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Un poète anglo-américain et protestant, M. Abraham Coles, n'a pas fait moins de treize traductions. A l'exception de la dernière, elles sont dans le rythme de l'original qu’elles reproduisent tercet pour tercet. Elles sont publiées dans un beau volume illustré (New-York 1882). L'auteur a aussi traduit le Stabat Mater dolorosa et le Stabat Mater speciosa de Fra Jacapone. Il est malheureux qu'il se soit cru obligé d’atténuer, par des diatrikes d'assez mauvais goût, l'hommage involontaire qu’il rendait ainsi au catholicisme.
Son œuvre forme du reste une des curiosités littéraires les plus remarquables de notre époque. Parmi ses traductions il y en a de fort belles et dans les cinq premières la rime à double consonnance est très heureusement reproduite.
Nous donnons quelques strophes de celle qui nous a paru la meilleure :
Day of wrath, that day of burning, Seer and Sibyl speak concerning All the world to ashes turning.
Oh ! what fear shall it engender When the Judge shall come in splendor Strict to mark and just to render !
Trumpet scattering sounds of wonder Rending sepulchres asunder Shall resistless summon thunder.
All aghast then Death shall shiver And great nature’s frame shall quiver When the graves their dead deliver.
Volume from which nothing’s blotted Evil done nor evil plotted Shall be brought and dooms alloted.
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La strophe la plus difficile à rendre est sans contredit le “Quærens me sedisti lassus.”
Voici cette strophe d’après le Père Clair, puis d’après M. Denis, et enfin trois des traductions de M. Coles :
Jésus à me suivre lassé Que sur moi le sang du Calvaire Ne soit pas vainement versé.
Vous me cherchez avec fatigue
Sur la croix votre sang divin
Pour ma liberté se prodigue,
Auriez-vous enduré tant de travaux en vain ?
Seeking me thy worn feet hasted On the cross thy soul death tasted Let such travail not be wasted.
Wearily thou soughtest me Bought me on the accursed tree Let it not all fruitless be,
Thou soughtest me when far astray Didst on the cross my ransom pay Let not such love be thrown away.
Le Dies True à été traduit dans bien des langues et bien des fois dans quelques-unes, Les traductions allemandes, dit M. Coles sont surtout nombreuses, Dans un ouvrage publié par le Dr Lisco, à Berlin, en 1840, il se trouve 70 traductions, une est en français, une en grec moderne, une en hollandais, et une en latin classique, toutes les autres sont en allemand.
M. Coles mentionne les traductions de Crashaw, de Dry den et de Lord Roscommon, et enfin celle de Walter Scott dans le Lay of the last Minstre. Cette dernière qui se trouve dans plusieurs recueils d'hymnes n’est selon lui qu’une paraphrase, un écho de l'original.
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Depuis que ce qui précède a paru dans le Bazar, un de mes collègues de la Société Royale dans les Ephémérides qu’il publie sous le pseudonyme de “ Laclède ” à bien voulu attirer l'attention sur ma traduction et sur la notice qui l’accompagnait. Cela nous a valu à lui et à moi, une véritable avalanche de correspondances. De nombreuses traductions dont j'ignorais l'existence m'ont été signalées, soit directement, soit dans les “ Éphémérides ” du Montreal Gazette, qui sont pour le Canada ce que le Courrier de Vaugelas, l'Intermédiaire et les Notes and Queries sont pour la France et pour l’Angleterre.
De toutes les traductions anglaises celle que “Laclède” paraît préférer est due à la plume du général Dix, autrefois élève du séminaire de Saint Sulpice à Montréal. L'ancien gouverneur de l’état de New-York a fait ses études dans cette vénérable maison canadienne de 1822 à 1828. Sa traduction que J'ai pu me procurer à grande peine (1) est dans le rythme de l'original.
Sur les dix-sept tercets douze ont la même rime J'ignore ce qui en est dans la prosodie anglaise ; mais chez nous à moins que la pièce ne fût entièrement monorime—ce qui est un tour de force peu recommandable—on verrait là un grand défaut.
Le Quaerens me sedisti lassus est rendu comme suit :
Worn and weary thou hast sought me By thy cross and passion bought me Spare the hopes thy labors brought me
Cette traduction quoique d’un grand mérite ne me paraît point supérieure à celle de M. Coles citée plus haut ; je ne dis rien des tercets du Père Clair car je ne veux point établir de comparaison entre les traductions anglaises et les traduc-
(1) M. Denis Murray de Québec a bien voulu la copier pour moi.
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tions françaises. Les conditions de la lutte ne sont point du tout les mêmes et “ Laclède ” qui en convient a donné d’excellentes raisons à l'appui de cette opinion.
Les premiers tercets sont d’une grande fidélité comme traduction ;
Day of vengeance lo ! that morning On the earth in ashes dawning, David with the Sibyl warning.
Oh ! what terror is impending When the judge is seen descending And each secret veil is rending.
Le tercet Oro suplex et acclinis est très bien rendu :
Low in supplication bending Heart as though with ashes blending ; Care for me when all is ending.
Dans la livraison du Bazar qui contenait ma traduction, on lisait par une coïncidence toute fortuite un charmant article de Mlle Anna Sadlier sur le mois de N ovembre dans lequel se trouvaient les trois tercets suivants. Bien que la rime laisse à désirer ils offrent la traduction la plus littérale que j'aie vue du “ Quærens me sedisti lassus ”
Recollect o Lord divine T'was for this lost sheep of thine Thou thy glory did resign
Sattest wearied seeking me Suffered’st upon the tree Let not vain thy labor be
Judge of practice have my prayer Spare me Lord, in mercy spare Ere the reckoning day appear.
Mile Sadlier a bien voulu m'indiquer la source de cette traduction : l’auteur n’est pas connu, mais on la voit dans un livre de prières qui a pour titre : “ The Golden Manual.”
Les deux premiers tercets s’y lisent comme suit :
Nigher still and still more nigh, Dawns the day of prophecy Doom’d to melt the earth and sky.
Oh what trembling there shall be, When the world its judge shall see Coming in dread majesty.
L'élégante écrivain mentionne aussi une autre traduction d’un vieux missel anglais publié par Richardson de Londres. »
On voit que les traductions anglaises pas plus que les traductions allemandes ne font défaut.
M. Desrosiers qui fait en ce moment d'intéressantes conférences sur la poésie chrétienne me signale une pièce remarquable de M. Arthur de Boissieu dans ses “ Poésies d'un passant.” Paris 1870. ” est une paraphrase en quatrains alexandrins. Elle est d’une grande beauté et pleine du souffle qui a inspiré l’original. Elle ne contient point tout le texte liturgique, car elle s'arrête au dixième tercet.
O jour redouté, jour de colère et d’effroi
Où ie monde détruit ne sera que poussière
Où la croix dans les cieux déploiera sa bannière, Prédits par la sibylle et le prophète roi !
Le Seigneur paraîtra debout sur les nuées La trompette faisant entendre son signal Dans l'empire détruit des tombes remuées Rassemblera les morts devant son Tribunal
La nature et la mort seront dans l’épouvante De voir devant son Dieu l’homme ressuscité, Et nul crime n’aura dans ce jour de tourmente Le refuge de l’ombre et de l'impunité,
Que dira devant Dieu la défense impuissante ? À quel saint protecteur demander un appui ?
Quand on verra l'élu frissonner d’épouvante Et le juste inquiet n’être pas sûr de lui.
O vous, chercheur divin des brebis égarées Qui voulûtes mourir sur la croix étendu,
O Christ souvenez-vous des peines endurées Et qu’un si grand travail ne reste pas perdu.
Quand vous êtes des cieux descendu sur la terre, C'était pour me sauver, source de charité $
Ne me condamne pas dans ce jour de colère,
Roi d’une redoutable et sainte majesté ! !
O Seigneur j'ai péché par delà ta clémence ;
Tu ‘is mon crime écrit sur mon front rougissant, Donne, Dieu de pardon, donne Dieu de vengeance, Indulgence au coupable, asile au suppliant,
Toi qui remis son crime à la femme adultère, Qui fis dans tes bienfaits éclater ton pouvoir, Du larron repentant exauças la prière,
Ne m'’as-tu donné rien en me donnant l'espoir ?
Qui suis-je pour qu’on fasse accueil à ma prière ? Mais vous êtes clément et je suis criminel,
Ne me condamnez pas, Seigneur en qui j'espère, Aux flammes sans pitié de l'enfer éternel :
Mon Dieu séparez-moi si vous me faites grâce Des boucs impurs promis au feu dévastateur,
Et près de votre droite assignez-moi ma place Au nombre des brebis qu’aime le bon pasteur.
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Quelques-uns regretteront peut-être dans cette belle interprétation,—je n'ose dire traduction, —la simplicité et la terrible concision de l'original. Mais le sentiment du poëme est rendu dans la langue littéraire de notre siècle; c'est tout ce qu’on a droit d'exiger. Chaque époque a sa manière, et je ne serais pas surpris si la version en latin classique qui se trouve dans le livre du Dr Lisco, très rare, paraît-il, offrait de grandes ressemblances avec ce que l’on vient de lire,
Tous ces efforts prouvent combien l’œuvre de Thomas de Célano agit sur les imaginations. Il ne faut pas croire que le peuple qui ne sait point le latin n’est pas aussi vivement impressionné par cette séquence. Ceux qui peuvent lire en ont des traductions dans leurs livres de prières, et mêmes les illettrés connaissent le thème d'avance et sont émus par ces paroles et cette musique qui se font comprendre on peut dire intuitivement.
On peut en juger par le silence et l'émotion qui règnent toujours dans nos églises lorsque le chœur avec ou sans l’accom- 3 q pagnement de l'orgue attaque ce chant si ancien, mais avec lequel on ne se familiarise jamais.
Montréal, 15 mars, 1887.
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