CHAPITRE XVIII
Comment ces ministres sont dominés par l'avarice. //& prêtent à usure, mais surtout ils vendent et acliètent les bénéfices et les prélatures. Des maux que cette cupidité a. causés à /a sainte Église.
Parlons maintenant de la seconde colonne du vice, qui est l'avarice.
Oui, ce que mon Fils a donné sur la croix, avec tant de générosité, n'est plus distribué, désormais, qu'avec la plus grande parcimonie. Regarde-le sur le bois de la Croix, son corps est tout percé, de chacun de ses membres son sang coule à flots. La* rédemption, ce n'est pas à prix d'or ou d'argent qu'il l'opère, c'est avec son Sang et par largesse d'amour. Il n'a pas racheté seulement une moitié du monde, mais le genre humain tout entier, tous les hommes passés, présents et à venir. Ce Sang ne vous a pas été donné, sans, qu'en même temps, vous fût distribué le feu: car, c'est par le feu de l'amour, que le sang a été versé pour vous. Le feu et le sang ne vous ont pas été accordés, sans ma Nature divine, si étroitement unie à la nature humaine. Et c'est de ce Sang, uni à ma divinité, par la libéralité de mon amour, que toi, malheureux, je t'ai constitué le ministre ! Et voilà
que ta cupidité te rend si avare, dece que mon Fils a acquis sur la croix! Toi, ministre du Sang, par un don de lui, tu t'es si criminellement approprié ce trésor, que tu vends, maintenant, la grâce du Saint- Esprit, aux âmes que le Christ a rachetées luimême, avec un si pur amour! Ce que tu as reçu gratuitement, tu veux qu'on te le paie, quand on te le demande. Ton avidité ne te porte point, à faire ta nourriture des âmes, pour Thonneur de Moi : c'est l'argent qu'elle dévore ! Ta charité est devenue fei serrée, dans la dispensation de ce que tu as reçu avec tant de largesse, qu'évidemment, je ne suis pas en toi par la grâce, ni le prochain par l'amour. Les biens temporels que l'on te donne, à cause de ce Sang, c'est largement encore que tu les reçois, et d'eux encore, pauvre avare, tu ne sais pas être bon, pour d'autres que pour toi! Larron que tu es, voleur digne de la mort éternelle, tu dérobes encore le bien des pauvres et de la sainte Église; tu l'emploies à tes dépenses ; tu le dissipes avec des femmes, avec des hommes sans mœurs ; tu en enrichis ta parenté. Avec ce bien des pauvres et de l'Église, tu te procures toutes tes aises, et prépares un établissement à tes fils.
O malheureux! Où sont donc ces fils des vraies et douces vertus que tu devais avoir ? Où donc, cette charité ardente que tu devais répandre? Où, ce zèle dévorant de mon honneur et du salut des âmes? Où, cette douleur crucifiante, que tu devais ressentir, à la vue du loup infernal qui te ravissait tes brebis? Plus rien! En ton cœur étroit, il n'y a plus place,
ni pour Moi, ni pour ton prochain. Tu n'aimes que toi! Tu n'as que cet amour égoïste et sensuel; et, cet amour est un poison, pour toi et pour les autres. Tu es, toi-même, le loup infernal ! C'est ton amour déréglé qui les dévore, tes brebis ! Ton avidité ne convoite que cette proie ! Que t'importe donc, que le démon invisible emporte lésâmes, quand tu es, toi, le démon visible qui les livre à l'enfer! Les biens de l'Église ne servent qu'à te vêtir et à t'engraisser toimême, avec les autres démons de ta compagnie, comme aussi à entretenir des animaux, ces beaux chevaux, que tu ne possèdes que pour ton plaisir déréglé, et sans aucune nécessité. C'est la nécessité seule, pourtant, et non ton propre plaisir, qui peut te permettre ce train de maison. Que les hommes du monde cherchent cette jouissance, soit; mais tes plaisirs, à toi, devraient être d'assister les pauvres, de visiter les malades, de subvenir à leurs besoins spirituels et temporels. C'est pour cela, et pour cela seul, que je t'ai fait mon ministre, que je t'ai confié une si haute dignité. Mais, après que tu es devenu semblable aux bêtes, tu te complais au milieu dés bêtes. Aveugle que tues! Si tu pouvais voir les supplices qui t'attendent si tu ne changes pas de vie, tu n'agirais pas ainsi, tu n'aurais que douleur de ta conduite passée, et dès à présent tu commencerais à mieux vivre.
Tu le vois, ma très chère fille, combien n'ai-je pas raison de me plaindre de ces malheureux! Quelle ne fut pas ma générosité envers eux, et quelle n'est pas leur ingratitude envers moi 1
Qu'ajouter de plus?
Comme je te l'ai dit, il en est qui prêtent à usure. Ils ne mettent pas d'enseignes, comme les usuriers publics, mais ils ne manquent pas de moyens subtils, pour vendre le temps à leur prochain, par pure avarice : car, rien au monde ne peut légitimer un semblable commerce. Si on leur fait un présent, si petit soit-il, et que dans leur pensée ils le reçoivent comme prix du service rendu, en excédent de la somme prêtée, c'est usuraire, comme usuraire aussi, tout ce qui serait perçu, en paiement du temps, pour la durée du prêt.
Je les ai établis, pour qu'ils défendent l'usure aux séculiers, et ils la pratiquent eux-mêmes. Ce n'est pas tout. Si quelqu'un vient les consulter sur cette matière, comme ils ont eux-mêmes ce vice, et qu'ils ont perdu sur ce point la lumière de la raison, le conseil qu'ils donnent est obscur et comme enveloppé de la passion qui est dans leur âme. De là, par conséquent, une infinité de méfaits qui découlent de leur cœur étroit, cupide et avare. A eux s'applique bien cette parole que prononça mon Verbe, lorsque, entrant dans le Temple, il y trouva ven deurs et acheteurs: «La maison de mon Père est une maison de prière, et vous en avez fait une caverne de voleurs ' », cria-t-il ; et, prenant des cordes, il s'en fit un fouet, pour les jeter dehors.
Il en est bien ainsi, aujourd'hui, tu le vois, ma très douce fille ! De mon Église qui est un lieu de