‹ Le diamantChapitre 9 sur 42 · SCÈNE ni · texte numérisé non relu

SCÈNE ni

AMÉLIE, MULLEIÎ.

AMÉLIE

Eh! quoi, monsieur, c'est vous!.., Je ne vous avais point aperçu en entrant, le jour d'un mariage on est si préocciq)ée...

MCLLER.

En effet, je conçois...

AMÉLIE

Mon père est absent... il est allé à trois lieues de la ville visiter, avec M. le comte Gustave de Falbourg, le domaine de Wilnebald dont M. le comte veut faire l'acquisition.

MCLLER , à part.

Un domaine de cinq cent mille florins !... comme il y va, monsieur mon apprenti!

AMÉLIE

Mais, en leur absence, je suis chargée de vous faire les honneurs de la maison... et je vais donner des ordres pour qu'on vous prépare un appartement.

MDLLER.

Merci, mademoiselle, je descends ordinairement à l'hôtel du Cygne-Impérial... et je tiens à mes habitudes.

AMÉLIE

Mon père espérait que vous deviendriez notre hôte... Mais j'y songe... vous étiez ici en pays de connaissance... Wilhelraine était chez vous autrefois!

MCLLER.

Oui, mademoiselle, et le départ de "Wilhelmine m'a causé, il y a trois ans, le plus vif chagrin... je la regardais comme ma fille !...

AMÉLIE

3Iais votre gouvernante nous avait dit que cette chère enfant était si malheureuse chez vous!... MCLLER, à part.

Encore cette vieille Brigitte!... (Haut.) On vous a trompés !... M"^ Wilhclmine est là pour le dire... aussi, comme une demoiselle de compagnie ne vous sera plus nécessaire, puisque vous allez prendre un mari pour remplir ces agréables fonctions, je vous demanderai la permission de ramener Wilhelminc à Vienne, et dans la maison qu'elle n'aurait jamais dû quitter !

AMÉLIE

Me séparer de Wilhelmine, une petite fille charmante! monsieur, oh! je n'y consentirai jamais!... C'est ma compagne... mon amie... je l'ai associée à tous mes plaisirs... et puis elle est si adroite.

MCLLER.

Wilhelmine est entièrement libre, mademoiselle, et si elle veut rester avec vous, malgré votre mariage. (A part.) Je suis bien sûr du contraire!... (Haut.) Nous parlerons de cela plus tard... occupons-nous du motif qui m'amène : je présume, mademoiselle, que monsieur votre père ne vous a pas laissé ignorer nourquoi je suis venu à Nuremberg?

AMÉLIE

Oui, monsieur... c'est pour un diamant qui fait partie de l'immense fortune de M. le comte Gustave de Falbourg, mon prétendu.

MCLLER, à part.

Qù diable a-t-il pris ce diamant-là?

AMELIE.

Mon père assure qu'il est magnifique... je ne l'ai pas encore vu... Il paraît qu'une aventure étrange l'a mis au pouvoir de M. Gustave de Falbourg. MCLLER, à part.

Je suis curieux de la connaître par exemple : Les diamans ne tombent pas du ciel... du moins il ne m'en est jamais arrivé comme cela... (Haut.) Mademoiselle, je ne veux pas abuser plus longtemps...

AMÉLIE

Mon père ne tardera pas à rentrer, monsieur, et si vous vouliez prendre la peine de l'attendre un peu...

MDLLER.

Pardon!... mais je veux profiter de mon court séjour à Nuremberg pour rendre visite à mes confrères qui m'en voudraient de passer incognito... comme le fait quelquefois mon empereur... Ah ! dam , je suis le doyen des joailliers de l'Allemagne... c'est un honneur dont je me passerais bien... mais il faut tenir à ses dignités... quand on a mis... soixante-cinq ans à les acquérir... je ne peux pas éviter un repas de corps ; mais le commerce dîne de bonne heure.

AMÉLIE

Songez bien que c'est ce soir qu'on doit signer mon contrat de mariage avec M. le comte de Falbourg, et que la signature du joaillier de la couronne doit me porter bonheur.

MCLLER , à part.

C'est très flatteur... mais je tâcherai d'esquiver la signature. (Haut.) Je me rendrai aux ordres de monsieur votre père , mademoiselle ; si le diamant est aussi beau qu'il le dit , je pourrai en payer le prix dès demain matin... Je me suis muni, à cet effet, de mandats sur la banque de Vienne... L'empereur, mon patron, est un homme d'ordre, qui paie toujours comptant ces petites fantaisieslà!...

Air :

Chacun le sait, mon patron est fort riche ; Il veut avoir ce brillant... il l'aura ! ]] rae connaît, sa couronne d'Autriche, C'est à nous deux à qui l'embellira.

Oui, c'est par nous, la chose est bien notoire. Que la couronne a deux reflets brillans... Mon empereur l'embellit par la gloire ! Je l'embellis, moi. parles diamans!...

(«sort.)

Page 1