‹ Le diamantChapitre 19 sur 42 · ACTE I, SCËNE Xîl · texte numérisé non relu

ACTE I, SCËNE Xîl

lurel... et puisque nous voilà tous réunis, et, en attendant le notaire, mon gendre va nous raconter l'espèce de miracle qui l'a rendu maître de ce diamant... après quoi, monsieur le joaillier de la couronne, qui n'aura plus aucun doute sur son origine, voudra bien nous en dire la valeur.

ZAMBULANTI , à pari.

C'est fort bien !...

GUSTAVE

Puisqu'on exige de moi ce récit pénible...

AMÉLIE

Cela doit être fort intéressant... (Ou s'assied.)

GUSTAVE

Sans doute, l'aventure que je vais vous raconter a son côté extraordinaire... mais tous les joailliers VQiis diront qu'elle se renouvelle assez souvent dans l'Inde et au Brésil.

KULLEK.

Je verrai bien...

ZAMBULANTI , à part.

Écoutons...

GUSTAVE

Ruiné par des malheurs de famille... et cédant peut-cire aisément aux élans d'une imagination trop exaltée, j'étais allé dans l'Inde cherclier la fortune qui m'avait fui en Europe... Mais là, comme en Europe, je ne trouvai que déception et malheur. . . Pas une seule de mes entreprises n'avait réussi... et ; songeais à revenir en Allemagne, pour prendre du service dans les armées de l'empereur... J'avais arrêté mon passage sur un navire anglais... et, en attendant le jour du départ... j'allais tous les soirs me promener autour de l'enceinte inaccessible de ces mines où dorment tant de richesses... et je rentrais chez moi plus triste encore!... Un soir, déjà couché sur ma natte, daus la chaumière que j'habitais, aux portes de la ville... je maudissais la rigueur de mon étoile... et pleurais de rage en songeant que j'allais rentrer dans ma patrie plus pauvre que le jour où j'en étais parti... lorsque tout-à-coup, j'entends frapper à la ))orte de ma cabane!... J'ouvre ; un Indien, vêtu conune ceux<iui sont employés aux mines, se présente devant moi, entre et referme soigneusement laporte.

AMÉLIE

Comme mousieur le comte dut être eÉTrayé de cette visite inattendue.

GUSTAVE

Que voulez-vous?... lui demandai-je... « Si- » lence! me dit-il dune voix étouffée... Silence! )) ouje suis perdu... et vous aussi! » Que me voulez vous enfin?... « Je suis un esclave des mines » de Visapour, me dit-il... vous êtes Européen, » vous allez partir, je viens vous offrir une im- » niense fortune, en échange de ma liberté!... » Puis-je me fiera vous?... » Parlez sans crainte, lui répondis-je... et je lui tendis la main, pour le rassurer entièrement... Alors, il m'apprit que malgré la vigilance dont tes esclaves sont entourés

LE DIA.11AKT.

dans les mines , et fes dangers qui le menaçaient, il était parvenu à soustraire un diamant qui par sa grosseur devait être d'un prix incalculable...

MULLElt.

Je voyais venir cela !. .

GUSTAVE

« Entre mes mains, ajouta-t-il, ce diamant n'est » qu'une pierre... entre les vôtres, ce sera la for- ») tune ! Donnez-moi quinze cents florins, qui doi- » vent servir à racheter ma liberté, et ce trésor est » à vous!... » Une fièvre brûlante s'empara de moi a la vue de ce diamant... Je le voyais!... je le touchais!... et pourtant, je dout:is encore... Pourquoi, dis-je à cet homme, ne pas vous être adressé aux riches marchands européens qui habitent cette ville... Ils vous auraient sans doute offert de ce diamant un prix bien supérieur a celui que vous en demandez!... « Et le temps! s'écria-t-il, le » temps qui s'enfuit!... qui me presse!... Dans » une heure, si je ne suis pas rentré dans les mi- » nés, le supplice le plus affreux m'attend... î)on- » nez-moi la modique somme que je vousdemande, » et prenez ce diamant précieux!... » Alors, sans parler, je pris dans ma ceinture tout l'or qui s'y trouvait... mon dernier espoir!... Je mis cet or dans les mains de l'Indien... il tremblait.. .je tremblais aussi... « Je vais donc être libre, s'écria-t-il. )> avec un accent délirant!... » Je vais donc être riche, m'écr.ai-je à mon tour!... « Maintenant, » me dit-il, en nie remettant le diamant... il faut > bien vous le dire, prenez garde qu'on trouve ) sur vous ce diamant a demi-brut encore... on » reconnaiirait qu'il sort des mines... et vous se- » riez perdu! Les lois sont impitoyables sur ce » point!... » J'allais le remercier... mais il m'embrassa d'une étreinte convulsne tt disparut... Jr restai seul avec mon trésor... seul!... avec cet-tc. fortune que je ne croyais plus rencontrer... Dans ma folie, je baisai le trésor que le ciel venait d(i m'envoyer, et je ne songeais pas qu'il ne me servirait à rien... puisque je ne pouvais me confiera personne, et que je venais de donner les dernières ressources qui me restaient... Cette pensée me glaça d'abord dépouvante... mais, en jetant les yeux sur mon trésor, et en songeanta l'avenir qui m'atteiuiaii en Europe... je relevai la tête, le courage nie rentra au cœur , et je pris la résolution de traverser l'îiitle à pied, comme un pèlerin mahomélan... privé de la parole, et (te regagner l'Europe, en mendiant.

AMÉLIE

C'était de l'héroïsme !...

GUSTAVE

Ce projet, je l'ai accompli!... Cent fois, je fus près de succomber a la fatigue, aux privations de toute espèce... mais, en mettant la main sur mon cœur... où j'avais fixé le précieux talisman qui me faisait tout braver, je reprenais courage... et les stjuies du désert ou l'ardeur du soleil de l'équateur n'étaient plus rien pour moi... Oh ! jugez de ma joie!... lorsque j'arrivai sur les ri\es du B(!spl!0'",

un pêcheur touché de mon élat, car j'étais presque mourant de lassitude et de faim, me transporta sur l'autre bord... et alors, peines, souffrances, misères... tout fut oublié... j'étais à Constantinople!... j'étais en Europe ! . . . j'étais riche ! ... j étais millionnaire!!!... (On se lève.)

HELDINGEB.

Eh bien ! qu'en dites-vous, monsieur Muller?...

MULLER

Je dis que c'est bien ainsi que tous les diamans d'une grande valeur nous sont parvenus... et la plupart des rois de l'Europe portent à leur couronne des diamans volés aux rois de l'Asie... 11 ne reste plus qu'a examiner le diamant en question... il faut en constater le poids, et voir si sa limpidité, sa couleur... répondent à sa réputation.

GUSTAVE , le tire de son sein.

(Musique.) Le voici !

AMÉLIE

Oh ! je veux le voir la première ! (Elle le prend el le regarde. La musique continue.) Quelle superbe chose!... Voyez!... voyez!... (Elle le montre à la société.)

HELDINGER.

Je n'en ai jamais vu d'aussi brillant!... Les joailliers de Presbourg ont estimé que sa grosseur égalait celle du fameux régent... ou du diamant si renommé du pacha... pacha d'Egypte...

MCLLER.

C" est-à-dire , que monsieur l'estime douze millions I

Ma foi!...

mrLLER, gaîmeni à part.

Il les prendrait, si on les lui donnait!

AMÉLIE

A vous, monsieur Muller!...

MtJLLER, qui a mis ses besicles.

Merci, mademoiselle!... (Attention générale, la musique continuant. Gustave sourit à sa fortune. Muller se frotte les yeux, el examine attentivement.)

HELDINGER.

Il en est ébloui!...

AMÉLIE , à part.

Qu'a-t-il donc à se consulter?

MULLER, avec un air de dépit.

Morbleu !... monsieur Heldinger... pourquoi m'avez-vous fait appeler?...

GUSTAVE

Comment!...

MULLER

Vous me dérangez de mes travaux... de mon commerce... et pourquoi , je vous le demande?

HELDINGER.

Expliquez-vous?...

Parlez sans crainte!... ce diamant vous paraîtrait-il d'une valeur inférieure à celle qu'on lui avait reconnue?...

MULLER

Ce diamant?... (Froidement.) Il est faux!...

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