SCÈNE X
HELDINGER, ZAMBULANTI.
Monsieur est le banquier Heldinger... c'est fort
bie<i!... 5Ioi. je suis le célèbre joaillier Zambulanti de Venise. Vous comprenez déjà le motif de ma visite... c'est fort bien !...
lIELpi>GER.
Le nom de monsieur est connu de toute l'Europe, tout le monde a parlé de la fameuse affaire du saphir vendu à sa Majesté prussienne trente mille thalers et qui, dit-on, n'en valait pas cinquante.
ZAMBULANTI.
Oui, ce sont de ces petits accidens qui arrivent dans le commerce de la joaillerie... Je fus le premier trompé. Heureusement, ma bonne foi est bien connue, et la cour suprême de Berlin proclama mon innocence... Je reviens au motif qui m'amène chez vous. Ce matin, en arrivant à Nuremberg, j'ai appris que vous aviez, vous ou monsieur votre gendre, un superbe <liamant à vendre, et je viens vous proposer de l'acheter... Zambiilanti paie toujours plus cher que les autres, et toujours comptant... Il est connu pour ça !...
HELDINGER, à part.
Argent comptant, ce serait bien mon affaire! (Haut.) Je suis désespéré, monsieur, que vous ne soyez pas venu quelques jours plus tôt... car le diamant est à peu près vendu.
ZAMliULANTI.
Vendu?... vendu?... et à qui? Est-il dans toute l'Allemagne un autre homme que mi ca|)able de faire une pareille acquisiiiou... et ma haute probité!..
M. Neuhmann, de Vienne, a fait exprés le voyage de Nuremberg.
ZAMBULANTI.
Neuhmann, le joailllier de l'empereur d'Autriche... c'est fort bien... je ne pensais pas à lui. C'est un fin connaisseur... il nous enlève tout... et il paie deux fois moins cher que nous... C'est fort bien!...
HELDINGER.
C'est fort mal!... car je ne voudrais pas vendre ce diamant au dessous de sa valeur...
ZA.MBULANTI.
Combien en offre-t-il?...
HELDINGER.
Il n'a pas encore vu le diamant, et ne le verra que ce soir.
ZAMBULANTI.
Ainsi, vous n'avez encore rien terminé avec lui?...
HELDINGER.
Rien... mais comme il s'est dérangé... il est probable...
ZAMBULANTI.
Cela ne vous engage à rien ! les lapidaires sont obligés de courir le monde ! quand la marchandise n'arrive pas, il faut bien aller la chercher. En Allemagne, en fait de diamans, il n'y a que les cailloux du Rhin. Tel que vous me voyez, l'an dernier, j'ai fait le voyage de Golconde, de Visapour, et je n'ai rien rapporté. Et même, aux environs de Golconde, j'ai manqué être victime de la plus cruelle mystification... un intrigant...
HEI-DINGER.
Il paraît qu'il y a des voleurs partout!
ZAMBCLANTI.
Partout où j'ai porté mes pas... C'est fort bien... Mais, revenons à notre affaire... on dit que votre diamant est aussi beau que le Régent qui pare la poignée de l'épée du roi de France. Pourriez-vous me le montrer?...
HELDINGEB.
Pas en ce moment... demain matin, si monsieur est encore dans cette ville.
ZAMBCLA>TI.
Diable!... diable!... Il faut que je parte cette nuit même pour Sainl-Pélersbourg... Je voudrais pourtant bien voir ce diamant déjà célèbre... et quel que soilie marché du joaillier de la couronne... souvenez-vous que j'offre un écrin de vingt mille florins à M"« Heldinger, comme épingles du marché.
HELDINGER.
Un écrin de vingt mille florins !
ZAMBULAMI.
C'est fort bien!...
Et dites-moi, monsieur... connaissez-vous le joaillier de la couronne d'Autriche?
ZAMBULANTI.
Beaucoup de réputation... mais je ne l'ai jamais vu... je vais rarement à Vienne... J'ai eu encore là une affaire pour un rubis... J'ai tant d'envieui!...
HELDINGER.
Puisque vous n'êtes pas connu de M. Neuhmann, restez à notre réunion... vous verrez le diamant ce soir même...
ZAMBULANTI.
C'est fort bien !.. . cela me comble de joie !.. .