CHAPITRE Vili
Comment Dieu exerce sa providence sur l'âme, en lui donnant son sacrement. Comment il pourvoit aux désirs de ses serviteurs affamés du sacrement du corps duCtirist. Comment Il pourvut maintes fois, par une intervention merveilleuse, au besoin d'une âme qui désirait ardemment l'Eucharistie.
Sais-tu, 1res chère fille, comment je pourvois aux besoins de mes serviteurs qui espèrent en moi ? De deux manières. Ma providence, à l'égard de mes créatures raisonnables, s'exerce à la fois sur Tâme et sur le corps, et toutes les dispositions de ma providence vis-à-vis du corps, sont ordonnées au service de Tâme ; elles ont pour but de la faire pénétrer plus avant dans la lumière de la foi, d'accroître son espérance en moi, en la dépouillant de plus en plus de la confiance qu'elle pourrait avoir en elle-même. C'est ainsi, qu'elle en arrive à voir et à reconnaître que je suis celui qui est, celui qui peut, celui qui veut, celui qui sait subvenir à ses besoins et pourvoir à son salut.
Pour ce qui est proprement de l'âme et de sa vie, je lui ai donné, tu le sais, les sacrements de la sainte Église. Voilà sa nourriture, à elle ! Ce n'est pas le pain matériel, la nourriture grossière qui convient au corps et que j'ai donnée au corps ; car
l'àme est immatérielle, il lui faut une nouiuture immatérielle et c'est de ma parole qu'elle doit vivre. C'est pourquoi ma Vérité a dit, dans le saint évangile, que Vhomme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole venue de moi '. Elle doit donc suivre spirituellement, du fond du cœur, la doctrine de ma Parole incarnée, qui par la vertu de son sang dans les sacrements lui donne la vie; car ces sacrements sont spirituels, et c'est à Tâme qu'ils sont donnés, bien qu'ils soient faits et administrés par l'intermédiaire du corps. Cet acte matériel ne communiquerait pas la vie à l'âme, si elle ne s'y disposait à le recevoir spirituellement par un vrai et saint désir, et ce n'est pas dans le corps, mais dans lame, qu'est ce désir. Voilà pourquoi je t'ai dit que les sacrements sont spirituels etque c'est à l'âme immatérielle qu'ils sont donnés. C'est bien sur le corps que s'exerce le rite extérieur, mais c'est au désir de l'âme qu'il appartient d'en recevoir l'effet.
Pour accroître cette faim, ce saint désir de l'âme, parfois je lui inspirerai ce vœu du sacrement, sans qu'elle puisse le satisfaire. Cette privation ne fait qu'attiser son ardeur, et lui apprend à se connaître elle-même, en l'amenant à se juger indigne par humilité. C'est moi qui l'en rend digne par divers moyens ménagés par ma providence pour lui procurer ce sacrement. Tu le sais bien, pour l'avoir entendu raconter et pour l'avoir éprouvé toimême, si tu ne l'as pas oublié. La clémence de