xMath., XXI
prière, ils ont fait une caverne de voleurs! Ils vendent, ils achètent, ils trafiquent de la grâce <le TEsprit-Saint. Il n'y a qu'àouvrirles yeux. Veut-on obtenir des prélatures et des bénéfices de la sainte Église, on les achète. On commence par circonvenir, par de nombreux présents, soit en argent, soit en nature, les officiers de la curie. Ceux-ci ne s'arrêtent plus, désormais, à considérer si le solliciteur est bon ou mauvais. Ils sont tout complaisance envers lui. Comme ils n'ont d'amour que pour les dons qu'ils en ont reçus, ces malheureux vont s'employer à introduire, dans le jardin de la sainte Église, cette plante vénéneuse. Ils feront de lui bon rapport au Christ en terre.
Ainsi, de part et d'autre, c'est un complot de mensonges pour tromper le Christ en terre, dont l'on ne devrait approcher, cependant, qu'en droiture et franchise. Si le vicaire de mon Fils s'aperçoit de la fraude, c'est son devoir de punir les coupables. Il doit priver son subordonné de son office, s'il ne se corrige et ne s'amende; et, au solliciteur si offrant, il fera bien de conférer la prison, en échange de son argent. Ce sera pour lui une correction salutaire, et, jjoui" les autres, un exemple qui les détournera d'un semblable trafic. Si le Christ en terre en agit ainsi, il ne fera que son devoir; et, s'il ne le fait pas, son péché ne demeurera pas impuni, quand il viendra rendre compte, devant Moi, de ses brebis.
Crois-moi, ma fille, aujourd'hui, cette répression n'est plus connue. Voilà pourquoi l'Église, mon Église, en est arrivée à cet état de crimes et d'abo-
minalions. Pour élever aux prélatures, Ton ne s'enquiert plus de la vie de ceux qui sont promus; fon ne s'informe plus, s'ils sont bons ou mauvais. Si l'on fait quelque enquête, c'est auprès de ceux qui sont les complices de leurs péchés, c'est ceux-là qu'on interroge, et qui sont tout disposés à leur rendre de bons témoignages, puisqu'ils sont semblables à eux. On n'a égard qu'à la grande situation du candidat, à sa naissance, à sa richesse, à la distinction de son langage. Ce qui est pire, c'est qu'on alléguera même, parfois, et en plein consistoire qu'il est beau de sa personne. Langage de démon, note bien ! Là où l'on devrait rechercher l'ornement et la beauté de la vertu, l'on n'a d'yeux que pour la beauté du corps !
Ceux qu'on devrait préférer, ce sont les humbles qui s'effacent, ceux qui, par humilité, fuient les prélalures; et voilà qu'ils choisissent ceux qui, par vaine gloire, et tout enflés d'orgueil, briguent cette élévation !
On fait grand cas de la science. Certes, la science, en soi, est bonne. Elle est parfaite, quand celui qui la possède, y joint une vie honnête et sainte et une sincère humilité; mais, dans un orgueilleux, dépravé et libertin, la science est un poison. Ce savant n'a pas le sens de l'Écriture, il n'en entend plus que la lettre. Son esprit est dans les ténèbres, parce qu'il a perdu la lumière de la raison, et qu'il a obscurci l'œil de son intelligence. C'est dans cette lumière de la raison, accrue de clartés surnaturelles, que fut exposée et comprisela sainte Écriture, comme je
te l'ai dit plus explicitement, en un autre endroit. Tu le vois donc, la science est bonne en soi, mais elle peut être dépravée par le mauvais usage que le savant en peut faire. S'il ne metpasplus de droiture dans sa vie, elle deviendra même pour lui un feu vengeur.
Aussi, doit-on considérer davantage la bonne et sainte vie, et la préférer à la science d'un libertin. C'est le contraire, pourtant, que l'on fait. Les hommes de bien et de vertu, s'ils ne sont point de science raffinée, sont tenus pour sots; on les méprise. Quant à ceux qui sont pauvres, on les écarte, parce qu'ils n'ont rien à donner.
Ainsi, ma propre maison, qui devrait être la maison de la prière, où brilleraient )a perle de la justice, avec la lumière de la science unie à une bonne et sainte vie, où l'on respirerait le parfum de la vérité, ma maison est pleine de mensonge. Ceux qui l'habitent devraient posséder la pauvreté volontaire, un zèle sincère pour préserver les âmes, ou les arracher aux mains du démon, et ils n'ont de goût que pour les richesses ; le soin des choses temporelles les absorbe tellement, qu'ils n'ont plus aucun souci des spirituelles. Jouer, rire, accroître et multiplier leur bien, voilà qui prend toute leur vie. Ils ne s'aperçoivent pas, les pauvres, que c'est le moyen le plus assuré de perdre leurs richesses! S'ils étaient riches en vertu, ils s'adonneraient à l'administration des choses spirituelles, comme ils le doivent, les biens temporels leur viendraient en
abondance, et mon Épouse n'aurait pas eu à subir, à ce sujet, tant de révoltes.
Qu'ils laissent donc les morts ensevelirles morts: leur devoir, à eux, est de suivre la doctrine de ma Vérité et d'accomplir, en eux-mêmes, ma volonté, en se consacrant au ministère que je leur ai confié. Tout au contraire, ils s'appliquent, avec un amour déréglé, à ensevelir les choses mortes, les choses qui passent, usurpant ainsi l'office des hommes du monde. C'est là, ce qui m'offense, et cest là, ce qui perd la sainte Église. Qu'ils abandonnent aux séculiers ce qui appartient aux séculiers. C'est aux morts à ensevelir les morts; c'est à ceux qui sont préposés au gouvernement des choses temporelles, à s'occuper de cette administration.
Pourquoi fai-je dit que c'est aux morts à ensevelir les morts ? — Ce mot est à double sens. Morts sont ceux qui s'occupent des choses temporelles, avec un amour désordonné, et une sollicitude exclusive, qui les font tomber en péché mortel. Mais morts, aussi, peuvent être dits, ceux qui s'y adonnent, simplement. Car ces biens sont des biens sensibles, des biens corporels, et cette administration est un office corporel. Or le corps, de soi, est chose morte, il n'a pas la vie en lui-même. La vie, il la tient de l'âme, il participe à la vie de l'âme, tant que l'âme habite en lui ; il la perd, dès qu'il en est séparé.
Mes ministres consacrés, quisont appelés à vivre comme des anges, doivent donc laisser les choses mortes aux morts, pour s'adonner à la conduite des
âmes, réalités vivantes qui ne meurent jamais. Qu'ils les gouvernent, qu'ils leur administrent les sacrements, qu'ils leur distribuent les dons et les grâces de TEsprit-Saint., qu'ils les nourrissent du pain spirituel par une bonne et sainte vie. A ce prix, ma maison sera la maisonde prière, abondante en grâces et riche de vertus. Mais ce n'est pas là, ce qu'ils font: leur conduite est tout autre. Aussi peut-on dire que ma maison est devenue une caverne de voleurs. Ils s'y sontétablis marchands : ils vendent, ils achètent, et leur seule avarice est la loi de leurs contrats. Ils ont fait de ma demeure un repaire de bêtes, puisqu'ils vivent, sans moralité, à la façon des bêtes. Oui, ils en ont fait une écurie, où ils se vautrent dans la fange du vice. Ils ont là, dans l'Église, leurs complices diaboliques, comme l'époux a son épouse dans sa maison. Tu vois, combien plus grands que tous les désordres dont je t'avais parlé, sont les maux qui reposent sur ces deux colonnes de pestilence et de corruption, qui sont l'impureté et l'avarice.