UN ACTE DE JUSTICE
Sit mea pro ralione voluatas.
YlBG.
Le duc Wenceslas, fixe à Tune des fenêtres du palais d'où l'on décoaTrait très-distinctement la porte de Hal, était encore en proie à son homenr noire. La duchesse Jeanne ne devait revenir de Gand que dans huit jours , et il était taciturne et maussade I
— Ta as vraiment raison de te vanter, disaitil à son fou accroupi près de lui. . Tu as fait un heau chef-d'œuvre ! Tout le monde semble conjuré contre moi. Si je demande de l'argent à ce sournois de Schoonvorst, il me répond qu'il n'en a point ; si je prends ce nigaud pour messager d'amour y il fait enfermer la femme qui a
rheur de me plaire, et il n*y a pas, jusqa'à mon révérend cousin monsieur de Witthem , qui n'ait mis la main a l'œuvre , lui que sa naissance illégitime devrait fendre indulgent pour certaines peccadilles*
— - Ës^tu bien sûr, d'ailleurs , que Suzon aime un Juif? Toujours des Juifs ! mais , par l'âme de n^on père , bientôt j'en serai vengé. Ces misérables auronttensorcelé cette enfant*., ensorcelé l c'est moi qui le suis d^une morveuse : le souverain de trois grands duchés et du plus beau des marquisats, est épris d'une grisette!...Mais ce n'est qu'un caprice. Qu'importe? Je ne veux pas qu'elle périsse. J'ai ordonné qu'on la mit hors de cause* Schoonvorst et Wittbem m'ont assommé, à leur ordinaire, de leurs H^bserratioas, ils m'ont r^irésenté qu'(»i pourrait me taxer d'impiété , d'injustice ; ils ont été jusqu'à me menacer en perspective des agréable» reproehes de ma noble épouse... Sui»ge donc prince pour me voir sans cesse contrario? -~ Non certes : tu iras à la prison de Suz^te avec ce papier signé de mon chancelier. On te remettra la captive , tu la conduiras à ta petite maison près du rempart... Si tu as le crâne un
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peu ébréché , ta es du moins fidèle et discret.. « N'oublie pas ta petite maison : Heureux coquin , tu y recevras peut-être la visite de ton maître... Après cela que Suzette aime un Juif ou un Sarrasin, il ne m'en chault, pourvu que dans les vingtquatre heures de cette journée il y en ait quel* ques-unes dont je dispose à mon gré».. Va, roi des ëcenrelés et tâche de réparer ta sottise*.* —
Jean de Matines , tout joyeux , jeta une amrpie casaque sur son juste-au-corps de buffle, orné de grelots, en abaissa le capuchon sur sa tête et alla dans les écuries de la cour, seller le petit cheval pie , sur lequel il suivait habituellement le duc. 11 fut bientôt à la prison de Hal, où l'ordre du chancelier de Brabant le fit sans retard pénétrer dans le cachot de Suzanne.
Cette malheureuse , pâle comme une morte , était couchée sur un peu de paille. Elle parais-» sait être au terme de sa grossesse. Jean de Blalines se débarrassa de sa robe et exposa dans toute leur laideur, sa figure bourgeonnée , sa large bouche dont les extrémités remontaient vers les oreilles , en laissant voir des dents longues et déchaussées ; son nez rouge en forme de croc , son menton aigu , son col obUque , sa
poitrine et son dos chargés d*une .énorme protubérance.
Suzanne frissonna.
-*- Mon enfant , lui dit le baladin , j'ai eu de grands torts envers vous y mais des torts involontaires. J'étais fort éloigné de supposer qu une simple plaisanterie aurait de si graves conséquences. Aussi ne me suis-je pas donné de repos que je n'eusse obtenu votre grâce. Cette grâce , la voilà , je vais vous faire sortir de prison.
— Je ne mourrai donc pas, dit-elle , . enjoignant les mains et se redressant sur la paille , mon enfant pourra voir la lumière*. • ne m'abusez pas.., mais Jonathan?
— Jonathan , ma colombe , a été pour moi une affaire plus difficile. Il est sous le poids de terribles charges. Cependant, attendu que je suis en crédit , j'ai obtenu que la peine de mort qu'il avait encourue, serait commuée en. un exil perpétuel...
— ciel! ne me trompez pas, il y aurait trop d'inhumanité à se jouer de ma misère.
— Descendez , venez avec moi , et par la châsse de Ste.^Gudule , jervous conduis près de votre amant. —
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Suzanne 9 tout à l'heure mourante, n'était plus étendue sur son grabat. Elle sautait dans sa prison, la naïve fille, elle caressait l'horrible monstre qui lui avait rendu toutes ses espérances et dont la difformité lui semblait maintenant aimable.
Jean de Malines, aidé par les porte-clefs, la prit en croupe , l'emmaillota du même manteau que lui , et disant adieu à la prison , se dirigea vers sa maison, maison qu'il n'habitait pas et qui servait seulement aux intrigues de son maître.
Il n'avançait pas aussi vite qu'il l'aurait désiré. Les rues étaient obstruées d'une foule qui grossissait à vue d'œil. Les cloches de la ville tintaient le glas funèbre , et les fenêtres de toutes les maisons étaient chargées de. monde.
Suzanne , épouvantée , serrait Jean de Malines à l'étouffer*
Un cortège singulier leur barra le passage.
Des magistrats en robe noire défilaient à cheval; des hallebardiers bordaient la haie. Un âne , couvert d'une housse rouge , se prélassait en. traînant sur une claie quelque chose qui avait l'apparence d'un homme : c'était un
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oorps didoqné par la toftar« et qu'on teBMttait aveo de» pinces ardentes » dia^pw oafroitiar«
Une insupportable odeur de torvéTaotioii s^exhalait de ce mélange encore Twant d*ot- détraquée , d» chairs raeortries , flatrées et sanfçiantes.
Suzanne poussa un cri perçant. Le spectre attaché sisr la claie renraa un peu ce qui semblait encore être sa tête^ sourit horriblenent , et retomba sous un coup de fourdie que lui lança un des bounreaiB*
Suianne était tombée aussi* La foule bé«ite , partagée entre elle et le supplice de Jonathan ^ s'affligeait de perdre une partie du spectacle ; mais bientôt cet exécrable tableau recourra son unité. SuBanne , brisée ccmtre les cailloux , yenaît d'accoucher d'un enfant mort : elle avait exhalé en même temps son dernier soupir.
Cela fut fort heureux pour les curieux ; ils purent suivre le cortège jusqu'à la tour des Drapiers, ou on livra aux flammes ce qui restait du Juif. Jean de Malines, confondu parmi euX; ne tarissait pas en comparaisons bouffonnes entre le supplicié et les objets les plus disparates. Aussi chacun convenait , qu'en cette journée I il s'était parfaitement amusé.
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Les jours saÎTans on brûla enoore d'antres Juifs, après les aToir pareOlement torturés et tenaillés.
Tons les biens des Israélites furent confisqués.
A quelque temps de là il y eut fête au palais. La duchesse était de retour, et l'on remarqua arec satisfaction que le duc j placé entre René de SchoouTorst et Jean de Witthem, n'avait plus cet air chagrin qui alarmait si fort ses fidèles serviteurs.
« Les grandes confréries de maçons et pon> tonniers élècenf dans le donai^me et le treiaième si^e ces beaux monnmens d'architectare, créent ce stjle soblime et religieux qui nous étonne encore par son fini et sa hardiesse ; et ces confréries adoptent pour se reconnaître , des attouchemesn* , des signes symbolii^nes, une langue à part, origine presque certaine de la irane>maçonnerie. »
Câpivioue , dans la Revue de Parts, t. S*.
TOVI II. 16
Verse, enfant, verse sans te lasser, le vii^ qui faisait oublier la fatigne et le péril aux nobles cheyaliers , quand , poudreux et sanglans , ils remontaient dans leurs manoirs rivés sur les collines comme le cimier d'un casque , suspendus aux bords rocailleux du Rhin , comme Faire d'un faucon ou d'un aigle.
Ne ménage pas ce filtre doré qu'implore mon verdoyant calice, cette liqueur si douce au vieux Goetz à la main de fer, et qui assoupissait le géant gardien de la jolie Berthe de Bremthal.
Verse , enfant , verse sans te lasser»
Oh ! procure-moi cette ivresse qui ravit l'ima-
gination dans le monde riant des chimères ; que j'assiste en idée aux banqaets des paladins, que je trouve au fond de ma coupe des paroles assez puissantes pour évoquer les races éteintes , pour contraindre à se dresser devant moi ce moyen âge dont je suis contemporain par l'intelligence , où je vis par la pensée.
Car le moyen âge est celui de la poésie. Quand l'art montra-t-il plus de grandeur, l'humanité plus de sève, d'originalité et d'action? Là tout était fort , vrai , naïf; ici tout est petit , affecté , menteur, tout jusqu'à l'émeute qui détruit sans colère et tue , le sophisme à la bouche.
Oui , il est temps d'en finir : si loin que je me sauve , j'ai de la boue, j'ai des ruines jusqu'aux genoux : c'est assez , je veux mourir au présent pour n'exister que dans le passé.
Verse, enfant, verse sans te lasser.