Math., IV
mon Esprit-Saint, que ma bonté lui a donné pour la servir, suggère alors à quelque prêtre la pensée qu'il doit administrer cette nourriture. L'Esprit-Saint le presse par l'ardeur de ma charité, et stimule sa conscience. Sous cette poussée intérieure, le prêtre est amené à apaiser la faim de cette âme et à combler ses vœux. Parfois je la ferai attendre ainsi jusqu'au dernier moment, et quand elle aura perdu tout espoir, c'est alors qu'elle obtiendra ce qu'elle désire.
N'aurais-je pu pourvoir à lui procurer, dès le commencement, la satisfaction que je lui ai fait attendre? Oui, en vérité, mais si j'ai différé, c'était pour accroître en elle la lumière de la foi et l'habituer à ne jamais se lasser d'espérer en ma bonté, en même temps que je la rendais plus circonspecte et plus prudente en lui apprenant à ne pas retourner en arrière, en se relâchant de l'intensité de son désir.
Te souviens-tu de cette âme, qui était venue au saint temple, avec un grand désir de la communion? Commele prêtre montait à l'autel, elle lui demanda le corps du Christ, vrai Dieu et vrai homme. Il lui répondit quii ne voulait pas le lui donner. Le gémissement et l'ardeur de cette âme s'en accrurent d'autant. Le prêtre en éprouva du trouble dans sa conscience, et à l'élévation du calice, le remords devint si violent, qu'il dit au clerc qui l'assistait : Demande-lui si elle veut la communion, je la lui donnerai volontiers. C'était l'Esprit-Saint, le serviteur attaché par ma providence au service de cette
âme, qui travaillait ainsi le cœur de ce prêtre, pour l'amener à satisfaire à son désir.
Et quel profit pour cette âme dans ce refus ! Ce qui n'était en elle qu'une étincelle de foi et d'amour devenait un grand feu. et ce désir embrasait tellement son cœur qu'il lui semblait que la vie allait quitter son corps. Je n'avais permis ce délai que pour détruire en elle tout amour-propre, toute hésitation, toute espérance qu'elle aurait pu avoir en elle-même. Ma providence fit concourir à ce dessein l'action d'une créature, mais en d'autres circonstances, le bon servi leur qu'est l'Esprit-Saint y pourvoira seul, sans aucun intermédiaire, comme il est arrivé maintes fois à plusieurs personnes, et comme l'éprouvent tous les jours ceux qui me servent. Je t'en citerai, entre autres, deux exemples admirables, pour fortifier ta foi et l'attacher davantage encore à ma providence.
Rappelle-toi, — tu dois en avoir conservé le souvenir pour l'avoir appris de cette âme elle-même — que le jour de la conversion de mon glorieux apôtre Paul, mon cher héraut, il y avait dans une église, une âme si désireuse de recevoir ce sacrement, le pain de vie, nourriture des anges qui vous a été donné à vous mes créatures humaines, qu'elle le demanda à presque tous les prêtres qui vinrent célébrer ce jour-là. Par une disposition de ma providence, de tous elle essuya un refus ^ Je voulais ainsi lui
1. L'âme dont il est ici parlé c'est Catherine elle-même. Voir sa Vie par Raymond de Capoue, IP partie, ch. xii. Ce refus générai s'explique par la pratique en usage à cette époque,
i84 LA PROVIDENCE DE LA MISÉRICORDE
apprendre que si les hommes la rebutaient, je lui restais fidèle, moi son créateur. Pour le lui prouver, j'usai d'un doux stratagème, afin de la mieux enivrei de ma providence.
La dernière messe allait être dite. Elle avait averti celui qui servait à l'autel, qu'elle désirait communier ; mais celui-ci s'abstint de prévenir le prêtre. Cependant, comme elle n'en avait point reçu de réponse négative, elle attendait avec ferveur, le moment où elle pourrait s'approcher de la communion. La messe terminée et se voyant frustrée dans son espérance, elle éprouva une faim si grande de ce pain de vie, un désir si ardent de le recevoir, qu'elle ne savait comment le contenir, en même temps que son humilité la portait à se considérer comme indigne et lui faisait reproche de la présomption qu'elle avait eue, d'oser s'unir à un si grand mystère.
Alors moi, qui exalte les humbles, moi le Dieu de l'éternité, j'attirai à moi le désir et l'ardeur de cette âme et je plongeai son esprit dans l'abîme de ma Trinité. J'inondai de clartés l'œil de son intelligence sur n^a puissance à moi le Père éternel, sur la sagesse de mon Fils unique, sur la clémence de l'Esprit-Saint, distincts tous trois dans l'unité d'une
peu favorable à la communion fréquente. Catherine communiait fréquemment, mais non pas quotidiennement. Elle fut en butte, à raison de cette fréquence, à bien des reproches de certains personnages, que le bienheureux Raymond, son Confesseur, qualifie de vrais Satrapes de Philistins, plutôt que chefs de chrétiens!
même essence. Celte âme s'unit si étroitement à ce divin objet, que son corps en était soulevé de terre ; car, dans cet état unitif, Tàme, comme je te Tai expliqué, est plus parfaitement unie à moi par le sentiment de l'amour qu'elle ne l'est à son propre corps. C'est au sein de cet abîme, que, pour satisfaire son désir, je lui donnai moi-même la sainte communion, et en signe de la réalité de cette grâce, pendant plusieurs jours, elle éprouva d'une manière merveilleuse, par ses sens corporels, le goût et Todeur du sang et du corps du Christ crucifié, ma Vérité. Elle en fut toute renouvelée dans la lumière de ma providence, qu'elle avait goûtée avec tant de douceur. *
Cette intervention providentielle ne fut sensible qu'à cette âme seule : elle demeura invisible pour les autres créatures.
Quant au second fait, il eut pour témoin le prêtre qui fut acteur dans l'événement, et qui le vit de ses yeux.
Cette âme avait un grand désir d'entendre la messe et d'y communier ; mais, retardée par une infirmité, elle n'avait pu se rendre à l'église à l'heure voulue. Elle y vint cependant, mais en retard. Quand elle arriva, le prêtre en était à la consécration. La messe se célébrait à un autel placé au chevet de l'église, mais elle demeura au bas du temple, à l'autre extrémité, parce que l'obéissance ne lui permettait pas d'entrer plus avant. C'est donc là qu'elle se tint. Elle disait dans ses gémissements : 0 âme misérable, ne vois-tu pas quelles
apprendre que si les hommes la rebutaient, je lui restais fidèle, moi son créateur. Pour le lui prouver, j 'usai d'un doux stratagème, afin de la mieux enivrer de ma providence.
La dernière messe allait être dite. Elle avait averti celui qui servait à l'autel, qu'elle désirait communier ; mais celui-ci s'abstint de prévenir le prêtre. Cependant, comme elle n'en avait point reçu de réponse négative, elle attendait avec ferveur, le moment où elle pourrait s'approcher de la communion. La messe terminée et se voyant frustrée dans son espérance, elle éprouva une faim si grande de ce pain de vie, un désir si ardent de le recevoir, qu'elle ne savait comment le contenir, en même temps que son humilité la portait à se considérer comme indigne et lui faisait reproche de la présomption qu'elle avait eue, d'oser s'unirà un si grand mystère.
Alors moi, qui exalte les humbles, moi le Dieu de l'éternité, j'attirai à moi le désir et l'ardeur de cette âme et je plongeai son esprit dans l'abîme de ma Trinité. J'inondai de clartés l'œil de son intelligence sur in,a puissance à moi le Père éternel, sur la sagesse de mon Fils unique, sur la clémence de l'Esprit-Saint, distincts tous trois dans l'unité d'une
peu favorable à la communion fréquente. Catherine communiait fréquemment, mais non pas quotidiennement. Elle fut en butte, à raison de cette fréquence, à bien des reproches de certains personnages, que le bienheureux Raymond, son Confesseur, qualifie de vrais Sairapes de Philislins, plutôt qua chefs de chrétiens!
même essence. Cette âme s'unit si étroitement à ce divin objet, que son corps en était soulevé de terre ; car, dans cet état unitif, lame, comme je te l'ai expliqué, est plus parfaitement unie à moi par le sentiment de l'amour qu'elle ne l'est à son propre corps. C'est au sein de cet abîme, que, pour satisfaire son désir, je lui donnai moi-même la sainte communion, et en signe de la réalité de cette grâce, pendant plusieurs jours, elle éprouva d'une manière merveilleuse, par ses sens corporels, le goût et l'odeur du sang et du corps du Christ crucifié, ma Vérité. Elle en fut toute renouvelée dans la lumière de ma providence, qu'elle avait goûtée avec tant de douceur.
Cette intervention providentielle ne fut sensible qu'à cette âme seule : elle demeura invisible pour les autres créatures.
Quant au second fait, il eut pour témoin le prêtre qui fut acteur dans l'événement, et qui le vit de ses yeux.
Cette âme avait un grand désir d'entendre la messe et d'y communier ; mais, retardée par une infirmité, elle n'avait pu se rendre à l'église à l'heure voulue. Elle y vint cependant, mais en retard. Quand elle arriva, le prêtre en était à la consécration. La messe secélébrait à un autel placé au chevet de l'église, mais elle demeura au bas du temple, à l'autre extrémité, parce que l'obéissance ne lui permettait pas d'entrer plus avant. C'est donc là qu'elle se tint. Elle disait dans ses gémissements : 0 âme misérable, ne vois-tu pas quelles