‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 232 sur 287 · Luc, XVI · texte numérisé non relu

Luc, XVI

espère en moi, ou bien qu'elle serve le monde et qu'elle place en lui son espérance — et en elle-même aussi : car, dans la mesure où elle sert le monde, loin de moi, d'un service sensuel, dans la même mesure elle sert et aime sa propre sensualité, et, de cet amour, de ce service, elle attend une jouissance, un plaisir, une satisfaction sensuelle — . Mais comme c'est dans une chose finie, vaine et passagère qu'elle a mis son espérance, elle se trouve déçue et n'en retire pas la joie qu'elle en attendait. Tant qu'elle espère ainsi en elle-même et dans le monde, elle ne saurait espérer en moi, puisque le monde, les désirs mondains de l'homme, sont pour moi un objet de haine. Ils me font tellement horreur que c'est à cause d'eux, que j 'ai livi'é mon Fils unique à la mort ignominieuse de la croix. Entre le monde et moi, par conséquent, pas d'alliance possible.

Par contre, celui qui a mis en moi son espérance et me sert de tout son cœur, dans la plénitude de son âme, nécessairement et du même coup et pour la même raison, cesse d'espérer en soimême et dans le monde : il n'a plus confiance en sa propre fragilité.

Cette véritable et sainte espérance est plus ou moins parfaite, suivant le degré d'amour que l'âme a pour moi : et, c'est dans la même mesure qu'elle goûte ma providence. Ceux qui me servent, avec l'unique espoir de me plaire, la goûtent mieux que ceux qui attendent de leur service une récompense dans la joie qu'ils trouvent en moi. Les premiers sont ceux dont je t'ai exposé la perfection, à

propos du dernier état de Tâme; les autres, qui se laissent conduire par l'espoir de la récompense et de la consolation, appartiennent au second et au troisième degré ^ ; ils sont ces imparfaits, dont je fai entretenu tout au long, au chapitre des différents états de 1 ame.

Parfaits et imparfaits sont Tobjet des attentions de ma providence : elle ne manquera à aucun, pourvu qu'il n'ait pas la présomption d'espérer en soi-même. Cette présomption, cette espérance en soi-même, provient del'amour-propre, et obscurcit par là même l'œil de Tintelligence en la privant de la lumière et de la très sainte foi. L'homme ne marche plus dès lors à la lumière de la raison; il ne connaît plus ma providence. Ce n'est pas qu'il n'en éprouve encore les effets, car il n'est personne, ni juste, ni pécheur, qui échappe à son action. Tout a été fait, tout a été créé par ma bonté. Je suis celui qui suis, et sans moi rien n'a été fait, sinon le péché qui n'est pas. Ainsi donc, ceux qui espèrent

1. Cette numération, introduit encore une confusion dans la pensée. Aux chapitres ou il est traité des états de l'âme, en particulier aux chapitres 76 et 77, le troisième état est celui des parfaits qui aiment Dieu pour lui-même, sans regarder aux consolations, et qui reçoivent les épreuves avec patience. Le quatrième degré, au dire de Catherine, est identique au troisième dans son fond ; sa caractéristique, c'est seulement un élan plus vif qui fait que la patience devient allégresse dans les adversités avec le sentiment continu de la présence divine qui constitue l'union à Dieu.

Ici, la Sainte range dans le troisième état, ceux qui se laissent conduire par l'appât de la récompense, ce qui est le cas des imparfaits. — C'est, évidemment, qu'elle se réfère non pas au numérotage des états intérieurs, mais à celui des

en eux-mêmes sont eux aussi tributaires de ma providence, mais ils ne la comprennent pas, parce qu'ils ne la connaissent pas, et ne la connaissant pas,

états des larmes, où le troisième est encore celui des imparfaits qui pleurent la perte des consolations. Nous avons déjà noté (chapitre 95) que le numérotage des états intérieurs et celui des états des larmes ne sie correspondent pas parallèlement. Dans rénumération des différentes sortes de larmes, S.C. compte premièrement les larmes des mondains, qui n'ont d'attache qu'aux biens de la terre, et n'ont de pleurs que pour leur perte. — Ces larmes supposent l'état de péché mortel.

Dans l'énumération des états intérieurs, S. G. part du commencement de conversion à Dieu par la crainte du châtiment et néglige l'état de péché mortel.

On le peut voir, quand S. G. parlant des imparfaits qui se laissent conduire par lespoir de la récompense, les place dans le second et le troisième état ; il faut entendre, dans le second état intérieur, et le troisième état des Larmes.

On le verra mieux par le tableau suivant :

ÉTATS INTERIEURS

{Etat de péché)

1» Commencement de retour à Dieu par la crainte du châtiment.

2" Retour à Dieu par le repentir de la faute, avec attachement aux consolations spirituelles.

3« Attachement à Dieu, par amour pour lui seul et patience dans toutes les épreuves.

4» Union a Dieu par sentiment continu de sa présence avec allégresse dans la souffrance et désir ardent d'être uni à Dieu indissolublement dans la vision dfc son essence.

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