WILHELMINE , MULLER
MULLER
Wilhelmine... puis-je approcher?...
WILHELMINE
Monsieur Muller!... (Elle cache sa lettre dans les papiers et va au pavillon.) Attendez!... (Elle écoute.) Oui, venez!... il repose encore... Vous voilà donc de retour !
MULLER
Je descends de voiture , jamais voyage ne m'a tant fatigué... Gomment va Gustave depuis que je suis parti?...
WILHELMINE
Le docteur le trouve bien .. il prétend que sa télé seule est encore malade...
MULLEB.
Sa téteî... Alors, le voilà revenu à son état naturel... Eh !... dis-moi... prononce-t-il toujours mon nom avec fureur?
WILHELMINE
Toujours !
MULLER
Pauvre garçon!... sa colère contre moi est bien légitime... En déclarant si brusquement que son diamant était faux... j'ai manqué le tuer... mais 5i je n'avais pas parlé , ce Zambulanti, qui s'est
trouvé là comme un accident, n'aurait pas manqué de dire son avis... Mais à propos de Zambulanti, il n'est pas venu rôder par Ici?...
WILHELMINE
Je n'ai vu personne , monsieur Muller.
MULLER
Mes précautions étaient prises ; il est difficile que l'on découvre Gustave dans ce pavillon situé au fond d'un faubourg , où nous le fîmes transporter à l'insu de tout le monde. Cependant , fais toujours bonne garde, c'est essentiel, et ne laisse approcher personne de lui, si tu veux le conserver... Car si ses idées d'opulence et de grandeurs lui reviennent, il serait encore capable d'oublier ce que tu fais ici pour lui.
WILHELMINE
Je crois ne remplir qu'un devoir.
MULLER
Oh ! je reconnais bien là ma petite Wilhelmine d'autrefois... et si ton cousin n'a pas tout à fait perdu la raison... Mais, dis-moi, t'aperçois-tu de quelque changement dans ses sentimens pour toi ?. . parait-il du moins te voir avec plaisir?...
WILHELMINE
Tant que son délire a duré , il ne m'a pas reconnue... et il n'a eessé de parler de son diamant, de M. Heldinger et de M"e Amélie!...
MULLER
Chère enfant!... que tu as dû soufl'riri
WILHELMINE
Enfin , hier , comme je m'approchais de lui... il fixa tout à coup ses regards sur moi , me reconnut... me tendit la main en silence... et puis détourna la tête... en songeant sans doute à M""= Amélie!..
MULLER
Parbleu! je lui conseille de les regretter!... j'en ai appris de belles sur son compte à Munich , de la bouche même du roi... Le banquier Heldinger touche à une catastrophe terrible... on me l'avait dit a Nuremberg... mais j'avais refusé d'y croire... les gens riches font tant de jaloux ! A présent, je sais à quoi m'en tenir!... et je m'applaudis plus que jamais d'avoir séparé Gustave de cet homme qui voulait se sauver par lui!... et, sans doute, l'entraîner dans son naufrage. Ce que je viens d'apprendre à l'instant même m'a vivement indigné. Depuis le malheur de notre Gustave , M"^ Heldinger n'a pas manqué une fête , un spectacle. Son père affecte de la montrer partout brillante et joyease , afin de prouver à toute la ville que le cœur de sa fille n'é-
lÈ
Ui DÎÂMANT.
tait pour licii dans ce inatiagc... ontin , ils avaient fait (le Gustave un comte, un grand seigneur, et maintenant, ce n'est plus pour eux qu'un aventurier... qui avait surpris leur bonne foi !...
WILHELMINE
Se peut-il!... Lui! Gustave I... l'honneur, la probité même !
MDLLER.
Oh ; je le connais bien !... Aussi , j'ai imaginé un moyen pour le venger de cet Heldinger et de sa fille... îlais , dis-moi, son diamant... son fameux diamant de cent florins... ne l'a pas quitté , n'est-il pas vrai?
WILHELMINE
Il ne veut pas plus s'en séparer que lorsqu'il le croyait véritable. J'ai voulu , comme vous me l'aviez tant recommandé , l'ôter de sa vue et le serrer avec soin ; mais j'y ai renoncé , quand je me suis aperçue que dans ses plus violens accès , Gustave portait vivement la main à sa poitrine , et que lorsqu'il avait pu dire: «Il est là !... toujours là !... » il devenait plus tranquille, plus doux!...
MULLER
Je te laisse... ma vue pourrait l'irriter, il doit m'en vouloir à la mort... C'est bien naturel...
Ain : Da Charlatanisme.
D'nn mot trop brusque, franebemenl.
J'ai dissipé ses espérances...
El ce mot... tout subitement , A fort dérangé ses finances !
Lorsque, dans un rêve enchunteur , Le corps comme l'ame sommeille , Regrettant une douce erreur , On a toujours beaucoup d'humeur Conlre le sol qui nous réveille !
WILHELMINE
Je crois que je l'entends... oui... c'est lui !...
MULLER
S'il survenait quelque incident nouveau, tu m'enverrais notre messager ordinaire. Viens m'ouvrir la porte qui donne sur le cours , je craindrai moins d'être aperçu.
(Il sort par la gauche avec Wilhelmine.)
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