‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 248 sur 287 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

De la providence de Dieu en général vis-à-vis ie îes créatures, en cette vie et dans l'autre.

Ma fille, dilate ton cœur et ouvre Tceil de ton intelligence éclairée par la lumière de la foi, pour voir avec quel grand amour et quelle providence j'ai créé l'homme et tout ordonné en lui pour qu'il jouisse du souverain et éternel bonheur qui est le mien. J'ai pourvu à tout, je te lai dit, pour l'âme et pour le corps, dans les imparfaits et dans les parfaits, dans les bons et dans les méchants, au spirituel comme au temporel, au ciel et sur la terre, en cette vie mortelle comme dans la vie immortelle.

Durant votre passage en cette vie mortelle, je vous ai enchaînés dans les liens de la charité. Qu'il le veuille ou non, l'homme est lié à son semblable, s'il se sépare de lui par un sentiment contraire à la charité avec le prochain, il n'en demeure pas moins attaché à lui par la nécessité. J'ai voulu que vous demeuriez unis les uns aux autres et par les actes et parle cœur dans la charité; mais si vous perdez la charité du cœur par vos péchés, pour que vous soyez obligés de conserver encore des liens enre

VOUS, dans le commerce extérieur, ma providence n'a pas voulu donner à chaque homme tous les moyens de subvenir par lui-même à toutes les nécessités de la vie humaine. Chacun a reçu en partage un talent particulier, et tous sont ainsi obligés de recourir les uns aux autres pour se procurer ce dont ils ont besoin. Tu le peux voir, iarlisan a recours au laboureur et le laboureur ne peut se passer de l'artisan. Chacun d'eux a besoin de l'autre, parce que chacun d'eux ne sait pas faire ce que l'autre produit. Pareillement le clerc et U, religieux ont besoin du séculier et le séculier ne peut se passer du religieux ; ils sont nécessaires l'un à l'autre. Ainsi en est-il du reste des hommes.

Ne pouvais-je accorder à chaque homme tout ce qui lui était nécessaire V Oui bien. Mais c'est ma providence qui a voulu que chacun fût soumis à son semblable et fût ainsi amené par le besoin qu'ils ont les uns des autres à demeurer unis par les actes extérieurs et par le sentiment intérieur de la charité. J'ai fait éclater en eux ma magnificence, ma bonté, ma providence, et ils se laissent mener par les ténèbres de leur propre sensualité. Les membres mêmes de votre corps devraient vous faire rougir, car eux pratiquent entre eux la charité que vous ignorez vous-même. Quand la tête est malade, la main lui prête assistance, si c'est un doigt, ce tout petit membre, qui souffre, la tête ne dédaigne pas de se porter à son aide sous prétexte qu'elle est la partie la plus haute et la plus noble du corps : elle vient au contraire à son secours

avec tout ce qu'elle possède, avec l'ouïe, avec la vue, avec la parole. Ainsi font tous les autres membres. Ce n'est pas de même qu'en agit l'homme orgueilleux, qui voyant l'un de ses membres pauvre et infirme, ne l'assiste pas dans sa nécessité, non pas certes de tout son avoir, mais encore de la moindre parole de bonté : il n'a pour sa misère que des reproches et en détourne la tête avec dégoût. 11 regorge de richesse et il laisse son semblable mourir de faim. Il ne saperçoit pas que sabassesse et sa cruauté font monter jusqu'à moi une odeur de mort ; mais c'est pour les profondeurs de l'enfer qu'est faite sa corruption.

Ma providence cependant veille sur ce pauvre, et par la pauvreté lui prépare des richesses magnifiques, tandis que le riche, s'il ne revient à résipiscence, subira lés reproches dont l'accablera ma Vérité et qu'elle annonce dans le saint Évangile : « Tai eu faim, tu ne mas pas donné à manger ;fai eu soif, tu ne m'as pas donné à boire ;fai été nu, lu ne m'as pas vêtu; fai été malade, fai été prisonnier, tu ne m'as pas visité ^ »

Il lui servip de peu, à ce dernier jour, de prétendre s'excuser en disant : Mais ! je ne vous ai pas vu ! si je vous avais vu, je n'eusse pas manqué de vous assister !— Ce malheureux riche sait bien, c'est ma Vérité qui l'a dit, que ce qui est fait à ses pauvres est fait au Christ lui-même. Ce sera donc bien justement qu'il recevra avec les démons, un

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