Math., XXV
châtiment sans fin. Car j'avais tout disposé, sur cette terre, pour le détourner de cette éternelle douleur.
Si tu élèves tes regards vers moi, qui suis la vie qui ne passe pas, si tu contemples la nature angélique et les citoyens de cette cité immortelle, qui, par la vertu du sang de l'Agneau, ont obtenu la vie éternelle, tu verras que j'ai disposé avec ordre leur charité. Je n'ai pas voulu qu'aucun pût jouir tout seul, à part soi, de sa félicité dans cette vie bienheureuse, qu'il a reçue de moi, sans que tous les autres en eussent leur part. Non, je ne l'ai pas voulu, et leur amour mutuel s'ordonne en une charité si parfaite que le plus grand jouit du bonheur du plus petit et que le plus petit prend part à la joie du plus grand. Quand je parle de plus petit, c'est de la mesure qu'il a reçue que je l'entends ; car tous ont la plénitude, le plus petit comme le plus grand, mais chacun à des degrés divers, comme je te l'ai expliqué ailleurs.
0 combien fraternelle est cette charité ! Comme étroitement elle unit à moi toutes ces âmes et toutes entre elles, puisque c'est de moi qu'ils la tiennent, et qu'ils reconnaissent avec sainte crainte et parfait respect, que c'est de moi qu'ils l'ont reçue. Cette considération les embrase d'amour pour moi ; et en moi dès lors, ils voient et connaissent la dignité à laquelle je les ai élevés. L'ange entre en communication avec l'homme, avec l'âme bienheureuse, et les bienheureux avec les anges : unis qu'ils sont par les liens de la charité, chacun se réjouit du bonheur
de l'autre ; et tous ensemble exultent dans la possession de moi-même. C'est une jubilation, une allégresse sans tristesse, une douceur sans amertume, parce que dans leur vie et à leur mort, ils m'ont goûté, moi, par sentiment d'amour, dans la charité du prochain.
Qui donc a établi cette belle ordonnance de l'amour? Ma sagesse, par les soins admirables de ma douce providence. Elle est partout et, si tu regardes au purgatoire, tu la trouveras encore, toujours ineffable et douce, à l'égard de ces pauvres âmes, qui par ignorance n'ont pas su tirer profit du temps et qui, séparées du corps, ne sont plus en état de pouvoir mériter. Aussi est-ce par vous que j'ai pourvu à leur situation, vous à qui le temps est encore donné, tant que vous êtes dans cette vie mortelle, et qui pouvez l'employer pour elles. Par vos aumônes, par les messes que vous pouvez faire dire à mes ministres, par les jeûnes, par les prières faites en état de grâce, il vous est donné d'abréger la durée de leur peine, en faisant appel à ma miséricorde.
N'avais-je pas raison de te dire que tu trouverais là encore, ma douce et fidèle providence. En t'exposant tout ce qu'elle a fait dans l'intérieur de l'âme pourvotre salut, j'ai voulu t'embraser d'amour et te munir, par la lumière de la foi, d'une ferme espérance en ma providence. Sors de toi-même, et pour toute ta conduite espère en moi, sans crainte servile.