, ont répandu dans l'Église la lumière. Pierre par la prédication, par la doctrine, et enfin par le sang; Grégoire, par la science, par la sainte Écriture, par le miroir de sa vie; Silvestre, par la lutte contre les infidèles, principalement par la discussion, par les preuves qu'il a données de la très sainte Foi, tant en actes qu'en paroles, par la vertu qu'il avait reçue de moi.
Que si tu regardes Augustin, le glorieux Thomas, Jérôme, et tant d'autres, tu verras quels torrents de lumière ils ont versé sur cette Épouse, en extirpant les erreurs : vrais flambeaux posés sur le chandelier, et pourtant si vraiment, si parfaitement humbles ! Tout allâmes de mon honneur et du salut des âmes, ils mangeaient cette nourriture avec délices, à la table de la très sainte Croix.
Et les martyrs, avec leur sangî Le parfum de ce sang montait jusqu'à Moi I Par le parfum de leur sang et de leur vertu, joint à la lumière de la
science, ils faisaient fructifier l'Épouse, ils dilataient la foi ; ceux qui étaient dans les ténèbres accouraient à la lumière qui rayonnait d'eux
Et les prélats institués dans l'état de la prelature par mon Christ de la terre! Comme par la sainteté et rhonnêteté de leur vie, ils m'offraient le sacrifice de justice I Cette perle précieuse de la justice, enchâssée dans urie véritable humilité et une très ardente charité, comme elle brillait en eux et dans ceux qui leur étaient soumis, à la lumière du sens chrétien !
En eux surtout, qu'elle était éclatante cette justice ! Comme ils me rendaient bien ce qui m'est dû ! Comme ils entouraient mon nom d'honneur et de gloire! Pour eux, ils n'avaient que haine, que mépris pour leur propre sensualité. Le vice, ils l'avaient en horreur, et ils s'attachaient à la vertu de toute l'ardeur de leur charité pour Moi et pour leur prochain. Leur humilité foulait aux pieds l'orgueil. C'est comme des anges qu'ils montaient à la table de l'autel, la pureté dans le cœur, sans souillure dans leur corps, et, dans la pleine sincérité de leur âme, ils célébraient le sacrifice, tout embrasés du feu de la charité.
Parce qu'ils avaient tout d'abord établi la justice en eux-mêmes et dans leur vie, ils la faisaient aussi régner dans ceux qui leur étaient soumis. Ils voulaient les voir vivre saintement et les corrigeaient sans crainte servile, parce qu'ils s'oubliaient euxmêmes pour ne penser qu'à mon honneur et au salut des âmes. 0 les bons pasteurs ! Comme ils
suivaient vraiment le bon Pasteur, ma Vérité, que je vous ai donnée pour vous conduire, mes chères brebis, en lui imposant de donner sa vie pour vous I Ils ont bien suivi ses traces, ils ont bien corrigé à temps, ils n'ont pas laissé lés membres se corrompre, faute de soins ; ils ont mis leur charité, non seulement à les redresser avec 1 onction de la douce bonté, mais aussi à porter le feu dans la plaie, quand c'était nécessaire, par la réprimande, par la pénitence plus ou moins sévère, suivant la gravité de la faute. Et dans cet office de droiture et de vérité, jamais ils ne se laissèrent arrêter par la crainte de la mort.
Ils étaient, ceux-là, de vrais jardiniers ! C'est avec zèle, avec une sainte crainte, qu'ils arrachaient les épines des péchés mortels, pour planter à leur place les fleurs parfumées des vertus. Aussi leurs sujets vivaient-ils dans une sainte crainte, et s'élevaient comme des fleurs odoriférantes dans le jardin de la sainte Église, parce qu'ils les corrigeaient sans la crainte servile qu'ils ne connaissaient pas. Exempts eux-mêmes de péché, ils étaient tout zèle pour la sainte justice, reprenant humblement, mais sans peur aucune. En eux brillait vraiment cette pierre précieuse; l'éclat quelle répandait, versait la paix avec la lumière dans les âmes de mes créatures, et les maintenait dans la sainte crainte et dans l'union des cœurs. Sii y a tant d'obscurité dans le monde, sache-le bien, tant de division entre séculiers et religieux, entre clercs et prélats de la sainte Église, l'unique raison en est, que la lumière de la justice
s'est éteinte, et que dès lors les ténèbres de Finjustice ont enveloppé la terre.
Quelque situation que Ton occupe dans la loi civile ou dans la loi divine, on ne peut s'y maintenir en état de grâce, sans la sainte justice. Celui qui n'est pas corrigé ou ne corrige pas, est comme un membre qui commence à pourrir, et sur lequel le mauvais médecin se contente d'appliquer un emplâtre, sans cautériser la plaie : le corps tout entier ne tarde pas à être empoisonné età se corrompre. Il en est ainsi des prélats et des autres supérieurs, qui voient leur sujet infecté de cette plaie purulente du péché mortel ; s'ils se contentent d'employer l'onguentdelaflatteriesansrecouriràlaréprimande, ils ne guériront jamais le membre malade; la contagion gagnera les autres membres, unis au premier dans un même corps, sous un même Pasteur.
S'ils étaient, au contraire, de vrais et bons médecins des âmes, comme l'étaient ces glorieux pasteurs, ils n'emploieraient l'onguent, qu'après avoir cautérisé la plaie, parle feu de la réprimande. Si ce sujet s'obstinait dans le vice, ils le retrancheraient de la Congrégation, pour qu'il ne contaminât pas les autres, par l'infection du péché mortel. Aujourd'hui, ils se gardent bien d'en agir ainsi ! Ils font plutôt semblant de ne rien voir.
Sais-tu pourquoi? La racine de l'amour-propre vit en eux et produit ce mauvais rejeton de la crainte servile! Ils ont peur de perdre leur position, ou de se priver de quelques ressources temporelles,
OU de se voir enlever leur prelature ! — Et ils se taisent.
0 les aveugles, qui ne savent pas comment Ton se maintient dans son état 1 Ils ne voient pas que la grande force de conservation, c'est la sainte justice ! Comme ils s'emploieraient à la faire observer s'ils le savaient comprendre! Mais ils semblent bien l'ignorer, privés qu'ils sont de la lumière.
C'est par l'injustice qu'ils croient se conserver, en ne reprenant pas les manquements de leurs sujets. Mais aussi, c'est leur propre passion sensitive qui les abuse, c'est l'ambition du pouvoir, c'est le désir de la Prelature; et c'est encore qu'ils sentent en eux les mêmes vices, ou de plus grands encore. Comment, dès lors, les reprendre dans les autres? La conscience de leur propre faute leur ôte le courage et la fermeté qui leur seraient nécessaires : elle les livre à la crainte servile, et ils font semblant de ne pas voir. Ne peuvent-ils fermer les yeux, ils se laissent encore arrêter, dans le devoir de la réprimande, par les paroles flatteuses, par les nombreux présents. Dès lors, ils trouvent d'euxmêmes mille excuses pour ne pas sévir. Ils n'ont fait pourtant que réaliser la parole de ma Vérité : Ce sont des aveugles conduisant des aveugles. Quand un aveugle en conduit un autre, c'est tous les deux à la fois quils tombent dans le fossé ^ .
Certes, ce n'est pas ainsi que faisaient, — et que font encore aujourd'hui, s'il en reste quelques-