‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 246 sur 287 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Bref résumé de ce qui précède. — Explication des paroles du Christ à saint Pierre : « Jette- tes filets à droite de la barque. »

Je l'ai expliqué comment je pourvois aux besoins de mes créatures, soit en général, soit en particulier. Ce que je t'en ai fait voir est comme la vapeur d'une goutte de rosée en comparaison de l'Océan. Je t'ai exposé les moyens que j'emploie, pour accroître dans l'âme la faim et le désir du sacrement. Tu as pu apprendre aussi, comment l'action de ma providence se fait sentir à l'intérieur de l'âme, par l'intermédiaire du Saint-Esprit, le serviteur, qui distribue ma grâce au méchant pour le ramener au bien, à l'imparfait pour l'acheminer vers la perfection, au parfait pour le rendre plus parfait encore. Car vous pouvez toujours progresser, et devenir de bons et parfaits médiateurs entre moi et les hommes qui se sont mis en révolte contre moi. Je t'ai dit en effet, s'il t'en souvient bien, que c'est par la médiation de mes serviteurs, que je ferai miséricorde au monde, et que c'est à cause de leurs souffrances que je réformerai mon Épouse. Vraiment, on les pei\i appeler un autre

Christ crucifié, puisqu'ils ont accepté de remplir son office. Mon Fils unique est venu comme médiateur, pour mettre fin à la guerre, et réconcilier dans la paix, l'homme et moi, en souffrant avec patience jusqu'à la mort ignominieuse de la croix.

C'est aussi l'œuvre de ces crucifiés. Ils se font médiateurs par leurs prières, par leurs paroles, par leur bonne et sainte vie, proposée comme un modèle aux yeux de tous. En eux brillent les pierres précieuses des vertus, et cette patience avec laquelle ils supportent les défauts du prochain. Ce sont là, les amorces auxquelles ils prennent les âmes. Ils lancent le tilet non de la main gauche, mais de la main droite, comme le disait ma Vérité à Pierre et aux autres disciples après la Résurrection. La main gauche, c'est-à-dire Tamour-propre, est morte chez eux ; mais la main droite est vivante. Elle est ce vrai et pur amour, cette douce et divine dilection, avec laquelle ils jettent le filet du saint désir, en moi, l'océan de paix. En rapprochant le récit qui précède la résurrection de celui qui la suit, tu y verras qu'en retirant le filet, c'est-à-dire en enfermant leur désir dans la connaissance d euxmêmes, ils prennent une telle abondance de poissons qu'ils ne peuvent suffire à le ramener à eux, et qu'ils sont obligés d'appeler un compagnon pour les aider dans cette besogne. En effet l'acte de saisir et de lancer le filet doit être accompagné de la véritable humilité, et il faut appeler le prochain par amour, pour le prier d'aider à retirer ces poissons qui sont les âmes.

Cette vérité tu l'expérimentes en toi-même, et tu la peux observer dans mes serviteurs. Si lourd est le poids de ces âmes qu'ils enferment dans le filet de leur saint désir, qu'ils crient au secours ; ils voudraient que toutes les créatures raisonnables accourusssent à leur aide, et vinssent prêter à leur propre insuffisance l'assistance de leur humilité. Voilà pourquoi je t'ai dit qii'ils faisaient appel à l'humilité et à la charité du prochain pour les aider à retirer ces poissons, qui se trouvent pris en grande abondance, bien que plusieurs s'en échappent par leur propre faute et ne demeurent pas enfermés dans le filet. Le filet du saint désir les a bien tous pris, puisque l'âme affamée de mon honneur ne se contente pas d'une partie, mais veut y englober tous les hommes.

Elle veut les bons, pour qu'ils l'aident dans cette pêche à faire entrer les poissons dans le fîlet,^ et que par cette œuvre ils se conservent dans 1 bien et avancent dans la perfection ; les imparfaits elle voudrait qu'ils devinssent parfaits, et les mau vais, elle désire les voir devenir bons. Les infidèle: plongés dans les ténèbres, elle souhaite qu'ils parviennent àia lumière du saint baptême. Elle les veut tous, quels que soient leur état, leur condition, parce qu'en moi elle les voit tous, créés par ma bonté à l'amour de feu, et rachetés par le sang du Christ crucifié, mon Fils unique. Tous sont donc pris dans le filet de son saint désir : mais beaucoup s'eJ échappent, comme je te l'ai dit, qui se privent de la grâce par leur faute, ou qui, < omme les infidèl

et les autres, demeurent dans le péché mortel. Cela n'empêche pas qu'ils soient compris en ce désir et cette incessante prière : car qu'une àme s'éloigne de moi par ses offenses ainsi que de la société de mes serviteurs, en manquant à l'amour et au respect qu'elle leur doit, les sentiments que ceux-ci ont pour elle n'en subissent aucun dommage. Le propre de leur charité est de demeurer inaltérable. C'est ainsi qu'ils jettent de la main droite cet aimable filet.

0 fille très chère, il est raconté dans le saint Évangile, que lorsque ma Vérité commanda au glorieux apôtre Pierre de jeter à la mer ses filets, Pierre répondit, que toute la nuit il s'était fatigué sans rien prendre ', mais, ajouta-t-il, sur votre commandement, je vais le jeter. Il le jeta ; il prit une si grande quantité de poissons qu'il ne le pouvait retirer seul, et qu'il dut appeler les disciples à son aide.

Considère cet acte de Pierre ! Dans la réalité qui vient d'être décrite, tu découvriras une figure, et tu comprendras partout ce que je t'ai dit que cette figure s'applique à toi. Car, sache-le bien, tous les mystères, toutes les actions accomplies en ce monde par ma Vérité avec ses disciples ou en dehors des disciples, étaient représentatifs de ce qui se passe dans l'intime de l'àme de mes serviteui'S et chez tous les hommes. Vous pouvez retirer de tous ces faits un enseignement et une règle

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