‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 208 sur 287 · Math.. XV · texte numérisé non relu

Math.. XV

uns, — mes chers ministres, dont je t'ai dit, qu'ils avaient les propriétés et la condition du soleil. Et vraiment, ils sont des soleils ! En eux, nulles ténèbres de péchés, en eux pas d'ignorance; car ils suivent la doctrine de ma Vérité. En eux point de tiédeur, car ils sont embrasés du feu de ma charité. Grandeurs, situations, plaisirs du monde, tout ne leur est rien ; aussi n^ont-ils pas peur de corriger le vice, Qui n'a pas l'ambition de la puissance ou de la prelature, ne craint point de les perdre et reprend avec vigueur. Celui dont la conscience est sans reproche, n'a peur de rien.

Aussi n'était-elle point obscurcie dans mes oints, dans mes christs, cette perle précieuse de la Justice ! Elle y brillait au contraire avec éclat. Ils embrassaient la pauvreté volontaire ; ils cherchaient rabaissement avec une humilité profonde, sans souci des railleries, des affronts, des calomnies, des injures, des opprobres, des peines et des tourments des hommes. Blasphémait-on contre eux, ils bénissaient et acceptaient tout avec une véritable patience, comme des anges de la terre, et plus que des anges, — non par nature, mais par fonction par le don surnaturel qui leur avait été fait, de distribuer le corps et le sang de mon Fils unique.

Et, en vérité, ils sont des anges. L'ange que j'ai proposé à votre garde, vous communique les bonnes et saintes inspirations. Eh bien ! mes ministres, eux aussi, étaient des anges. C'est ma Bonté qui leur avait confié votre garde. Sans cesse, ils avaient l'œil sur les âmes qui leur étaient sou-

mises, pour leur inspirer, en gardiens fidèles, de bonnes et saintes pensées ; sans cesse, ils m'offraient pour elles, en leurs oraisons continuelles, les doux désirs de leur charité; sans cesse, ils les soutenaient par l'enseignement de la parole, ou par l'exemple de leur vie.

Ils sont donc bien, tu le vois, des anges, messagers de ma Charité, préposés à votre garde, vrais luminaires dans le corps mystique de la sainte Église, guides sûrs, capables de vous conduire, vous les aveugle.-., dans la voie de la Vérité, par les bonnes pensées qu'ils vous inspirent, par leurs prières, par l'exemple de leur vie, par renseignement, ainsi qu'il a été dit.

Avec quelle humilité ils gouvernaient et conservaient ceux dont ils avaient la charge ! En eux quelle espérance et quelle foi vivante 1 Ils n'auraient pas craint de voir les biens temporels manquer pour eux et leur troupeau I Aussi, avec quelle largesse, distribuaient-ils aux pauvres les richesses de la sainte Éghse ! Avec quelle rigueur ils observaient Tobligation de faire trois parts du temporel, pour leurs besoins, pour les pauvres et pour l'Église ! Ils n'avaient point à prendre de dispositions testamentaires : ils ne laissaient point de fortune après leur mort. Quelques-uns même avaient pour les pauvres endetté l'Église. Si large était leur charité, si ferme leur espérance dans ma divine Providence, que la crainte servile n'avait sur eux nulle prise. Ce n'est pas eux qui auraient

eu peur de manquer, si peu que ce soit, du temporel ou du spirituel.

C'est là, en effet, le signe que la créature espère en Moi et non en elle-même : n'avoir pas de crainte servile. Ceux qui ont placé en eux-mêmes leur espérance, craignent toujours. Ils ont peur de leur ombre; ils se demandent sans cesse, si le ciel et la terre ne vont pas leur manquer. Avec cette crainte au fond du cœur, et la fausse espérance qu'ils ont mise en leur petite science, ils sont tourmentés d'une sollicitude misérable, pour assurer ou conserver les choses temporelles. Quant aux spirituelles, l'on croirait qu'ils les ont rejetées par derrière leurs épaules; on ne trouve plus personne qui en ait souci.

Ils ne pensent pas, ces pauvres ministres orgueilleux et sans foi, que c'est Moi qui suis Celui qui pourvoit, en tout et pour tout, aux nécessités de Tâme et du corps, bien que ma Providence mesure son assistance, à l'espérance que vous avez en elle. Dans leur présomption, ils ne considèrent pas, les malheureux, que je suis Celui qui suis, qu'ils sont, eux, ceux qui ne sont pas, et que leur être ils le tiennent de ma Bonté, comme aussi toute grâce ajoutée à leur être.

C'est donc bien en vain, que se fatigue celui qui veille sur la cité, si je ne la garde pas moi-même. Tous ses efforts seront inutiles, toute sa vigilance sera en défaut, s'il ne s'en remet qu'à lui seul, du soin de la protéger : car c'est Moi, et Moi seul, qui la protège. Je veux, il est vrai, que l'être et les

grâres que je vous ai donnés, vous les fassiez fructifier, dans la vertu, pendant cette vie, par l'exercice de votre libre arbitre, que vous avez reçu avec la lunriière de la raison. Car, je vous ai bien créés sans vous, mais je ne vous sauverai pas sans vous. Vous n'étiez pas encore que déjà je vous aimais' Ils le voyaient bien, ils le savaient bien, mes bienaimés 1 Aussi *m'aimaient-ils ineffablement î Cet amour qu'ils avaient pour Moi, leur inspirait une si large espérance, qu'ils ne craignaient plus rien. Il ne tremblait pas. Silvestre, quand il comparut devant Tempereur Constantin, pour disputer avec douze Juifs, en présence de tout le peuple. Il avait la foi vivante; et donc il croyait, que, m'ayant avec lui, nul ne pourrait prévaloir contre lui. Et les autres, de même. Ils perdaient toute crainte, par l'assurance qu'ils avaient de n'être pas seuls : ils se sentaient accompagnés. En demeurant dans ma charité, ils demeuraient en Moi, et de moi ils recevaient la lumiera de la Sagesse de mon Fils ; de moi, ils recevaient la puissance, pour rester inébranlables et forts devant les princes et les tyrans du monde; de moi encore ils recevaient le feu de TEsprit-Saint en participant à sa clémence et à son ardent amour. Et cet amour avait, il a toujours pour cortège dans quiconque le veut participer, la lumière de la foi, l'espérance, la force, la vraie patience, l'infatigable persévérance, jusqu'au dernier instant de la mort. Ils n'étaient donc pas seuls, tu le vois, ils étaient bien accompagnés ; voilà pourquoi ils n'avaient pas

peur. Il n'est pour avoir peur, que celui qui se sent seul, et qui n'espère qu'en lui, privé qu'il est de Famour de la charité. La moindre menace l'épouvante. Il est seul sans moi, qui donne à l'âme, qui me possède par affection d'amour, une sécurité souveraine. N'ont-ils pas prouvé, ces glorieux et chers élus, qu'aucune menace n'avait de prise sur leur âme ? Ne les a-t-on pas vus maintes fois, châtier les hommes et les démons, qu'ils enchaînaient par le pouvoir et la vertu que je leur avais donnés sur eux, pour répondre à leur amour, à leur foi et à l'espérance qu'ils avaient mis en Moi.

Ta langue serait impuissante à raconter leurs vertus ; l'œil de ton intelligence ne saurait voir la récompense qu'ils en ont reçu dans la vie durable, et que recevra quiconque marchera sur leurs traces. Ils sont devant moi comme des pierres précieuses, parce que j'ai eu pour agréables leurs travaux et la lumière qu'ils répandirent avec le parfum de leurs vertus dans le corps mystique de la sainte Église. Voilà pourquoi, je leur ai conféré une très haute dignité dans la vi-e éternelle, où ils possèdent la béatitude et la gloire dans ma vision, après avoir donné l'exemple d'une vie d'honneur et de sainteté, et distribué avec éclat la lumière du corps et du sang de mon Fils unique, et tous les autres sacrements.

Aussi c'est d'un amour tout à fait à part que je les aime, tant à cause de cette dignité à laquelle je les ai élevés en faisant d'eux mes oints, mes ministres, qu'à cause du zèle qu'ils ont déployé pour

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ne pas laisser enfoui, dans l'ignorance et la négligence, le trésor confié à leurs mains. Ils ont reconnu que c'était de Moi qu'ils le tenaient, et ils ont apporté à le faire valoir toute leur sollicitude, une profonde humilité, de vraies et réelles vertus. Comme c'était pour le salut des âmes, que je les avais mis en si grand honneur, ils ont travaillé sans relâche, ces bons pasteurs, à ramener les brebis dans le bercail de la sainte Eglise. Par amour, affamés qu'ils étaient des âmes, ils affrontaient la mort pour les arracher aux mains du démon. Ils étaient faibles, je veux dire qu'ils se faisaient faibles avec ceux qui étaient faibles. Que de fois, pour ne pas accabler le désespoir du prochain, et le mettre plus à l'aise pour découvrir son infirmité, ils faisaient semblant de la partager. Je suis faible comme vous, disaient-ils, tout comme vous. Pleurant avec ceux qui pleuraient, ils se réjouissaient avec ceux qui étaient dans la joie, et savaient ainsi distribuer à chacun, la nourriture qui lui convenait. Ils conservaient les bons, et leurs vertus les remplissaient d'allégresse : car ils n'étaient pas dévorés par l'envie, et leur cœur se dilatait dans la plénitude, par la charité qu'ils avaient pour le prochain et pour ceux surtout dont ils avaient la charge. Quant aux pécheXirs, ils les retiraient de leur iniquité, en se faisant avec eux et pour eux infirmes et pécheurs, par une véritable et sainte compassion, et ils les corrigeaient de leurs fautes par la pénitence, que souvent, par charité, ils partageaient avec eux. L'amour qu'ils

avaient pour les pécheurs était tel, qu'ils avaient plus de peine delà pénitence qu'ils imposaient, que ceux-là mêmes qui la recevaient; parfois même, ils l'accomplissaient réellement, surtout s'ils s'apercevaient qu'elle répugnait trop au pénitent. Par ce moyen la rigueur était changée en douceur.

0 mes bien-aimés ! De prélats qu'ils étaient, ils se faisaient sujets ! Eux les seigneurs, ils se faisaient serviteurs. Ils se faisaient infirmes, eux qui étaient sains, exempts d'infirmités, purs delà lèpre du péché mortel. Forts ils étaient, et ils se faisaient débiles. Ils se faisaient simples, avec les simples et les idiots, petits avec les petits, et ils savaient ainsi, par humilité et charité, se proportionner à tous et fournir à chacun la nourriture dont il avait besoin.

Qui donc les faisait agir de la sorte ? La faim et le désir qu'ils avaient conçu en moi, de mon honneur et du salut des âmes. Ils accouraient à la table de la très sainte Croix pour y manger cet aliment ; ils ne fuyaient aucun labeur, ils ne refusaient aucune fatigue. Pleins de zèle pour les âmes, pour le bien de la sainte Église, pour l'expansion de la sainte Foi, ils se jetaient d'eux-mêmes au milieu des épines de la tribulation, et s'exposaient à tous les périls avec une véritable patience, faisant monter vers moi, l'encens parfumé de leurs désirs pleins d'angoisse et de leur humble et continuelle prière. Ils oignaient de leurs larmes et de leurs sueurs les plaies du prochain, ces plaies du péché mortel, et rendaient aux pécheurs la santé parfaite, si ceux-ci recevaient humblement ce précieux baume.

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