‹ Le Dict. des jardiniersChapitre 3 sur 7 · C. VIBRIO AVO... I ou L PVNICO PRAEF · texte numérisé non relu

C. VIBRIO AVO... I ou L PVNICO PRAEF

EQUITVM PRIMOPILO TRIB...

MIL PRAEF OcRSICAE VIBRIVS PVNICVS M...CTAVIA...

* Voir Mémoires de la Soc. sav. d'hist. et d'arch., t. IV, p. 54 ; t. V, p. xi.vii et la note A ei-aprùs.

Peu de temps s'était écoulé depuis que de ses yeux il avait lu l'inscription :

Epitaphes 1res excellents, Et dictiers encore apparents Par le jor dliuy. Je les ay veus Na pas longtemps et apperceus En une tour biea estouffée (étoffée).

(Vers 397 -401.)

L'auteur quelle que soit sa famille était un lettré, comme il en abondait en Savoie au seizième siècle, car tous ces clercs qui s'en allaient a en Avignon » au collège de Saint-Nicolas d'Annecy (1), nebornaientpas leurs études au droiteta la théologie, mais cultivaient à l'envi les muscs profanes (2).

François de M. . . a étudié l'Ecriture sainte ; il fait étalage de son érudition en cette matière par des comparaisons ambitieuses entre les montagnes de l'Ancien Testament et les monts Vuarjnardei Fa/co/z. S'il possède la Bible par cœur, il connaît aussi les auteurs grecs et latins ; il aime à lire les chroniques (voir le vers 153), et semble avoir fait une étude particulière du genre auquel sa pièce appartient.

(1) Fondé en 1424 par le cardinal d'Ostie, évèque de Genève, Jean Alarmet de Brogny. La rue du Collèc/c d'Annecy existe encore à Avignon.

(2) Tous nos docteurs, magistrats ou chanoines, versifiaient en latin et en français ; tels Claude de Seyssel, au commencement du seizième siècle, Em.-Philibert de Pingon au milieu, Alphonse Delbène, Antoine Favre à la fin.

Son poème est évidemment inspiré du Roman de la RoseioTi répandu en Savoie, car la Bibliothèque publique de Chambéry possède un exemplaire de chacune des deux premières éditions d'Antoine Vérard de Paris, de 1490 et de 1495(1).

(( Dans le Roman de la Rose oii Guillaume de Loris, dit M. Joret (2), a repris la donnée du Dit de la Rose, développée une première fois dans le poème de Vénus déesse d'amour, nous voyons l'amour poursuivre le dessein longtemps traversé de cueillir le bouton de rose, dont la beauté et l'éclat l'ont charmé dans le jardin du Dieu d'amour. » Au moyen âge et aux siècles suivants, comme dans l'antiquilé , la rose était aussi le symbole de l'innocence pudiqueet l'emblème de la personne aimée. Dans notre épithalame, c'est encore sous cette gracieuse fiction qu'est représentée Pernette de Montvuagnard avec sa jeunesse, sa fraîcheur alpestre et sa vertu. Beaucoup la désirent. On ne pourra l'obtenir qu'en combattant,

(1) L'un de ces exemplaires a appartenu k Jehan Ddcspinc, chanoine de la Sainte-Cliapelle de Chambéry, en 1552; un autre Delespine, Estlcnnc, était, en 1578, receveur des finances du duc de Genevois-Nemours, à Annecy.

(2) La Rose clans l'Antirniitc et au Mogcn-Agc ; in-8°, Paris, Bouillon, 18U2 ; p. 327-331.

non pas à la lance ou à i'épée, mais en gagnant la palme des beaux discours. Les juges du tournoi sont Prudence à qui la rose a été confiée jusqu'à sa maturité Qt Nature, dont elle est la fille.

La pièce, qui a bien été représentée, — l'ordre, ou scénario, placé en tète du poème, et l'indication des divers jeux de scène le prouvent, — débute par une « ballade ». C'est Nature qui la dit.

Elle entre la tète parée de « vieux atours », symbole de sa vénérable anti(|uité, et s'avance en dansant au son « d'un branle grave et modéré ». L'orchestre se composait sans doute d'un fifre et d'un nacaire ou tambourin, retourd'Italie(l). 11 occupait et charmait l'auditoire pendant les changements de personnages, comme de nos jours les tremoli et les chants en sourdine, quand la scène est vide. Nature raconte sa propre naissance, par la volonté de Jupiter, le débrouillement du Chaos, d'après Ovide, les fruits qu'elle produit et répand sur les terres et dans les mers. Parmi ses domaines sont deux monts, mont Vaignard et mont Falcon au pays de Savoie. Elle y a procréé une fleur vermeille, née d'une bonne et noble plante : fleur sans reproche, car elle a été élevée par Prudence.

Nature sort et Prudence apparaît pour dire à

(1) Onlit dans Galiffe, Notices fjènèalogiqucs ((jcneisoises), t. III, p. 515 : « Vers 1535.. .afin de donner plus d'éclat à la réconciliation, on envoya chercher un tambourin et un fifre. »

sontoLir sa ((ballade». Fille du cerveaude Jupiter, les peuples et les héros sont vainqueurs ou vaincus suivant qu'ils ont suivi ses lois ou qu'ils les ont méprisées. Préposée par Nature à lagarde du fruit des deux monts, elle a rempli sa tâche ; le fruit est maintenant (( en valeur )), prêt à être cueilli.

Arrivent alors les trois jardiniers : Loyal désir criant Sus bout, sus bout, qu'on se /'évetlle ! Cœur Valeureux et Franc Vouloir (1).

Ils s'interrogent gaiement sur leurs noms et sur leur projet que Loyal Désir fait connaître. C'est la conquête de la Heur des deux monts, dont il vante longuement la noblesse, avec force louanges l)0ur le fruit qu'ils ont produit, la Ruse.

(1) Sf/8 bûut, >-uti boni, f/u'o/i se réveille ! n'est sans doale que l'expression d'une inteijcction du langage courant, destinée à presser les paresseux, à liàter la marche des traînards. On la trouve dans un Nurl de l'cpoque :

Sns sus début qu'un chaseun se rcceille

Noël de grand merveille

Accoures icuncs et deux

De nouocllcs curieux

On en dici pour crui/ de belles

Destoupès* donc vos oreilles

Pour cscouter iusqu'au bout Voir Nor.LZ ET chansons /ja/' M. Nicolas Martin, musicien en la cité de Saint-Jean de Morienlie, à Lyon, chez IVIace Bonhomme, 1.535, et, page 7 de la réimpression de Paris, LéonAViilem, éditeur, 2, rue des Poitevins.

Les poésies de Nicolas Martin imprimées en 1555 ont dû êti'c composées un certain temps auparavant.

* Enlevez Tctoupc ilc vos oreilles.

Il y a deux mille ans passés, dit-il, un lieutenant d'Annibal s'arrêta aux bains d'Aixen Savoie et bâtit le château de Montfalcon. Il l'appela ainsi du nom du premier oiseau qu'il vit passer dans les airs après la construction de l'édifice, et qui se trouva être un faucon. Mont Vuagnard n'est pas moins noble, et les princes se sont prévalus des services de ses maîtres (1).

Après s'être proclamés frères, ils s'éloignent à la recherche de la Rose.

Nature revient. Elle demande à Prudence do voir la fleur qu'elle a placée sous sa garde. Prudence la montre, disant qu'elle est mûre et a besoin d'un jardinier pour en faire sortir un fruit. Nature goûte cet avis et les deux déesses décident de donner la Rose au jardinier dont '< les dicts » seront les meilleurs.

Les jardiniers arrivent au son du tambourin ; ils saluent les dames par une révérence et un petit discours. Tous les trois demandent la Rose. Nature leur montre la fleur ; ils s'extasient sur sa grâce et sa beauté, et disent le bonheur qu'ils auront à la faire fructifier. Chacun veut être le préféré. Nature répond qu'il faut observer « le dict », c'est-à-dii'o pi^ouver sa sagesse et ses qualités de bon jardinier.

Alors recommence la louauiJje des deux monts

(1) Allirsion aux services de Robert de Montvuagnard, maître de riiôtel des ducs Amcdce VIII et Louis.

et de la Rose. Chacun s'en acquitte en huit vers. Mais Cœur Valeureux reprend ; il place a les deux monts » bien au-dessus de Béthel, Carniel, Horeb, Hermon, Caucasus, Parnassus. Sa science écrase Loyal Désir et Franc Vouloir qui semblent reconnaître leur infériorité. Aussi Nature et Prudence n'accueillent-elles leurs discours que par ce vers :

« Vêla parler honnestement », tandis qu'à chaque strophe de Cœur Valeureux, elles s'écrient :

« // n'î/ a nul qui dise mieulx. »

Cet emploi de la devise même d'Antoine de Disimieu est bien trouvé. En même temps qu'il présage sa victoire^il semble indique que le chevalier dauphinois tenait le rôle en personne. Encouragé par ces applaudissements il reprend l'éloge de la Rose et annonce, dans des phrases à double sens, qu'il la fera fructifier. Nature approuve, et, pour qu'il n'y ait pas de doute sur le sens réel des mots, déclare :

Et si a ses outils propices Pour fayre fillettes nourrices.

Elle ordonne à Prudence de remettre la Heur au gentil soupirant ; alors Prudence :

Madame et ma mère Nature Votre vouloir soyt accompli ;

et, prenant la Rose, elle la remet à Cœur Valeureux.

La dernière page du manuscrit, comme la troisième et la quatrième, a été déchirée; mais il semble que les vers manquants pouri aient être remplacés par les quatre derniers du Roman de la Rose :

> La conclusion du ranimant Est que tous voies cy l amant Qui prent la rose a son plaisir En ce que estoit tout f>on désir.

Et, non plus au son « d'ung branle grave et modéré », mais aux coups pressés du tambourin, aux trilles joyeux du fifre, Cœur Valeureux tenant la rose d'une main, pressant de l'autre les doigts tremblants de sa fiancé(3, ouvre la marche et conduit la noce au banquet.

Le Dict des Jardiniers n'est une pièce allégorique que par le symbole de la rose et les noms des personnages, fort heureusement choisis. Ceux des trois prétendants sonnent bien à l'oreille, et donnent facilement l'idée, Cœur Valeureux, d'un cavalier déjà mùr, habitué à vaincre, Loyal Désir et Franc Vouloir, de pages hardis et prêts à toute lutte courtoise.

Malgré sa prétention d'être une moralité ,, la pièce ne contient d'autre le(;on que l'utilité

de confier la garde et réducation des fil'es à Prudence ; la moralité ne se dégage pas de l'action, puisque la rose n'est soumise à aucun danger dont les iionseils ou la vigilance de Prudence l'aient tirée.

L'auteur a peu d'invention. Son stjde est des plus communs; même, quand s'inspirant d'Ovide, il s'essaie à dire les merveilles de la nature, l'harmonie succédant au chaos. Sa manière de versifier et sa langue sont celles des farces et soties de l'époque ; comme elles, il fait usage du vers rapide de huit pieds , sauf dans les deux ballades du commencement, où pour plus de solennité, il emploie le vers décasyllabique (1).

Le Roman de la Rose, suivant un usage qui s'est conservé durant des siècles, met en scène des personnages allégoriques comme Raison, Hojjne, Félonie, Faulx-Semblant, Bel-Accueil, Franchise. Dans la Condamnation de Banquet (2), on trouve : Souper, Passe-Temps, Boitne-Cowpaîcjnie, etc. On rencontre aussi dans ces long? poèmes, comme dans le nôtre, l'abus des épithètes inutiles, n'arrivant que pour l:i rime :

(1) II va par-ci j^ar-là quelques vers trop courts ou trop longs (l'une syllabe.

(2) Recueil de Farces, Soties et Moralités, par P.-L. Jacob ; Paris, Delahais, 1859. — Il contient : Maistrc Pierre Pathclin, la Farce du Munier, la Condamnation de hancquet.

« dame louable

A vostre logis honnorable (1).

Or ca mon bon seigneur notable » (2).

Comme dans Banquet (p. 300), notre auteur écrit te voys pour je vais ; vêla pour voilà ; veci (Farce du Munier) pour voici. Il emploie les mûmes vieux mots, qui étaient d'ailleurs du langage poétique courant, cointe (propre, jolie), vis, pour visage, soûlas, cueurs solacieux, etc., et écrit comme dans Banquet : valleur, yeulx, mieulx\

Une ressemblance plus importante doit être remarquée dans ces vers, qui reviennent comme un refrain après les derniers « dicts » des jardiniers :

// n'y a nul qui dise mieulx (vers 759, etc.) Vêla pailler lionnestement (vers 766, etc.).

Ils rappellent ceux de la Condamnation de Bancquet :

Voicy un plantureux manger.

Vêla bien parlé (p. 357, etc.).

Jacques de Mailles, le loyal serviteur, qui écrivit la vie de Bayard peu après 1524, dit aussi : vecy,

(1) Conclamnatiun de Bancquet, p. 285.

(2) Histoire de l'Enfant ingrat ; dans Frkiîes Parfait, Hist. du Théâtre français, t. III.

vêla ; (restons, aùis, ouyr, mieiilr, desdui/t il), souldars, etc.

Le poème n'est pas dépourvu d'une certaine grâce ; il y a souvent de la facilité, de la rondeur, une humeur gaie, qui en rendent la lecture possible, agréable par endroits.

Si on assiste en esprit à la représentation, dans une salle du château de Boëge, au milieu de ces clercs délurés, de retour de Paris, Avignon, Padoue ou Turin, des chevaliers, écuyers et damoiseaux ayant fait l'amour en Flandre et en Italie, des dames échappées pour quelques jours aux longs ennuis de leur manoir, on doit croire que tout ce monde s'intéressa vivement aux solennelles déclamations de Nature et de Prudence, et s'amusa fort aux ronflants récits des «jardiniers», à leurs plaisanteries pleines de sous-entendus licencieux ; — surtout si, comme nous le croyons, les acteurs étaient dames (2) et gentilshommes, pairs et compagnons des auditeurs.

(1) « Les chevaliers furent encore cinq à six jours à Carignan en joye et desduyt. »

(2) Quoi qu'on en ait dit, les dames tenaient parfois les rôles de femmes. C'est ainsi qu'en 1509, à Romans en Dauphiné, les principales dames de la ville jouèrent dans le Ml/stère des trois Doms. (Voir ce Mystère; in-1", Lyon, 1887. Aug. Brun, p. 51)3-597.)

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