‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 247 sur 287 · Luc, y · texte numérisé non relu

Luc, y

de vie. Qu'on les médite à la lumière de la raison, et les esprits les plus grossiers comme les plus subtils, les intelligences vulgaires comme aussi les plus hautes peuvent en tirer profit chacun peut en prendre sa part, s'il le veut.

Pierre, t'ai-je dit, au commandement du Verbe, jeta le filet: il fut donc obéissant, en croyant avec une foi vive, qu'il prendrait du poisson, et il en prit en effet beaucoup; mais ce ne fut pas pendant la nuit. Sais-tu quel est ce temps de la nuit? C'est la nuit ténébreuse du péché mortel, où l'âme est privée de la lumière de la grâce. En cette nuit, elle ne saurait rien prendre, parce qu'elle jette le filet de son désir non dans l'océan de vie, mais dans la mer morte, où elle ne trouve que la faute qui n'est pas quelque chose. Elle se fatigue en vain, tous ses efforts sont inutiles. Ceux qui s'imposent toutes ces peines se font les martyrs du démon, non du Christ crucifié. Mais^ quand le jour paraît, quand lame sort de la nuit du péché, pour recouvrer la lumière de la grâce, elle retrouve du même coup dans son esprit le commandement de la loi que je lui ai donnée, de jeter le filet, à la parole de mon Fils, enm'aimant par-dessus toute chose, et le prochain comme soi-même. Docile dès lors à la lumière de la foi, avec une ferme confiance, elle jette son filet, sur sa parole, en suivant la doctrine et les exemples de ce doux Verbe d'amour et de ses disciples. Comment son filet se remplit et quels sont ceux qu'il appelle à son aide. Je te l'ai déjà dit, et je n'y reviens plus.

l.HAPITRE XIII

Comment il en est qui sont plus habiles à jeter le filet et qui prennent plus de poissons. De l'excellence de ces parfaits.

Tout ce que je viens de dire est pour te faire comprendre, par la lumière de l'intelligence, avec quelle providence, ma Vérité, dans le temps qu'elle vivait avec vous, réglait tous ses services^ et accomplissait toutes ses actions. Tu apprendras par là même comment se conduit et ce que doit faire une âme qui est en cet état de grande perfection. Remarque-le bien, l'un agit plus parfaitement que l'autre, suivant qu'il obéit plus promptement à cette parole, et avec une plus parfaite lumière, dépouillé de toute confiance en lui-même, toute son espérance reposant en moi, son Créateur.

Celui qui obéit aux préceptes et aux conseils intérieurement et extérieurement jette son filet plus parfaitement que celui qui observe les commandements réellement, et les conseils d'esprit seulement. Celui qui n'observerait pas les conseils mentalement n'observerait déjà plus les commandements réellement: ces deux conditions sont inséparables comme

1. Gigli a ministerii. Cornetti porte misterii. Cartibh traduit « mystère » bien qu'il prétende suivre Gigli.

je te l'ai expliqué plus longuement en un autre endroit. Qui lance plus parfaitement le filet, pêche aussi plus parfaitement ; et les parfaits dont je t'ai parlé font une pêche très abondante et excellente. Supérieurs en effet sont leurs moyens d'action, par la belle ordonnance qu'ils ont su mettre en leurs puissances, par la bonne et douce garde exercée par le libre arbitre àia porte de la volonté. Tous leurs sentiments s'accordent en la plus suave harmonie, à l'intérieur de la cité de l'âme, dont toutes les portes sont à la fois ouvertes et fermées. La volonté est fermée à l'amour-propre, elle est ouverte au désir, au zèle de mon honneur, et à l'amour du prochain. L'intelligence est fermée à la considération desplaisirs, des vanités et des bassesses du monde, ténèbres épaisses qui obscurcissent l'esprit qui s'y attache et le plongent dans la nuit ; elle est ouverte à la mémoire et au souvenir de mes bienfaits. Toute la puissance affective de l'âme entre alors en jubilation et entonne un cantique, dont la prudence a réglé tous les accords et dont la dominante est la gloire et l'honneur de mon nom. Elle a accordé pour cette harmonie, les grandes cordes des puissances de l'âme, comme aussi les cordes plus grêles des sens qui sont les organes du corps. Si les hommes d'iniquité rendent un son de mort en accueillant leurs ennemis, ceux-ci, mes parfaits, font entendre un hymne de vie, et en recevant leurs amies, les vraies et solides vertus, ils leur donnent le concert de leurs œuvres bonnes et saintes

Chaque membre s'acquitte de la fonction que je lui ai assignée, et chacun à son rang-, dans un ordre parfait. L œil s'applique à voir, Toreille à entendre 1 odorata sentir les odeurs, le goût à percevoir les saveurs, la main à toucher età œuvrer, les pieds à marcher. Et tous s'accordent en un même son harmonieux, qui est le service du prochain, pour honneur et la gloire de mon nom et le progrès de 1 âme, parleurs bonnes, vertueuses et saintes opérations, soumis qu'ils sont, comme organes à toutes les impulsions de la volonté. Ce bel accord a toutes mes complaisances ; il ravit les anges et fait les délices de tous les vrais amateurs, qui I écoutent dans la joie et dans l'allégresse, chacun participant au bonheur d'autrui.

Il fait aussi l'admiration du monde. Qu'ils le veuillent ou non, les hommes d'iniquité ne^peuvent pas demeurer insensibles à la douceur de cette harmonie. Beaucoup se laissent prendre à son charme, et sa séduction les arrache à la morf pour les ramener à la vie. Tous les saints ont attiré les àmts par cette musique. Le premier qui ait fait entendre ce concert de vie fut le doux Verbe d'amour, lorsque, après avoir pris votre humanité pour l'unir à la divinité, il fit entendre sur la croix un si doux chant qu'il attira à lui le genre humain, et subjugua le démon auquel il enleva le pouvoir usurpé qu'il avait possédé si longtemps parla faute de l'homme. C'est al école de ce maître que tous vousavez apprisl'harmonie. C'est lui qui vous a enseigné à accorder instruments. C'est avec cet art quils tenaient

vos

de lui, que les apôtres furent si puissants et répandirent sa parole dans le monde entier : martyrs, confesseurs, docteurs, vierges, tous ont attiré et séduit les âmes par le bel accord de leur vie. Vois la glorieuse vierge Ursule, qui sut tirer de son instrument des sons si doux qu'elle entraîna à sa suite onze mille vierges, et en conquit autant et davantage encore d'une race étrangère. Et ainsi tous les autres, qui d'une manière, qui d'une autre, ont exercé la même séduction. Quelle en est la cause, sinon mon infinie providence, qui a pourvu mes serviteurs de ces instruments, et en a réglé l'instrumentation, en leur apprenant l'art de leur faire rendre de semblables accords.

D'ailleurs tout ce que je leur donne, tout ce que je leur ménage en cette vie, n'est qu'unmoyen pour les amener à tirer de leurs instruments encore plus d'harmonie, si toutefois ils veulent profiler des leçons de ma providence, en ne se laissant point aveugler par la nuée de l'amour-propre, de leur bon plaisir et de leur propre sagesse.

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