CHAPITRE II
Comment l'espérance est un don de la Providence divine et comment plus on espère parfaitement, plus parfaitement aussi l'on goûte la providence de Dieu.
De plus, j'ai donné à Thomme la consolation de Tespérance.
Lorsque, à la lumière de la très sainte foi, il considère le prix du Sang qui a été payé pour lui, il en conçoit une ferme espérance et la certitude de son salut. Les opprobres du Christ crucifié lui ont rendu Thonneur, car, s'il m'offense par tous les membres de son corps, le Christ béni, mon très doux Fils, a par tout son corps enduré d'affreux tourments. Son obéissance a réparé votre désobéissance, et tous vous avez part à la grâce de son obéissance comme tous vous avez contraetela faute de la désobéissance.
Voilà ce qu'a fait pour vous ma providence. Depuis le commencement du monde jusqu'à aujourd'hui, elle a pourvu aux besoins et au salut de l'homme et elle y pourvoira jusqu'à son dernier jour, par des moyens multiples et variés, suivant que moi-même, le bon et vrai médecin, je jugerai le remède conforme à votre infirmité, et nécessaire pour vous rendre la santé parfaite et vous la conserver. Ma
providence ne manquera jamais à qui cherche son appui et espère en moi comme il faut. Celui qui espère en moi, frappe et appelle en vérité, non seulement en paroles, mais par le sentiment du cœur. A la lumière de la très sainte foi, il me goûte moi-même dans ma providence ; mais non celui qui frappe et appelle en ne faisant entendre que le son de sa voix, et en disant seulement : « Seigneur, Seigneur » .
Je te l'affirme, si leur invocation n'a pas d'autre vertu, ce n'est pas ma miséricorde qui les reconnaîtra, mais ma justice. Ma providence, ai-je dit, ne fait pas défaut à qui espère en moi ; mais elle se détourne de qui me retire sa confiance pour la placer en soi-même. Tu le sais, on ne peut placer son espérance en deux choses contraires. C'est ce qu'a voulu faire entendre ma Vérité, quand elle a dit dans le saint Évangile : « Nul ne peut servir deux maîtres, car s'il sert l'un, il méprise l'autre '. » Le service suppose l'espérance. Le serviteur n'accomplit son service, qu'en vue de la récompense et des avantages qu'il prévoit devoir en retirer, ou dans l'espoir de plaire à son maître : par conséquent, il ne servira pas l'ennemi de son maître, car il ne le pourrait faire sans l'espérance de quelque avantage ; mais du même coup, par ce service et par cet espoir, il se verrait privé de ce qu'il attendait de son maître. Considère, ma fille très chère, qu'il en va de même pour l'âme. Il fautqu'elle me serve et qu'elle