CHAPITRE XIX
Commentces ministres sont dominés par l'orgueil qui leur fait perdre le sens de la vérité ; et comment, dans cet aveuglement, ils en arrivent à simuler la consécration sans consacrer réellement.
Je veux, maintenant, te parler de la troisième colonne, qui est l'orgueil Je Tai placée la dernière, mais s'il est le dernier, Torgueil est aussi le premier de tous les vices. Car tous les vices ont leur fondement dans l'orgueil, comme toutes les vertus sont établies sur la charité et n'ont vie que par elle. C'est l'amour-propre sensitif, qui engendre et nourrit l'orgueil, comme il est le fondement premier de ces trois colonnes, et de tous les péchés que commettent les créatures. Qui s'aime soimême d'un amour désordonné, n'a pas en soi la charité, puisqu'il ne m'aime pas. En ne m'aimant pas, il m'offense, il n'observe pas le commandement de la loi qui lui fait un devoir de m'aimer. Moi, audessus de tout, et le prochain comme lui-même.
En s'aimant eux-mêmes d'un amour sensitif, ces malheureux ne peuvent donc m'aimer ni me servir; c'est le monde qu'ils servent et qu'ils aiment : car l'amour sensitif et le monde sont en opposition avec moi. A raison même de cette opposition, qui aime le monde d'un amour sensitif, qui sert le monde d'une manière sensuelle, celui-là me hait ;
comme celui qui m'aime vraiment, hait le monde. C'est pourquoi ma Vérité a dit : Nul ne peut servir deux maîtres si opposés : en servant Vim il mécontente Vautre ^ .
Tu vois donc que l'amour-propre dépouille l'âme de ma charité pour la revêtir du vice de Torgueil ; et, par là même, tout péché a sa source dans Tamour-propre.
Toutes les créatures raisonnables m'affligent, de toutes je me plains, mais combien plus de ceux que j'ai consacrés mes ministres et qui ont pour devoir d'être humbles. Tous en vérité doivent posséder cette vertu d'humilité qui nourrit la charité, mais combien plus ceux qui sont attachés au service de l'humble Agneau sans lâche, mon Fils unique. Ils n'ont pas honte cependant, et toute la race humaine avec eux, de s'exalter euxmêmes, alors qu'ils me voient. Moi, m'abaisser jusqu'à l'homme pour unir à votre chair le Verbe mon Fils unique, alors qu'ils voient ce Verbe s'empresser à l'obéissance que je lui ai imposée, et se soumettre à la mort ignominieuse de la croix! Il a la tête inclinée pour te saluer, le front couronné pour t'orner, les bras étendus pour t'embrasser, les pieds percés de clous pour demeurer avec toi I Et toi, homme misérable, qu'il a fait le ministre de tant de générosité et de tant d'abaissement, tu devrais embrasser la croix et tu la fuis, pour porter tes embrassements à de criminelles et immondes créa-