SCÈNE IV
GUSTAVE , ZAMBULANTI.
ZAMBCLAMI , à part, entrant par la droite. Il est impossible que ce soit ici... (Apercevant Gustave.) Oh ! bonheur... c'est lui-même. (Haut.) Ah!... enfin... après huit jours de recherche, je trouve monsieur le comte de Falbourg... c'est fort bien.
GUSTAVE
. C'est VOUS, monsieur...
ZAIUBULANTI.
Zambulanti, eh ! oui, vraiment... c'est moi qui , depuis huit jours , vous cherche , vous demande partout.. EnOn , par bonheur, j'ai vu sortir jliie Wilhelmine de cette maison , et j'accours avec empressement... c'est fort bien !
Que me voulez-vous , monsieur?
ZAMBULANTI.
Monsieur , voici ce qui m'amène : vous savez que je suis lapidaire... j'étais l'un des invités de M. Heldinger, le jour si fatal pour vous... mais, ce que vous ue savez pas, c'est que je suis aussi lapidaire en faux!... Aujourd'hui, la partie du strass va mieux que l'autre... le siècle est au clinquant... au faux!...
GUSTAVE
Je ne comprends pas , monsieur...
ZAMBULANTI.
C'est fort bien !... mais vous comprendrez parfaitement ce préambule, quand je vous aurai dit ce qui m'amène.
GUSTAVE
Expliquez-vous donc, je vous prie?...
ZAMBULANTI.
M'y voilà, monsieur... Ce superbe diamant faux,
que vous possédez... et qui ne vaudrait rien pour tout autre , moi , à eause de la partie que j'exploite spécialement , je viens vous proposer de m'en arrani^er... pour un très bon prix... comprenez-vous, a présent ?
GUSTAVE
Oui !.. un bon prix !... ce que M. Mulleret vous l'avez estimé, sans doute, cent florins !... Et , pour l'apporter en Europe , j'ai traversé l'Asie en mendiant... en bravant tous les dangers... toutes les calamités... cent florins!... horrible déception I... Et vous avez espéré , monsieur...
ZAMBCLANTI.
De grâce, permettez-moi d'achever... Votre brillant, je vous le répète . ne vaut absolument rien... pour le joaillier de la couronne... mais , pour moi, qui suis surtout le joaillier de toutes les reines des théâtres d'Italie... ce morceau de cristal de roche , par son admirable pureté , par son éclat et sa grosseur, est d'un prix assez cher!... La Sémiramide du théâtre de la Fenice à Venise , m'a même promis de me payer tout ce que je lui demanderais... si je pouvais lui avoir des brillans faux , qui eussent l'air d'être aussi vrais que ceux de la Cenerentola, qu'elle a détrônée... car elle l'a détrônée : il y a des révolutions partout !.. Des diamans faux... et de cette grosseur... qui ressemblent à de vrais diamans... c'est diflicile à rencontrer dans le commerce... et celui-ci remplit toutes les conditions voulues... tout autre que Muller et moi s'y serait trompé... Or , pour en revenir au but de ma visite , vu le pressant besoin que j'ai de cette pierre... je pourrai bien vous donner de ce faux diamant cinq cents florins !
GUSTAVE
Cinq cents florins...
ZAMBULANTI.
C'est un prix fort beau, n'est-ce pas?... mais moi, je paie toujours grandement... je suis connu pour cela... Est-ce un marché conclu?...
GUSTAVE
Non , non !... Je ne veux pas me séparer de ce diamant... il me rendra riche encore... car sa vue seule m'apprendra à me défler des autres... et surtout de moi-même !
C'est fort bien ! c'est très philosophique... mais , comme il faut un diadème à raa Sémiramide. .. j'irai jusqu'à quinze cents florins.
GUSTAVE
Je ne suis pas marchand de faux diamans... terminons là cet entretien, monsieur... il me fatigue... Je souffre... retirez-vous!...
ZAMBULANTI.
Non, monsieur, non, je ne me retirerai pas... vous m'avez trop vivement intéressé l'autre jour... pour que je n'insiste pas aujourd'hui dans l'ofl^re que je vous fais... J'irai jusqu'à trois mille florins... Ah:...
GUSTAVE
Monsieur, cette imporlunilé...