‹ Le dialogue de Sainte Catherine de SienneChapitre 43 sur 287 · LVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

LVI PRÉFACE

l'Église et la plus expressive. C'est bien, en effet, le titre placé par Gigli au fronton de son édition ; mais après sa préface il n'en a pas moins écrit en tête du texte : Traité de la Divine Providence.

Sans nul doute il est beaucoup parlé dans cet ouvrage de la Providence divine, comme delaSagesse, comme de la Bonté, comme de TAmour de Dieu. Il nest pas un de ces attributs dont le choix ne pût se justifier par de graves raisons comme titre de ce colloque mystique ; mais s'il en est un qu'il fallait écarter, c'est celui-là même qui a été choisi. Cette indication. Traité de la Divine Providence, ne pouvait être donnée comme désignation générale du sujet, parce qu'elle est déjà celle d'un traité spécial que ne forme qu'une minime partie du Livre.

Ne saurait-on découvrir quel est l'objet principal de cet enseignement dont la pensée domine et organise toutes les parties. Saint Thomas d'Aquin parle d'un attribut de Dieu qui n'est ni l'Amour, ni la Bonté, ni la Justice, ni la Providence, et qui est cependant la perfection de toutes ces perfections divines, qui est à la racine de toutes ses œuvres et inspire toute sa conduite à l'égard de sa créature raisonnable: c'est la Miséricorde. C'est la Miséricorde qui le fait se pencher sur toute misère, subvenir à toute détresse, écarter de sa créature toute défaillance, guéi-ir toute plaie, reformer toute défectuosité pour la refaire sans cesse et l'amener à la perfection qu'il a rêvée pour elle. C'est cet attribua divin qui est avant tout l'objet de la contemplation de notre sainte. L'amour nous a créés, l'amour nous a sanctifiés par bonté

dom Etienne, très zélé pour répandre dans les chartreuses la doctrine spirituelle de celle qu'il appelait sa Sainte Mère.

Ce sont là questions posées plus que solution apportée. Mais ces questions résultent des documents eux-mêmes et elles peuvent du moins aiguiller les recherches du côté d'une vraisemblance à vérifier.

PREFA-CE ^ LVII

pure ; mais c'est sa miséricorde qui le porte à détruire en nous toute imperfection et toute misère. Sa Providence a des industries infinies pour achever en nous cette perfection sans laquelle il n'y a pas d'entrée dans le royaume : mais elle est au service de la Miséricorde. La sagesse règle tout, ordonne tout, fait tout converger à la glorification des élus, mais elle a pris conseil de la Miséricorde. Cette perfection de la Sagesse, de la Bonté, de l'Amour est ce qu'il y a de plus propre à Celui qui est rÉtre dans sa plénitude et le Bien absolu. La Miséricorde est en quelque sorte ce qu'il y a de plus divin en Dieu. De quels cris déchirants Catherine implore-t-elle cette miséricorde pour l'Église, pour le monde, pour les chrétiens, pour tous les hommes ! Aussi, dans la conclusion où le Père Éternel résume toutle livre, il concentre tout son dessein en cette réponse suprême : Je ferai miséricorde au monde, miséricorde à la sainte Église ! « Parce que, dit-il, je t'ai montré que la miséricorde est ma propriété distinctive », ce qu'il y a de plus divin en moi' !

J'ai dit pourquoi il fallait renoncera indiquer la divine Providence comme objet général du Livre, et voilà les raisons qui m'ont fait choisir la divine Miséricorde comme dominante de toutes les considérations qui remplissent le dialogue. -

Gigli, après ses devanciers, avait ainsi formulé son titre : Traité de la divine Providence.

J'ai écarté pareillement cette appellation de Traité qui sent trop l'École et les spéculations de l'École et s'aplique assez mal dans sa rigueur didactique aux libres et vivants colloques d'une àme avec Dieu. Je lui ai substitué celui de Livre. C'est sous ce vocable que Catherine a toujours parlé de cet ouvrage, c'est sous Ce vocable « el

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