SCÈNE III
GUSTAVE , seul , il est pâle et défait. Il sort du pavillon , et regarde du côlé par où 31uller s'éloigne avec AVilhelmine.
Je ne me trompe pas... c'est Muller!... Que veut-il encore?... N'est-il pas satisfait?... que deraande-t-il?... mon sang!... ma vie!... Oh! qu'il la prenne !... Il m'a ravi tout ce qui pouvait me la faire aimer!... d'un mot, n'a-t-il pas détruit toutes mes espérances , tout mon avenir... Sans lui, ce jour ne serait pas pour moi sans soleil... ces fleurs sans couleurs... ces arbres sans verdure ! sans lui ,
a celte heure, je serais au Prater , et parmi ces cavaliers qui font voler la poussière sur ces superbes chevaux anglais!... ces livrées!... ces laquais!... tout ce luxe... c'est le bonheur... c'est la vie !... J'allais posséder tout cela... et , maintenant, plus rien... ou plutôt la misère , l'obscurité , le mépris... le travail comme par le passé... aller tendre la main à un modique salaire... après être resté huit jours courbés sur les bancs d'un atelier... Moi, qui depuis trois ans , ne rêvais plus qu'opulence et grandeurs... non , non , c'est un parti bien an été... c'est le seul qui me reste... je me ferai soldat... De toutes les conditions humaines... celle-là est la seule peut-être qui mette à l'abri du mépris, des humiliations... Demain je partirai... demain je fuirai encore Wilhelmine... Wilhelmine que j'allais trahir dans mon opulence... et que j'ai retrouvée dans ma misère; mais sa vue est un supplice pour moi... Wilhelmine si cruellement outragée ne peut me chérir... et moi je me sens si coupable, que jenose pas lever les yeux sur elle...