‹ Le dimancheChapitre 11 sur 26 · MC · texte numérisé non relu

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Aa commencement de l'année 14... , c'est* à-» dire quelques jours après Pâques j suivant le style adopté en Flandre , un jeune gars passa de la rive gauche à la rive droite de la Lys , et se mit lestement en route , son bissac sur Tépaule , pour la Tille voisine , tonte glorieuse du titre de châtellenie. Un juste-au-corps de tiretaine verte, fourré de peau de renard, serrait sa taille élancée, et s'ébouriffait en plis nombreux et raides au-dessous de la ceinture : un petit mortier de velours noir, orné d'une équerre d'argent, cachait à peine une faible partie de son épaisse et blonde chevelure taillée en fenêtre 9 et ses chausses et hauts-de-chaussea d'une seule pièce , tissés avec de la laine moeU leuse et diaprée, allaient se perdre dans un soulier dont la ponlaine était relevée au moyen d'une courroie , pour ne pas gêner la marche du piéton ; bref, ce costume tenait le milieu entre le gentilhomme et le bourgeois ; il rappe-»

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lait les marchands da nord qui venaient trafiquer a Bruges , mais avec plus de légèreté , de grâce , de simplicité et de goût.

A Finstar de ce philosophe grec , dont tous savez le nom mieux que moi qui ai oublié presque toute ma science de collège , le jeune gars portait tout avec lui, quoique le paquet qui hrandillait au bout de son bâton , ne fût pas très-épais. Et pourtant il s'avançait an milieu des bois et des prairies , comme si tous ces biens eussent été sa propriété. Il semblait même posséder quelque chose de plus, car ses grands yeux bleus fixés sur le ciel y découvraient visiblement de plus vastes et de plus magnifiques domaines , qu'au moins personne n*avait le droit de lui contester.

Ainsi cheminait Bertolphe , lisant , en quelque sorte , son itinéraire sur la changeante mappe-monde des nuages, où se dessinent de larges fleuves sans source ni embouchure, qui roulent des escarboueles et des éméraudes dans leurs flots aériens ; des montagnes d'or qui s'écroulent et sp relèvent tour-à-tour ; de noirs volcans qui vomissent des soleils ; d'infinies et rutilantes plaines aboutissant au trône de l'éter-

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nel ^et , dans cet nnivers merreilleux , des êtres dignes de tant de prodiges, génies formidables , mctamorpliosës bientôt en nains imperceptibles , dragons de feu et de fumée , séraphins aux ailes de topaze, chérubins de saphir, le phénix sur naa bûcher parfumé, le roc des mille et une nmis, à l'immense enyergure, les centaures, le minotanre , Torque de FÂrioste , les tritons , les syrénes, le loup Fenris, le léTÎathan, le serpent d'airain , une foule d'oiseaux , de quadrupèdes, de reptiles, de végétaux que les naturalistes ne connaîtront jamais , mêlés, confondus dans un admirable chaos, et qu'un rayon de lumière fait naître , qu'un souffle fait évanouir.

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Pendant qu'il contemplait ces tableaux sur lesquels il n'est pas donné à tous les hommes de porter la vue , le jeune gars demeurait étranger au spectacle qui l'enTironnait. Les cascatelles formées par les écluses, tombaient avec un bruissement régulier et monotone , et des moulins à vent , industrieux Briarées , agitaient leurs grands bras , car on eût dit alors comme aujourd'hui que le Flamand, dont le sol est sans cesse menacé par l'Océan , voulait forcer l'air à l'indemniser de ses pertes. Quelquefois plusieurs rangs de piques passaient derrière une colline telles qu'une moisson mouvante, mais qui ne promet que la mort. Le givre émaillait la campagne de ses cristaux à facettes, l'eau débordait des rigoles et des fossés , et dans la fange des prairies marécageuses barbotaient quelques misérables machines organisées , quelques êtres aussi abrutis au physique qu'au moral , condamnes en naissant à la misère , au travail et à la

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stupidité, et dont je n*08e gaère parler, de penr que ces désolantes mais yéridiqaes idylles ne confirment le pouvoir dans son mépris des libertés populaires, et le philosophe chag^n dans son dégoût de l'humanité.

Enfin , Bertolphe regarda deyant lui et ferma pour quelques heures le roman de ses rêveries. Malgré la brume, il rit poindre les clochers d'une ville , ces flèches qui surgissent du sein des cités , signes de ralliement au milieu de la mêlée. À une faible distance des glacis, des dalles bleues rapprochées en rond étaient chargées d'un monceau de cendres encore chaudes et pétillantes. Il s'approche , tire de son bissac un petit poellon de cuivre , le remplit au ruisseau voisin, y verse ensuite quelques poignées d'une poudre blanche et pose le tout sur quelques braises qu'il rassemble et qu'il ranime en soufflant.

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Derrière un tertre surmonté d'une potence et d'une roue d'où pendillaient des débris de squelettes à demi - recouyerts de chairs putrifiées , un homme , faisant force signes de croix , le regardait avec des signes d'horreur et d'effroi. Cet individu avait un extérieur des plus burlesques. Représentez-vous, enefiet, une de ces figures niaises et grimacières y qu'enlaidissaient avec amour Teniers ou Breughel j dit le drôle. Sur un front plat encadré dans deux toufies de cheveux gras et crépus , un méchant morion, sans visière , tout rougi de rouille, étalait fièrement de méchantes plumes de coq. Dans la ceinture de cuir , qui étranglait l'espèce de sac de toile où ce magot se trouvait renfermé, était passée une épée dont le pommeau venait à chaque instant égratigner son menton fourchu. Il tenait à la main une lance formée d'une gaule à dindons et de la lame d'un mauvais couteau ,

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