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UNE COLLECTION D^DRESSES

A côté des grands amateurs, qui ne se préoccupent que de la recherche d^œuvres d’art de haute valeur, il existe à Paris nombre de curieux qui ont formé, en s’adres-

sant presque uniquement à un genre, de petits musées typiques.

Ces galeries, continées dans une spécialité d’un caractère original, ne sont peut-être pas les moins intéressantes. N’y a-t-il pas toute une exploration, bien parisienne, à tenter sur ce terrain ? Est-ce là de la «manie»? Mais qui dira la limite où elle s’arrête, quand il s’agit de collections et de collectionneurs ? 11 sufbt, en somme, pour amnistier les goûts les plus bizarres, que les objets réunis présentent un côté de piquantes recherches.

Voici, par exemple, une collection très attachante au point de vue de l’histoire anecdotique de Paris.

C’est une collection de prospectus anciens, d’adresses de commerçants, de billets de bal ou de faire-part, de cartes de visite d’autrefois. Elle appartient à un expert estimé, M. Gandouin, qui y consacre pas-

sionnément ses heures de loisir. Et n’y aurait-il pas, en passant, un trait d’observation à relever, très humain ? Un acteur qui se trouve avoir par hasard un soir libre, va, le plus souvent, le passer au spectacle. De même, la plupart de ceux qui sont mêlés, par métier, au mouvement de la curiosité, sont, pour eux-mêmes, de fervents collectionneurs. Les habitudes professionnelles nous tiennent toujours, et nous tiennent bien.

Qu’on ne s’y trompe pas, d’ailleurs : Tart, sur ce chapitre, trouve une large place. Dans ce monceau d’estampes ayant un but pratique, s’il en est qui ne sont que curieuses par ce qu’elles ont de documentaire en ce qui regarde les inventions du commerce parisien, il en est aussi de très raffinées. On commence, aujourd’hui, à rechercher certaines affiches industrielles contempo-

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raines, d’un goût ingénieux, qui auront plus tard leur place dans des galeries sérieuses. Des artistes de race n’ont pas non plus dédaigné, autrefois, de mettre leur crayon ou leur burin au service de fantaisies commerciales ou mondaines.

Moreau le jeune, par exemple, n’a pas dessiné seulement, au dixhuitiéme siècle, entre ses compositions importantes, des billets de bal pour la cour, comme celui qui, à la vente Mahérault,se vendit i,536 fr., il a fait aussi jusqu’à des adresses de marchands. N’a-t-on pas, de lui, un prospectus du tailleur Chamot, rue de la Harpe, « vis-à-vis la rue Percée »>, un joli cadre, où un rideau, délicatement drapé, servait à l’inscription de l’enseigne ? Pour l’horloger Fagard « cour du Prince, entre les deux grilles », ne composait-il pas une pendule enguirlandée de fleurs, posée au-dessus d’un

socle? Pour Fentrepreneur La Ville, rue Basse-du- Rempart, n’imaginaitil pas un grand monument en construction, auquel travaillaient de très coquets ouvriers? En 1877, on retrouvait aussi de lui un en-tête de lettre pour la Compagnie du dessèchement des marais de Bourgoin.

Augustin de Saint- Aubin, le graveur de tant de délicieux portraits de femmes, fit bien, lui, des vignettes pour... un apothicaire, le sieur Duparc l Quant à Tencadrement qu’il dessina pour François Quillau « Vend, Loue et Achète des Livres tant anciens que nouveaux sur toutes sortes de matières », il sert aujourd’hui au prospectus du libraire Rapilly.

Prévost, l’ami et le collaborateur de Cochin, a esquissé une ravissante composition pour un professeur, le sieur Dangis de .Bellegarde, (( lequel enseigne la géométrie, l’art de

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la guerre et la géographie, donne des levons en ville aux danies et seigneurs et prend chez lui des pensionnaires. en sa demeure de la Croix-Rouge 11 faisait aussi des certificats pour distributions de prix. Il en reste un — un prix d’encouragement — daté de 1783. qui avait etc donné ù une a citoyenne »

de sept ans.

M. Gandouin possède nombre de cartes de visite sous forme de dessins, ou agrémentées d’ornements, A la hn du dix-huitième siècle, on remplaçait volontiers la mention banale dn nom par un portrait.

C’est ainsi que le marchand d’estampes Bazan avait fait graver son médaillon par Choffard, au milieu d’attribut> artistiques, avec cette devise : E cœca nocie sepulchri vindicat artifices. « Il venge les artistes de la nuit du tombeau. »

Mais voici des prospectus qui ne

sont plus que plaisants. Dans un cadre, un nègre, épanouissant un large sourire. Il a aux oreilles d^immenses anneaux. La caricature est grossière, mais amusante. Au-dessous, on lit \ A la Teste noire », rue des Arcis, vis-à-vis le Singe vert — Larcher, marchand papetier vend toutes sortes de beau et bon papier, les bonnes plumes d’Hollande, la véritable ancre double et luisante, le tout à juste prix. »

Le sieur Leclercq, qui a pour enseigne : « Aux armes de S. A. la princesse de Conty », et qui les a fort pompeusement dessinées en tête de son adresse, n’affirme pas moins qu’il est seul en possession de la véritable encre double ! Le prospectus est curieux, parce que c’est la première fois qu’on y trouve mentionnée la vente des journaux.

Il serait plaisant de suivre les progrès de la réclame, d’après ces

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adresses de marchands. Elle est encore timide, en ce dix-huitième siècle. Estienne, proprietaire du Gagne-Petit, < la sixième maison en entrant par la Halle aux draps »

afhrme seulement qu'il y a chez lui meilleur assortiment « qu’où que ce soit • de fichus, crepes et tatfetas. Nos commerçants parisiens ont fait du chemin, depuis ce temps-là ! Ce sont, alors, les droguistes qui donnent la note la plus avancée, dans leurs prospectus illustres. L’un d’eux, au-dessous d’un cadre orné de plantes médicinales, que cueille dans un des angles, une divinité mythologique, annonce qu’il a trouvé une liqueur certaine pour la guérison des « phtisiques et des pulmoniques », qu’il vend en même temps que sa célèbre « tizanc philtrée pour purger agréablement la bile, la pituite et généralement toutes les superfluités. » Mais qu’est-

ce encore, à côté des « infaillibles »

recettes des guérisseurs d’aujourd’hui ?

Tous ces feuillets jaunis donnent une amusante évocation du bon commerce parisien d’autrefois. Trompait-on moins les clients ? Il semble, à feuilleter, ces adresses fantaisistes, qu’on les trompait du moins plus aimablement qu'à présent!

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